Monde maçonnique, 1865-18G6, pp. 685 et
mains aussi sûres, devenait suspect. Crémieux, chef de la maçonnerie écossaise, futur membre de la Délégation de Tours, se fit annoncer à l'improviste, le 10 juillet 1869, dans une fête du Grand- Orient : les Frères, troublés, n'eurent point le temps de courir aux armes. Alors, faute de glaives, et d'un unanime mouvement, c'est avec leurs bras enlacés qu'ils simulèrent une voûte, — la voûte d'acier, en style maçonnique, — par-dessus la tête de l'illustre visiteur; et Crémieux, tout ému, leur donna une leçon de choses : « Une voûte humaine, oui, disait-il avec onction : rien que des mains fraternelles, pas de glaives, pas d'images de la guerre1! » Ces paroles tombaient de haut : c'était l'époque où Crémieux initiait aux rites sacrés Emmanuel Arago, Jules Simon et Edouard-Louis Laferrière, le futur gouverneur de l'Algérie2. C'est ainsi qu'une négligence d'accoutrement, une lacune d'arsenal servait à Crémieux d'occasion pour prodiguer aux Frères ses pacifiques homélies. Un autre jour, — le 24 juin 1867, — il se mit à raconter la bataille de Fontenoy, et, donnant à l'histoire une morale, il exprima le vœu qu'un jour vînt où des armées en présence renonceraient à s'entre-tuer3. On vit même, en ce
1. Monde maçonnique, juillet 1869, p. 173, et mars 1880, p. 482. — Comparer le discours de Macé au Congrès maçonnique de Melz en 1869; il réclame qu'on supprime du rituel ce serment prêté par le néophyte : « Sur ce glaive, symbole de l'honneur. >» Car « aujourd'hui, dit Macé, et pour le vrai maçon, le glaive n'est pas le symbole de l'honneur, c'est l'outil. Du reste, le glaive ne représente plus l'esprit de la maçonnerie. » (Congrès des loges de l'Est à Metz [29 juillet-i" août 1869], pp. 22-30.) (Melz, Mayer, 1870.)
2. Monde maçonnique, mai 1870, p. 17, et juillet 1870, p. 150.