PROSCRIPTION DU DIEU MARS
temps-là, le premier exemple d'une de ces laïcisations que l'histoire ultérieure devait rendre si fréquentes; mais, par une exception qui n'eut jamais de suites, c'est un dieu païen qui en fut victime; la loge Mars et les Arts fut débaptisée1; aucune sécularisation ne pouvait être plus séante, puisque, au Congrès maçonnique breton de 1866, tout en affirmant qu'on mourrait si la patrie était attaquée, on avait épuisé l'invective contre les « lauriers souillés de sang2». Mars, évidemment, n'eut qu'à remonter dans l'Olympe : car la loge militaire qui fonctionnait au camp de Châlons l'eût certainement mis à la porte. Il y avait là le lieutenant Riu, qui plus tard, devenu général, acheva sa carrière sur les bancs de l'extrême gauche, par la volonté des électeurs blésois. 11 faisait, en 1869, l'office de vénérable; et, sous sa présidence, un jour, on but « à la France, à la Fraternité, au Progrès, à l'abolition de la guerre, à la paix universelle ». « Ce dernier toast, ajoute le chroniqueur, développé d'une voix convaincue par un brave militaire, produisit surtout un grand effet et souleva d'unanimes bravos3. »
Les cantiques qu'on entonnait, les pièces d'architecture qu'on lisait rendaient volontiers hommage au « signe de détresse » maçonnique et aux curieux avantages qu'il offrirait en temps de guerre. On collectionnait à ce sujet les anecdotes4: on promenait, de loge en loge, l'histoire du