‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 77 sur 331 · MAÇONNERIES ALSACIENNE ET BADOISE · texte numérisé non relu

MAÇONNERIES ALSACIENNE ET BADOISE

pensées savaient que cette patience serait un jour récompensée : « Les 3.800 instituteurs appartenant aux ordres religieux, lui écrivait un maçon du grand-duché de Bade, feront encore assez de mal en France. Vous ne touchez pas à cette corde, et vous avez raison. Le temps viendra où votre Ligue changera de but. »

Macé chérissait la maçonnerie badoise; il rêvait qu'elle pût, de concert avec la maçonnerie alsacienne, devenir comme le noyau d'où sortirait la paix du monde. Il eut à cet égard, en 1867, de puissantes illusions, dont l'histoire jette un jour curieux sur les relations internationales des loges d'alors : cette page fort peu connue de la biographie de Macé mérite d'être étalée.

C'est vers la fin de la monarchie de juillet qu'avaient été jetés sur le Rhin, pour relier les loges françaises et les loges badoises, les premiers anneaux d'une chaîne d'union. Le 31 août 1845, la loge les Frères réunis, de Strasbourg, avait convoqué à Steinbach une nombreuse assemblée de maçons allemands et français : Stuttgart, Mannheim, Bâle, Metz, Nancy, Mulhouse, s'y étaient fait représenter1, et l'on avait décidé de tenir chaque année, sous les auspices du Grand Architecte, dont les bénédictions à cette date passaient encore pour orthodoxes, un congrès maçonnique franco-allemand. Strasbourg,

1. Jouaust, Histoire du Grand-Orient de France, pp. 488-490 (Paris, Blanpain, 1865). — C'est à la suite de ce Congrès de Steinbach que la maçonnerie ouvrit officiellement une loge à Mannheim. (Erwinia, 1847, I, pp. 139 et 275). La Sûddeutsche Zeitung fur Kirche und Staat, journal catholique paraissant à Fribourg, marqua le caractère international de ce Congrès. {Ervjinia, 1847, I, p. 41.)

le 18 août 1846, abrita le premier de ces congrès1: on y mit à l'ordre du jour la question juive, dont le Grand-Orient de France venait de s'occuper; et l'assemblée, à l'unanimité', décida de réclamer des 196 ateliers dépendant des trois grandes loges prussiennes une tolérance plus fraternelle à l'endroit des Israélites. Ce premier contact avait gravé dans certaines âmes d'Alsace un souvenir attendri : la loge de Strasbourg se souvenait d'avoir été « l'interprète entre deux grands peuples2 » et d'avoir prouvé qu' « entre l'Allemagne et la France, il n'y avait pas de frontière » ; n'avait-on pas, même, fondé une revue, du nom d'Erwinia, pour en donner périodiquement la démonstration 3?

Aussi, lorsque, en 1867, la question du Luxembourg obscurcit l'horizon politique, Jean Macé crut que la maçonnerie rhénane était appelée à un

i. Eruvinia, 1847, I, pp. 129-236.

2. Les Frères réunis, de Strasbourg, se firent représenter, le 18 octobre 1846, à l'inauguration d'un local maçonnique à Stuttgart. (Erwinia, 1847, I, pp. 329-330.) Des lettres s'échangèrent entre eux et les loges d'Allemagne à l'occasion des inondations de la Loire. « L'espritmaconnique, écrivaient les Frères réunis, ne reconnaît pas les frontières factices imposées aux peuples, toutes les barrières s'aplanissent sous les ailes du génie maçonnique» (Erwinia, 1847, U, p. 47); et le Frère Robert, annonçant aux Frères réunis que les loges d'Allemagne avaient envoyé leur obole pour les inondés, s'écriait: « Vous avez le plus beau rôle qu'il soit possible à une loge européenne d'ambitionner, d'être l'interprète entre deux grands peuples. La maçonnerie d'Allemagne a compris que cette démarche avait, outre le but de bienfaisance, un but moril et maçonnique plus élevé : celui de prouver à l'Europe entière qu'entre elle et la France, il n'y a pas de frontière... » {Erwinia, 1847, II, pp. 45-49).

3. Le 16 mars 1846, le Grand-Orient de France félicita officiellement les Frères réunis pour s'être chargés, à la demande de la loge l'Aigle frnncfortoise (Erwinia, 1817, I, p. 17). de la rédaction d'une revue francoallemande, Y Erwinia, qui produirait d'heureux résultats par les relations qu'elle établirait entre les maçons de l'Allemagne et ceux de la France. (Erwinia, 1847, I, p. 127.) Un article signé de J. Erckmann, orateur des Frères réunis, sur l'utilité des Congrus maçonniques, montra clairement l'e-prit de cette revue: « Cette fusionne tous les peuples, disait Erckmann, la maçonnerie est appelée à la produire. Déjà nous avons vu. rar

Page 1