Paris, Hetzel
leur allégorique majesté sur les tréteaux du pensionnat; elles évoquèrent des morts, et ces morts ressuscitèrent : c'étaient un grenadier, un hussard, un cosaque, un Ecossais, tous tués à Waterloo. Et ces bons revenants, pacifiés par le calme du sépulcre et réconciliés par la fantaisie de Macé, se tendaient la main. Chacun disait à l'autre ce qu'il faisait avant de partir pour la guerre, et pourquoi il était parti : le Czar, le Roi, le Parlement avaient décidé qu'on devait se battre. « Mais enfin, interrompait l'un de ces spectres, qu'avionsnous donc les uns contre les autres? Où était la querelle entre les socs de nos charrues! » — « Maudits soient les artisans de la guerre ! » clamait un autre. Et, là-dessus, des femmes voilées survinrent. L'une demanda son frère : « C'est ma sœur ! » disait le grenadier. L'autre réclamait son père : « Ah ! ma fille! » soupirait l'Ecossais. Une troisième cherchait son mari : « Mais voilà ma femme ! » s'écriaitle hussard. Une mère appelaitson fils, et le cosaque la reconnaissait. Et, pour que les étreintes fussent plus chaudes, les femmes laissèrent tomber leurs voiles. 0 déception ! Le grenadier s'attendrissait avec une Russe, le hussard avecune Française, l'Ecossais avec une Allemande, et le cosaque avec une Anglaise. Mais, si les fillettes du Petit-Chàteau avaient ri de ces surprises de la résurrection comme d'une mésaventure de vaudeville, l'austère auteur, bien vite, les eût ramenées au sérieux; car la Paix, reprenant la parole, laissait tomber cet axiome : « Il y a des sœurs, des épouses, des filles et des mères partout, et la nature n'a qu'un seul langage dans tous les pays. »