PROJET D'UN CODE INTERNATIONAL
ne voulût faire planer l'auguste essor de la Paix. Le but de Y Union de la Paix était de créer, sans le concours des gouvernements, sans nul recours à F «empirisme diplomatique », dont le règne était clos, un puissant « mouvement des volontés humaines », et de s'appuyer sur ce mouvement pour demander à la science, représentée par les jurisconsultes, la rédaction d'un code international1. De même que « l'avènement du droit privé avait provoqué une évolution dans le règlement des rapports entre les citoyens », de même que la publication du formulaire appelé le Consulat de la Mer avait, au xue siècle, assuré l'harmonie entre les commerçants des villes maritimes, de même les Etats, du jour où le droit international serait codifié, tiendraient compte, nécessairement, de ce code élaboré par les savants et béni par les peuples. On verrait, alors, s'inaugurer des campagnes électorales dans lesquelles les citoyens demanderaient aux candidats ce qu'ils pensent du droit international; et tôt ou tard, peut-être, dans un Etat qui dérogerait aux prescriptions du code nouveau, l'Union de la Paix, tout comme la théocratie d'antan, inviterait les citoyens au refus de service militaire et au refus de payer l'impôt. Mais c'étaient là des perspectives troublantes qu'il valait mieux, pour l'instant, reléguer dans cet « immense avenir » où se prolongeaient, à certaines heures, les audacieuses visées de Santallier.
1. Il est curieux de constater que, précisément en 1868, Bluntschli, professeur à l'Université d'Heidelberg, publiait son Droit international codifié, immédiatement traduit en français, avec une préface d'Edouard Laboulaye, où l'abolition de la guerre était augurée. Bluntschli avait été l'un des signataires de la Déclaration de Kehl.
Il fallait, d'abord, « emmagasiner les matériaux », c'est-à-dire recruter des adhésions populaires et des concours éru dits, convier les jurisconsultes à faire le code, les masses a le signer. Santallier s'attelait à cette tâche ; c'était, à ses yeux, la recherche de la justice; le reste viendrait par surcroît. Le Herald of Peace, journal de Londres, lui demandait pourquoi il n'invoquait pas le concours des gouvernements; ses défiances contre tous les Etats de l'Europe — hormis la jeune Italie — le dissuadaient de pareilles démarches. Il ne s'affichait poiut en révolutionnaire, pourtant, conseillait à ses amis de se tenir partout en bons termes avec les autorités locales, et nouait des rapports très cordiaux avec son sous-préfet, en qui il célébrait, ou peu s'en faut, un complice de cette grande œuvre. Et, parmi ses « frères », les timides étaient ainsi rassurés ; quant aux enthousiastes, ils exultaient; et les membres d'une loge rouennaise, en 1868, unissaient leurs voix et leurs cœurs pour entonner, dans un « à-propos maçonnique);, ce joyeux couplet :
Jean Macé, frère ardent, Pousse à la propagande Et veut que l'on répande Le libre enseignement.
Digne écho des Havrais, Santallier dit : Plus de frontières 1 Et prêche à tous les frères La douce union de la paix'1.
Encouragé, Santallier poursuivait son rêve ; il
1. A-propos maçonnique imprimé à Rouen, pour la Saint-Jean de 1868 : A la Persévérance et à la Vérité,