‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 107 sur 139 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

acte libre. En tout cas elle devient impossible et contradictoire lorsqu'on a compris que la catégorie procède des choses, et non de nous, qu'elle est immanente au phénomène et non à la pensée ; car nous ne saurions préjuger a priori si, en se développant, l'expérience ne s'imposera pas de nouvelles conditions et ne modifiera pas, soit graduellement, soit même subitement, les catégories anciennes ; a posteriori, dans les limites étroites entre lesquelles peut jouer la représentation humaine, nous pouvons noter de tels changements. Ils se laissent saisir tout aussi bien dans llespace que dans le temps.

Dans l'espace, il semble qu'une catégorie qui réussit pour îin certain nombre de faits cesse d'être valable pour d'autres OU' du moins ne s'y applique qu'en se modifiant profondément. Qui oserait prétendre, par exemple, que la causalité physique vaille telle quelle dans le domaine psychologique et même dans le monde biologique ? Admît-on la détermination absolue de la conscience, il serait impossible d'y voir l'équivalent exact de la détermination du fait externe ; entre une pierre qui tombe et un homme qui agit subsistera toujours la distinction d'un phénomène déterminé par son seul antécédent objectif et d'une décision motivée par des raisons idéales, d'une causalité par des fins. D'ailleurs, une telle assimilation est des plus contestables et c'est un problème de savoir si la vraie catégorie positive de l'action est la causalité ou la liberté, si nous agissons sous l'idée et sous la forme de la cause ou si plutôt, comme nous avons dû l'indiquer, notre action ne serait pas conçue sous l'idée et sous la forme de la liberté. Nous ne préjugeons pas ainsi la question de fond : « Notre choix est-il libre ? » qui, pour angoissante qu'elle soit en apparence, est probablement en elle-même sans signification et certainement pour le positiviste sans solution ; nous recherchons seulement si la catégorie morale qui s'adapte à notre acte est ou non celle de la nécessité causale ou celle de la causation libre ; c'est là une question de fait à laquelle peut seule répondre l'analyse exacte du phénomène, la détermination précise du contenu de notre représentation empirique. Ainsi, dans ce cas particulier,

l'idér de relation

essentiel d'ailleurs au moins pour rhonime individuel, nous notons un écart possible et probable entre la catégorie et le phénomène, ou plutôt, au sein de la catégorie posée, une telle variation dans le sens et dans la portée qu'on lui attribue que, lorsqu'on passe d'un ordre à un autre, et plus précisément de l'ordre matériel à l'ordre spirituel ou idéal, elle constitue une véritable inversion de point de vue.

Si maintenant nous suivons la catégorie dans son développement à travers la durée, ces modiiîcations nous apparaîtront encore plus visibles. Pour les catégories morales et sociales, la preuve n'est pas à faire, nous les voyons en quelque sorte changer à vue d'oeil, dans l'espace d'une génération, souvent même dans l'évolution d'une conscience individuelle. Telle époque nous montre une société basée sur le principe d'autorité, telle autre un état social fondé sur l'idée de liberté ; il y a même souvent coexistence de formes contradictoires, reposant sur des bases essentiellement différentes. Un régime démocratique tel que le nôtre s'accommode d'un mécanisme administratif légué par une autocratie centralisatrice. D'autre part, les grandes crises morales, religieuses ou rationnelles, qui brisent en nous les idoles anciennes et nous font voir l'existence sous un aspect renouvelé, reviennent à substituer des catégories de la conduite à d'autres catégories caduques ; le croyant qui a perdu la foi, l'athée qui s'est converti, ne modifieront peutêtre pas sensiblement leur action, mais ils la feront dériver de principes absolument hétérogènes, ils lui donneront un sens diamétralement opposé à celui qu'ils lui reconnaissaient auparavant. De même, entre le matérialisme moral de l'antiquité et la morale formelle des modernes, la diflerence est de la catégorie du bien à la catégorie du devoir. L'inégalité des hommes, manifestée par l'esclavage, était jadis la forme nécessaire de l'adaptation sociale, le type ou la loi de coexistence nécessaire au maintien de la société gréco-latine, comme l'égalité des hommes, objectivement traduite par la libellé individuelle, est le type social et le mode d'adaptation des sociétés modernes. Ces catégories ont évolué et évolueront encore avec les phénomènes qu'elles conditionnent et qui

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