‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 109 sur 139 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Alexandre, d'un Cyrus ou d'un Sésostris, s'éveillant de leur sommeil séculaire et se retrouvant en pleine civilisation actuelle. Leur étonnement et leur impuissance à comprendre ne seraient certainement pas plus grands que ceux du Français moderne subitement transporté dans la Cité antique et surtout dans l'âme d'un de ses habitants. Si nous pouvions pénétrer dans la conscience d'un Cicéron ou d'un Périclès, nous ne nous retrouverions plus en eux et nous n'y saisirions pas cette humanité que nous prétendons immuable et « identique en un chacun ». Par un commerce constant avec les auteurs anciens, il devient possible, dans des limites d'ailleurs on ne peut plus étroites, d'entrevoir ces différences insoupçonnées, de mesurer parla pensée la largeur de l'abîme qui nous sépare et nous éloigne d'eux ; en même façon que, par un contact prolongé avec des races très différentes de la nôtre, un romancier tel que Loti a su comprendre ou plutôt pressentir l'hétérogénéité fondamentale des mentalités humaines. Ainsi les catégories vont se modifiant sans cesse, et celles-là mêmes qui nous paraissent être les plus stables subissent ime déformation profonde, mais invisible et latente, qui, pour rester le plus souvent inaperçue, n'en existe pas moins et se révèle à Tanalyse. Causalité, finalité, nous venons de le voir, n'ont plus que des analogies lointaines si nous les envisageons dans l'esprit du métaphysicien et dans celui du physicien ou du naturaliste moderne. Il n'est pas jusqu'au principe d'identité, limite logique de toute pensée et de toute réalité, dont le sens ne se soit jusqu'à un certain point altéré avec le progrès humain. Qui oserait prétendre que, d'Aristote à Stuart Mill, il ait gardé absolument intacte sa signification primitive ? Sans doute, toutes les catégories mentales n'évoluent pas avec la même rapidité ; plus les phénomènes qu'elles déterminent sont simples et constants, plus elles ont chance de demeurer au moins pratiquement immuables. Il est certain que la catégorie logique est de toutes la plus rigide, tandis que d'autres sont infiniment souples, telle la catégorie morale soumise à des variations indéfinies. Cette fixité tout au moins relative et qui nous paraît absolue tient uniquement, pour la première, à la

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