CHAPITRE HUITIÈMK
la mécanique, en retour, étude des phénomènes dynamiques par excellence, des forces mobiles, ne détermine le mouvement que par ses limites, en l'immobilisant. Mais si ces deux manifestations du fait sont solidaires et toujours liées in concretOy elles se laissent isoler à la réflexion, car la connaissance n'est possible que par l'abstraction et ne porte en effet que sur des limites ; elle fixe un cadre où se déploieront les réalités. Or, par la statique, elle exprime le terme du progrès empirique, l'état final d'équilibre vers lequel tendent, dans les divers ordres de sciences, les phénomènes ou groupes de phénomènes considérés ; et, dans la dynamique, elle résume le sens même de cet effort des choses pour restaurer l'équilibre détruit ou pour en instaurer un nouveau, plus complexe et plus parfait. Le changement se développe sous la forme de l'être, comme l'être se détermine sous la loi du changement. On est toujours contraint, pour étudier l'un de ces termes, de le poser en fonction de l'autre, donc de prêter à celui-ci une existence au moins provisoire. Leur distinction et leur réalisation est donc légitime bien qu'elle soit artificielle, ou plutôt parce qu'elle l'est. La science est l'expérience donnée à elle-même, et la réalité du fait ne nous présente que l'expérience donnée en elle-même, se réalisant mais ne se saisissant pas; pour qu'elle devienne en quelque sorte son propre miroir, il est nécessaire qu'elle se dédouble et s'oppose à soi. La science repose sur cette feinte, elle la reproduit sans cesse sous mille formes différentes, et c'est elle qui, dès sa première démarche, se révèle à nous et la fonde. En résumé, il ne faudrait pas prendre à la lettre ces expressions de phénomène statique et de phénomène dynamique, elles n'expriment que des points de vue; le statique est dynamique à un certain degré, le dynamique est statique en quelque mesure. Nous limitons l'un par l'autre et par tous deux le phénomène dont ils expriment les constantes.
Désormais, nous pouvons au moins esquisser une classification des catégories. Il nous suffira, pour ce faire, d'introduire successivement dans le statique et dans le dynamique, ces enveloppes générales du réel, les diverses
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hétérogénéités concrètes que nous révélera tour à tour l'étude des différents ordres de faits. A la base, résultats d'observations directes infiniment simples, nous retenons la forme matérielle des corps, les figures géométriques, la forme matérielle des changements, le jeu des forces mécaniques. Ici, le statique et le dynamique sont immédiatement convertibles l'un dans l'autre et adéquatement adaptés : le mouvement est l'étendue mobile, comme l'étendue est le mouvement fixé. Ce qui reste du mouvement accompli, c'est la trajectoire décrite à travers l'espace ; ce qui est vrai de la figure donnée, c'est la loi mobile de sa construction. Analysons le mouvement, il n'est plus qu'espace ; synthétisons l'espace, il se fait mouvement. La logique, mathématique encore plus simple et surtout symbolique, suppose la catégorie spatiale et, dans l'inclusion syllogistique, celle aussi du mouvement, représentatif du progrès empirique des qualités sensibles. Nous avons été conduit à étudier l'une et l'autre dans leur application et dans leurs rapports. L'astronomie se décompose en une géométrie céleste et une mécanique céleste; elle n'est, elle aussi, en un sens d'ailleurs bien différent, qu'un cas particulier de la mathématique et son application à un objet d'expérience. En physique, bien que plus difficile à suivre et même à retrouver, cette dualité subsiste. Comte distingue notamment une barologie statique, étude de l'équilibre des corps, solides, liquides et gazeux, et une barologie dynamique, détermination des lois fondamentales des mouvements produits par la gravité (i); de même, dans sa théorie de la chaleur, il distingue entre un « équilibre thermométrique » (2) et les diverses variations de la chaleur. D'ailleurs, il faut d'après lui admettre l'existence non de la physique, mais des physiques, dont une division plus perfectionnée du travail intellectuel ferait autant de sciences distinctes. Chacune aurait alors ses catégories ou ses postulats fondamentaux : ainsi la barologie poserait le poids, le volume, la masse; la thermologie, la solidité et la fluidité; l'optique, la lumière et l'ombre, etc.. Il y aurait
(i) Comte. Cours de philos, posit.j t. 11, p. 362, sqq. (2) Id. Ibid.^ t. II, p. 400.