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CHAPITRE HUITIEME

physiologie, la statique sociale et la dynamique sociale, l'étude des organes et celle des fonctions, procèdent de cette division et se développent, parallèles et solidaires, mais sans se confondre jamais, au moins théoriquement. Une nouvelle forme de dualisme apparaît également dans ces sciences, et avec elle, de nouvelles catégories, plus matérielles en quelque sorte que les précédentes, et en tout cas moins abstraites. La vie, comme d'ailleurs l'existence inerte, n'est qu'un rapport entre un individu et un milieu. Déjà, en chimie, Comte appelait notre attention sur la nature de ce dernier : les corps de notre expérience ne se modifient pas dans n'importe quelles circonstances, mais sous les conditions d'une ambiance définie, constituée en l'espèce par l'air et l'eau, véritables catégories chimiques ; en même façon, pourrait-on dire, que la catégorie géométrique n'est pas un espace quelconque indéterminé à n dimensions, mais bien l'espace humain déterminé par ses trois dimensions. En biologie et surtout en sociologie, les considérations de milieu auront une importance décisive et celui-ci fera subir aux organismes qui se développeront en lui des modifications profondes : l'eau est la catégorie biologique du poisson, comme l'air est la catégorie biologique de l'oiseau ; le mécanisme complexe de l'échange international est la catégorie économique du civilisé, comme le troc immédiat et simpliste d'objet contre objet et d'homme à homme est la catégorie économique du sauvage. Nous voyons ainsi les conditions prétendues idéales prendre en quelque sorte corps, les formes dites subjectives se transformer de plus en plus visiblement en choses. A quel moment se fait le passage de l'esprit à la nature, de la pensée à l'expérience ? et, dans une doctrine de Va priori, qui fera le départ entre celles de ces catégories qui procèdent vraiment de nous et celles qui nous sont données par les choses ? qui pourra fixer la limite entre les premières et les secondes ? Et, si l'on s'en tient à la distinction kantienne de la catégorie et du schème, dans quelles subtilités dialectiques et dans quelles difficultés pratiques ne s'expose-t-on pas à tomber ? Pourquoi, par exemple, voir dans l'idée du nombre un schème, dans celle de la quantité une catégorie ?

Que pourrait bien être une quantité qui ne serait pas un nombre ? L'espace même n'est quantité que parce que je puis en mesurer, c'est-à-dire en compter les parties ; il n'est pas quantité en tant qu'il est espace, mais bien en tant qu'il ne l'est pas. Dès l'instant que je détermine la catégorie, je la schématise, et si elle reste purement indéterminée, ce n'est plus qu'un mot ; pour en avoir vraiment l'idée, il faut que j'en fasse une image. Ne serait-ce pas qu'elle n'est en eflet, même lorsque nous croyons la concevoir sous sa forme la plus abstraite, qu'une image fondamentale?

Nous ne prétendons pas avoir épuisé, dans cette revue rapide, le nombre des catégories concevables, car ce nombre n'est pas fixé et ne saurait l'être sans contradiction. Le progrès de la science consiste à nous faire saisir dans les choses des aspects d'abord inaperçus, à nous les révéler au moins autant dans leur complexité hétérogène que dans l'unité idéale et postulée de leur principe d'explication. Les catégories seront d'autant plus nombreuses que la division du travail intellectuel aura été poussée plus avant. Pour Descaries, il n'est, au fond, dans toutes les sciences de l'objet (et l'on sait que le sujet échappe à la science dans la conception cartésienne) que la catégorie mathématique ; aux yeux des modernes, qui ont tout à la fois élargi le champ des investigations scientifiques et divisé leur objet, il en existe infiniment plus. Chaque jour en voit naître de nouvelles : l'atome physique, cette catégorie essentielle, puisqu'elle est à la fois fait et loi, donnée et pensée, s'enrichit et se diversifie avec les différents phénomènes qu'il détermine. D'autre part, nous voyons se former et se modifier les catégories psychologiques, psychophysiologiques, psychophysiques; le simplisme, géométrique en quelque sorte, des tableaux finis dressés par Kant ou par M. Renouvier, échoue devant le détail et la variété des phénomènes. Au fond, il y aurait moins des catégories primitives, données une fois pour toutes, qu'une hiérarchie d'hypothèses de plus en plus enveloppantes; mais chaque hypothèse est déjà une catégorie partielle limitée à un petit nombre de faits, comme la

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