‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 115 sur 139 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

catégorie n'est encore qu'une hypothèse, mais plus générale, l'hypothèse totale qui commande à tout un ordre de phénomènes. Et nous voyons, ici encore, surgir les mêmes dilTicultés : où commencent les diverses séries phénoménales et où finissent -elles ? Distinguera-t-on, par exemple, les phénomènes des êtres inorganiques et ceux des êtres organisés? Verra-t-on dans la matière et dans la vie deux catégories essentielles ? Soit. Mais les êtres vivants se classent à leur tour en deux groupes : la vie animale ne saurait se confondre avec la vie végétative, à laquelle elle ajoute un élément nouveau de spontanéité ; devronsnous donc admettre d'autres catégories, résumant et prédéterminant ces divers modes d'existence? De même, de la catégorie physique les découvertes de Lavoisier et les progrès incomparables de la chimie au xix*' siècle ont détaché une catégorie nouvelle, et la catégorie physique, à son tour, se fragmente avec les physiques partielles qui se sont constituées. Il y a tout lieu de présumer que le monde de la vie se morcellera à son tour comme la cpuci; ancienne, et que la biologie, dans un avenir plus ou moins éloigné, présentera les mêmes hétérogénéités et la même systématisation que la physique moderne. Nous assistons, avec le développement des sciences positives, à une transformation profonde du problème de la connaissance. Tant que celle-ci était pour l'humanité un rêve et un idéal inaccomplis, on pouvait et devait admettre qu'elle se réglât sur le mode de connaître, que les exigences subjectives de la pensée fussent réalisées telles quelles dans l'univers ; dès lors, la catégorie, simple, logique et déterminée, se posait comme forme d'une classe de faits, comme unité systématique et prédéterminante de tout un ordre de réalités. Mais, en se constituant, la connaissance a brisé ce cadre logique qu'elle débordait de toutes parts, elle en a dénoncé l'inimaginable pauvreté eu égard à la richesse incomparable des existences et des formes d'existence effectivement données. Nos anciennes catégories sont alors apparues comme de simples subterfuges et, ce qui est pire, comme des subterfuges maladroits qui ne rendent pas compte de ce qu'ils ont pour fonction d'expliquer. Gonsidé-

rons les anciennes catégories abstraites et plus particulièrement Tune d'entre elles, la plus célébrée, celle de causalité. Combien elle apparaît, même dans le monde physique, lointaine et sans intérêt direct ! En quoi, par exemple, la loi causale est-elle intéressée dans le postulat de la conservation de Ténergie ? Et si Ton voulait absolument ramener à des termes de logique subjective cette grande hypothèse physique, ne procéderait-elle pas plutôt du principe d'identité ? Les formes de l'être varient, sa quantité reste constante. Si l'on prétendait donner un sens métaphysique a cette conception, elle conduirait droit à la négation du change" ment, la physique se constituerait sur la négation du principe de causalité. Il n'en est rien, sans doute, car il n'y a pas de métaphysique positive ; la physique est science de faits et ne connaît que ses phénomènes. Mais, précisément pour cette raison, elle ne doit pas plus avoir le fétichisme de la causalité que l'idolâtrie de tout autre forme actuelle. Elle emploiera indifféremment telle ou telle catégorie, tel ou tel postulat, dans la mesure de ses besoins pratiques. Il est des cas, en physique, où la causalité réussit; il en est d'autres, de plus nombreux peut-être, où elle échoue, ou plutôt où elle n'a aucun rôle à remplir. De même, en biologie, la fînalité, et dans toute autre science la catégorie correspondante que l'esprit s'imagine avoir posée a priori. A dire le vrai, ces catégories subjectives ont fait leur temps ; elles sont remplacées par des catégories de plus en plus objectives, par des relations de plus en plus concrètes. A la causalité succède la gravitation, h la finalité le progrès organique. La science ne se mesure plus par l'idée, mais par le fait ; son critérium n'est plus dans l'évidence, mais dans le succès. On s'explique par là qu'elle dédaigne nos conceptions abstraites, puisque non seulement elle les dépasse, mais même, dans ce qu'elles offrent de vraiment fécond, les fonde, et dans ce qu'elles présentent d'erroné, les corrige. L'expérience enveloppe ses lois et ses règles ; elle pose, avec ses phénomènes, les formes empiriques qui lui permettront de se comprendre et de se juger.

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