‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 119 sur 139 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

monothéisme, en le détachant de l'univers que sans doute il produit,mais dans lequel il ne s'incarne plus, ne nous montre en lui que le terme d'un effort infini et non l'enveloppe de tout ce qui est. De plus en plus, notre existence se constitue «n dehors de l'absolu, « nos relations seules nous intéressent » (i), une à une tombent les vieilles croyances, une à une les connaissances neuves les remplacent dans l'humanité rajeunie, et déjà Comte croit entrevoir l'instant où, par désuétude ^ les questions que l'on proclame éternelles se seront définitivement évanouies. Ainsi, l'organisation positive adéquate supprimerait radicalement l'absolu, cette fiction vaine, ou du moins elle ne l'admettrait qu'à titre de fiction, comme dans ses calculs le mathématicien admet l'infini. Il est appelé à devenir un postulat scientifique, une méthode, en cessant d'être une donnée métaphysique, un objet.

Rappelons en effet les termes consacrés à l'aide desquels on prétend établir l'existence de l'absolu. Il serait, dit-on, « la limite de la relation », ou encore « l'au-delà de la relation ». Critiquons tour à tour ces deux expressions qui, prises à la lettre, n'offrent aucun sens.

Et d'abord, que faut-il entendre par « la limite de la relation » ? En fait, la relation est elle-même une limite, limitée à son tour par d'autres relations. Si avant que nous poursuivions l'efi'ort de notre observation ou de notre analyse, nous verrons toujours le phénomène se résoudre ou se prolonger en d'autres phénomènes : il n'est pas de limite dernière qui puisse être posée ni même conçue. Donc, ou l'absolu n'est rien, ou il devient la négation de toute limite, l'illimité, c'est-à-dire l'infini, et tel est bien, nous l'avons vu, son véritable sens; mais cette négation n'est pas dans la chose, elle est dans le mouvement et dans l'acte de notre pensée constructive, c'est-à-dire dans le mouvement et dans l'acte de la réalité phénoménale dont la pensée n'est que la loi constante. Il n'y a pas un être qui soit l'illimité actuel, puisque le propre de l'illimité, c'est ne pouvoir être actua-

(i) Rbnouvibr. Ess. de crit. gén.^ i*' essai, p. 367.

lise. La limite de la relation, c'est en fait la relation-limite, essentiellement instable, susceptible d'être sans cesse déplacée. Si certaines métaphysiques ont cru trouver parfois Fabsolu dans le Je, dans la conscience, c'est pai-ce qu'en effet cette conscience et ce Je sont bien, à un certain point de vue, la limite de toutes les relations posées. Mais nous savons qu il n y a là qu un postulat commode : la conscience est un équilibre, le moi est un consensus ; ils trouvent à leur tour leur limite dans chacun de leurs phénomènes et plus particulièrement dans l'organisme qu'ils réfléchissent. La représentation ne pose jamais que des absolus provisoires, qui peuvent être immédiatement ramenés aux relations qui les composent, c'est-à-dire des absolus relatifs, des formes et non des choses.

Plus barbare encore apparaît la doctrine qui voit littéralement dans l'absolu « l'au-delà » de la relation. C'est une figure matérielle grossière que celle dune réalité donnée après ou plutôt derrière l'apparence phénoménale. « Au-delà de la relation » il n'y a encore et toujours que la relation et non pas je ne sais quel objet transcendant, je ne sais quelle chose existant en elle-même et non plus dans et par les autres. Que serait cet inconnaissable En soi ^iiLé en regard du connaissable qui ne peut être en soi de cela seul qu'il est connu ou susceptible de l'être ? Qu'est-ce que cette négation du dogmatisme qui proclame elle-même un dogme, et, pour combattre la métaphysique, la suit sur le terrain où elle l'appelle ? Imaginer une réalité en dehors de toutes les conditions du réel, poser une existence étrangère à tout mode d'existence, n'est-ce pas là précisément ce qu'exige de nous le métaphysicien ? M. Uenouvier et certains néokantiens suivent une inspiration plus juste lorsqu'ils rejettent jusqu'au nom du noumène ; il est vrai qu'immédiatement après ils paraissent se contredire en ouvrant toute grande la porte aux croyances subjectives ; toutefois, il faut le reconnaître, ces croyances ne déterminent encore, au moins dans leur pensée, sinon dans la réalité, que des relations idéales et non un absolu. Ce qu'il faut absolument exclure comme contraire à l'esprit positif, c'est cette idée de trans-

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