‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 120 sur 139 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

cendance qui ne répond à rien en nous qu'à un désir mal compris, qui réalise un symbole et qui matérialise un acte. Notre au-delà n'est proprement qu'un en-dedans; nous projetons aussi loin que possible, en dehors des limites de toute expérience imaginable, ce qui n'est que la forme confuse de nos aspirations.

On ne peut donc dire avec Kant que les problèmes métaphysiques soient insolubles mais nécessaires, car il n'y a pas de problèmes métaphysiques à proprement parler. L'erreur n'est pas de chercher à les résoudre, mais de les avoir posés ; le propre d'une dialectique positive serait d'en dénoncer l'illusion, de montrer en eux une fausse perspective de l'expérience sur elle-même. Ce n'est pas, ainsi que le pense Kant, lorsque nous voyons la réalité à travers le temps et l'espace que nous la déformons en la percevant, car temps et espace sont eux-mêmes des réalités : par leur moyen les choses se perçoivent directement en nous, leurs manières d'être ne modifient pas leur être, elles en dérivent et le constituent ; et c'est au contraire lorsque nous concevons un univers affranchi de ces formes — ou de telles autres qui pourraient se révéler au cours de l'expérience — que nous faisons subir au donné une incompréhensible déformation. Le noumène n'est pas seulement une idée inutile, une superfétation ; c'est une idée fausse. Il ne s'ajoute pas à Texpérience, il la contredit. Le véritable prisme trompeur qui dénature la réalité, c'est l'idée d'un en soi, d'un absolu autonome, car on ne peut voir en soi ce qui n'existe qu'en autre chose.

Pourtant les questions de cet ordre doivent être discutées, même lorsqu'on en a saisi l'inanité, même lorsqu'on a établi qu'elles ne nous représentent rien. Il est à cette étude une double raison. En premier lieu, ces problèmes, pour contradictoires qu'ils soient au fond, se posent à la conscience actuelle. Or, le propre de l'esprit positif est de voir dans la réalité un état d'adaptation : si donc ces questions existent pour nous, c'est qu'elles ont tout au moins une signification subjective, elles répondent à un besoin sinon à une réalité. Et, d'autre part, elles peuvent encore offrir un

aga

l'idée de KELATIOaV

lise. La limite de la relation, c'est en fait la relation-limite, essentiellement instable, susceptible d'être sans cesse déplacée. Si certaines métaphysiques ont cru trouver parfois l'absolu dans le Je, dans la conscience, c'est parce qu'en effet cette conscience et ce Je sont bien, à un certain point de vue, la limite de toutes les relations posées. Mais nous savons qu il n y a là qu un postulat commode : la conscience est un équilibre, le moi est un consensus ; ils trouvent à leur tour leur limite dans chacun de leurs phénomènes et plus particulièrement dans l'organisme qu ils réfléchissent. La représentation ne pose jamais que des absolus provisoires, qui peuvent être immédiatement ramenés aux relations qui les composent, c est-à-dire des absolus relatifs, des formes et non des choses.

Plus barbare encore apparaît la doctrine qui voit littéralement dans l'absolu « l'au-delà » de la relation. C'est une figure matérielle grossière que celle d une réalité donnée après ou plutôt derrière l'apparence phénoménale. « Au-delà de la relation » il n'y a encore et toujours que la relation et non pas je ne sais quel objet transcendant, je ne sais quelle chose existant en elle-même et non plus dans et par les autres. Que serait cet inconnaissable En soi fixé en regard du eonnaissable qui ne peut être en soi de cela seul qu'il est connu ou susceptible de fêtre ? Qu'est-ce que cette négation du dogmatisme qui proclame elle-même un dogme, et, pour combattre la métaphysique, la suit sur le terrain où elle l'appelle ? Imaginer une réalité en dehors de toutes les conditions du réel, poser une existence étrangère à tout mode d'existence, n'est-ce pas là précisément ce qu'exige de nous le métaphysicien ? M. Renouvier et certains néokantiens suivent une inspiration plus juste lorsqu'ils rejettent jusqu'au nom du noumène ; il est vrai qu'immédiatement après ils paraissent se contredire en ouvrant toute grande la porte aux croyances subjectives ; toutefois, il faut le reconnaître, ces croyances ne déterminent encore, au moins dans leur pensée, sinon dans la réalité, que des relations idéales et non un absolu. Ce qu'il faut absolument exclure comme contraire à l'esprit positif, c'est cette idée de trans^

Page 1