‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 122 sur 139 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

s'éternisant en se réfléchissant dans l'être parfait qu il con. çoit, dans la loi immuable qu'il fixe; même dans le dévouement, même dans le sacrifice, l'individu s'affirme et n'abdique jamais; il se renonce comme relatif et comme éphémère, pour se réaliser comme éternel et comme absolu Tout objet transcendant est une idéalisation du sujet une affirmation, le plus souvent inconsciente, de notre vouloirêtre. Même lorsqu'elle semble nous détacher de nous, la fin objective ne nous intéresse que dans la mesure ou elle nous y ramène; nous ne nous absorbons en Dieu, nous ne nous confinons dans la moralité que* pour nous y exprimer plus pleinement, pour nous posséder dans l'être intime de noti^ Le. Nous perdons ainsi de vue les réalités présentes rhumanité qui nous entoure, avec ses besoins immédiats et ses souff-rances précises; nous les subordonnons a ce Bien, à ce Devcir à cette Infinie Perfection, qui n'existent que dans leur idée ou plutôt dans la nôtre. La croyance transcendante est aristocratique, la religion et la morale subjective quelle inspire sont un luxe, une délicatesse de la conscience afiranchie qui peut se concentrer toute en soi et se détourner des réalités ; elle s'ajoute donc à la vie, elle ne saurait la fonder. Aussi, de toutes les croyances possibles, retiendrons-nous uniquement, si tant est qu'il en existe, celles qui présentent un caractère simplement immanent, c'est-à-dire qm se rapportent directement à l'ordre réel sans le dépasser pour poser un ordre idéal, étranger aux faits. Or, telles semblent bien être, parmi les croyances morales, ceUes qui déterminent immédiatement notre action, abstraction faite de toute finalité hyperphysique et suprahumaine, par exemple la croyance à un devoir social et surtout la croyance a notre liberté. Sans doute, cette dernière idée est des plus obscures ; on a vn souvent en elle le principe de déductions métaphysiques, hypothèses ingénieuses, brillantes ou profondes, mais sans la moindre objectivité. D'autre part, elle n est pas non plus sans danger; mal comprise et conçue comme le privilège exclusif de l'humanité, eUe risque de nous faire retomber dans un anthropocentrisme étroit et factice, de nous mettre en opposition avec le reste de l'univers. Mais il

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n'y a là, selon toute apparence, que des eri-eui-s d'interprétation qu'une saine critique positive pourra aisément corriger, et il reste acquis d'autre part que nous agissons constamment sous l'idée de notre liberté, que la liberté est une des catégories de l'action humaine. Elle est donc bien une donnée positive, un fait au moins possible, un élément de notre expérience. Certains penseurs ont cru l'apercevoir dans les phénomènes les plus simples, l'observer directement dans l'intuition mathématique, dans la synthèse chimique, dans l'organisation des êtres vivants. On se plaît, en général, à l'opposer à la science, et de fait celle-ci exige la détermination et la permanence de son objet, dont la liberté exprime à l'inverse l'indélerminalion et l'inconstance ; pourtant la liberté tend de plus en plus, scmble-t-il, à devenir en certains cas un postulat scientifique : elle se manifeste en biologie sous le nom de spontanéité, en sociologie sous le nom de progrès; autrement dit, elle pénètre la connaissance et a réalité, elle déborde peu k peu les limites du sujet ou elle restait dabord contenue. Elle perd ainsi son caractère égoïste et humain pour devenir en quelque sorte une propriété de tout ce qui est, un des aspects de la rcprésenUt.on en général, s'aecusant d'ailleurs de plus en plus avec les progrès qualitatifs de l'être. En tout cas. si notre croyance est fondée, c'est uniquement sur des faits, sur des données empiriques ; la seule liberté que nous puissions imaginer légitimement sera donc une liberté phénoménale, positive, et non pas une liberté métaphysique, nouménale. une liberté immanente et non transcendante, sensible et non intelligible 11 reste de voir jusqu'à quel point nos présomptions sont légitimes et s'accordent avec les faits.

A première vue, il semble contradictoire à'MXve l'existence simultanée de la relation et celle de la liberté. Par la relation, les choses sont liées, elles ne sont même que les liaisons que nous apercevons entre elles et celles qu elles opèrent entre d'autres réalités. Poser la liberté, n est-ce pas aLettre qu'elles se détachent les unes les autres et se constituent comme autant de petits noumènes ? Être libre, c est

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