‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 123 sur 139 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

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ôlre en soi et non pas en autre chose. L'objection se précise encore et s'aggrave lorsqu'on admet l'existence de catégories qui déterminent le phénomène. Si l'univers se plie à certainés formes constantes, il n est plus d'actes qui échappent à leur juîidiction, elles contraignent jusqu'à l'homme mental et moral. En elTet, ou cet homme est un être d'exception, un monstre, ou il est asservi à la nécessité universelle ; enserré dans le réseau complexe des relations ambiantes, il faut ou qu'il s'y adapte ou qu il le brise ; dans un cas il perd toute autonomie et dans l'autre toute intelligibilité.

A c% dilemme on échappe plus malaisément encore dans la conception positiviste que dans la doctrine d'un Kant. Cette dernière n'admet, en efl'et,que l'existence de catégories subjectives, limites purement humaines que la pensée impose au monde afm de se le figurer ; il faut voir en elles simplement les formes de la représentation qui n'est elle-même qu'un symbole et laisse intacte la réalité de l'être qu'elle détermine. Il n'est même pas besoin d'admettre avec Kant l'existence d'un absolu, d'un noumène extérieur au phénomène ; il sufllt d'imaginer en chaque réalité donnée un être tel que le moi de M. Bergson, se limitant dès qu'il s'exprime à notre conscience, ou plutôt dès qu'il est exprimé, mais foncièrement libre dans l'acte par lequel il se produit. La catégorie n'est en ce cas qu'un point de vue de la pensée sur la réalité, ou plutôt la réalité en tant que donnée à la pensée; le phénomène subjectif suflit à rendre compte de cette détermination du fait, libre par sa face représentative qui nous échappe et par laquelle il est pour lui, déterminé par sa face représentée qui nous est seule donnée et grâce à laquelle il est pour nous. C'est ainsi que le sujet bergsonien se pose libre lorsqu'il se manifeste dans la pure durée interne et se saisit déterminé lorsqu'il se matérialise dans l'espace

homogène.

Mais cette sorte d'échappatoire fait défaut lorsque les catégories apparaissent comme fondées dans la réalité et non pas seulement en nous. Il faut alors voir en elles l'objet même ramené à ses conditions d'existence les plus générales, et comme l'expérience ne trouve sa mesure qu'en soi.

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X'IDÉB DE RELATION

ne procède pas de Fadaptation d'une matière à une raison, mais de la conformité de certaines relations passagères à certaines autres relations constantes, il semble bien que les lois et la nécessité qu'elles expriment soient données originairement avec les choses. Par suite, le réel s'identifierait en son fond au nécessaire et proscrirait tout élément de contingence : il serait exactement ce qu'il peut être et il pourrait ^tre uniquement ce qu'il est.

Toutefois» une telle conclusion serait factice ; elle accorderait en effet à ces termes de nécessité et de contingence un «ens absolu qu'ils ne sauraient avoir et que nous leur avons constamment dénié. On ne saurait poser autrement que par abstraction des lois d'une fixité absolue radicalement distinctes des faits changeants qu'elles déterminent. La loi exprime une tendance manifestée par le phénomène et en quelque façon la courbe plus ou moins complexe et par suite aussi plus ou moins variable de sa réalisation. Les catégories, lois suprêmes des choses et non de la pensée, sont, parmi toutes les orientations empiriques données, les plus simples, les plus fréquemment répétées et les plus constantes, sans que pourtant elles soient, elles non plus, définitives et immuables. En ce sens, elles seraient même moins des lois que des règles, ou plutôt la loi ne serait jamais que régulatrice et non déterminante. Poser la catégorie, c'est fixer une limite arbitraire, sans préjuger autrement que d'après des inductions passées ou des analogies présentes, et quelquefois moins encore, un pressentiment subjectif, l'anticipation d'un ordre 'qu'on imagine plutôt qu'on ne le constate, si le développement des faits sera conforme à notre idée. La catégorie n'est qu'une approximation et un idéal ; c'est ainsi que dans nos recherches biologiques nous nous donnons la finalité comme fil conducteur, sans prétendre qu'elle soit réalisée telle quelle dans les choses ; elle nous permet de les traduire à elles-mêmes et elle retient, de plus ou moins loin, quelque chose de leur être et de leur devenir; c'est encore ainsi que la causalité physique est, bien que d'une manière moins apparente, l'hypothèse d'un certain ordre dans la production phénoménale, le phénomène simplifié et schématisé des

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