‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 127 sur 139 · chapitre neuvième · texte numérisé non relu

chapitre neuvième

liberté par sa manifestation, nécessité par son rapport. Si le fait, par l'une de ses faces, se confond avec la loi, il n'est fait que parce que, sous une autre, ou plutôt sous une infinité d'autres, il s'en distingue.

En effet, il n'est pas un phénomène qui se laisse réduire, sans plus, à la seule relation sous laquelle il est conçu, il n'en est pas un dont la résolution ne puisse se poursuivre à l'infini, c'est-à-dire qui, par quelque biais et en quelque mesure, n'échappe à la détermination. La moindre goutte d'humeur, disait déjà Leibnitz, est un océan qui contient d'autres océans. C'est en ce sens que la science moderne interprète l'el; aTretpov elvat des anciens et ramène ainsi à l'intelligibilité la production même de l'inintelligible. Donc la liberté est partout, dans la plus humble manifestation de l'existence aussi bien que dans la plus haute, toujours alliée à la nécessité sans laquelle d'ailleurs elle serait inconcevable et, comme elle, sous des formes multipliées à l'infini, phénomène d'autres phénomènes. On les peut ramener aisément — nous l'avons d'ailleurs établi plus haut — aux deux termes fondamentaux dans lesquels se résout l'idée mère de relation, au même et à l'autre. Si le même se fait autre, c'est donc que le nécessaire est libre vis-à-vis des formes qu'il prend lorsqu'il s'exprime ; et si l'autre reste le même, c'est donc que le libre est lié au nécessaire dans le mode de sa production.

En effet, plus on étudie l'être dans son ensemble, dans la totalité de ses déterminations, et plus il apparaît que contingence et nécessité se supposent en lui. Il devient alors sujet, non d'une seule catégorie, mais de toutes, il se détermine par tous les modes de relation possibles et concevables. Et, dans la hiérarchie des différents êtres, on aperçoit également comme un passage progressif de cette existence abstraite oh il semble que, du point de vue de chaque catégorie, l'être soit strictement adéquat à celle-ci, à l'existence concrète où, au contraire, du même point de vue, l'intelligibilité de la relation n'apparaît plus que comme la condition première et la limite d'une réalité qui la déborde. Par exemple, une pierre est immédiate à la causalité, à l'identité, à la quantité ;

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elle est statiquement ce qu'elle est, sans plus, et dynamiquement ne se modifie que selon sa loi, sans lui opposer aucune résistance, en se laissant absorber toute en elle. Au contraire, Fhomme élargit les limites de la catégorie, parfois jusqu'à en briser le cadre Irop étroit dans lequel il étouffe : autre est la causalité de la pierre qui tombe, autre celle du penseur qui veut ; autre l'identité éternellement immuable de la pierre immobile, autre l'identité sans cesse modifiée de la pensée qui évolue ; autre enfin la quantité déterminée qui mesure exactement l'être inerte, autre le progrès interne, qui peut-être défie toute mesure et ne peut être quantifié, mais seulement évalué, de la conscience agissante. C'est que, dans un cas, Têtre est donné selon chaque catégorie, tandis que dans l'autre il se donne et ne cesse de se donner son être en chacune, parfois en les modifiant pour se produire ; dans l'un, le fait est si près de la loi, si peu accusé dans son être propre, qu'il tend à se confondre avec elle; dans l'autre, il s'en écarte, parfois si violemment qu'il semble la contredire et que peut-être en efl'et il la viole, elle représente au mieux le minimum d'une existence qu'il achève en la variant et en l'enrichissant par toutes les différences dont il la pénètre.

Mais si la catégorie laisse intacte la liberté du phénomène, par contre la liberté ne laisse pas intacte la catégorie. A de nouvelles existences répondent nécessairement de nouvelles conditions, et à des existences plus complexes des conditions moins rigoureuses. De même que le système ambiant se modifie selon les organismes qu'il est appelé à produire, devient tour à tour terre, eau, air, solide, liquide ou gazeux, de même la relation varie et change selon les exigences du donné. Plus celui-ci deviendra nche et plus, du même à l'autre, nous verrons la distance s'accroître. Dans l'identité, cette distance se supprime idéalement, le même est l'autre comme Fautre est le même; mais aussi l'identité est-elle plutôt l'enveloppe des catégories qu'une catégorie proprement dite, car la relation est la négation au moins partielle de cette identité : A est non- A ou quelque non- A, A est B ou quelque B; pas une connaissance réelle, pas une existence véritable ne supporte l'identité. La causalité, bien

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