‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 138 sur 139 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

yis

fait elle en résulte et le résume. L'acte de foi, le Credo, c'est à nos yeux la détermination spontanée et libre de la volonté par sa seule puissance, sans avoir égard aux représentations données. Et sans doute nous avons raison en un sens, car il est certain que par la croyance nous nous affranchissons de tous les motifs empiriques actuels, le plus souvent nous prenons parti contre eux, nous affirmons par une sorte de gageure, religieuse ou morale, leur inanité absolue, l'idéalité du réel et la réalité de l'idéal; mais la question est précisément de savoir si cet affranchissement à l'égard des motifs empiriques n'est pas lui-même un motif empirique, si l'acte de la volonté qui renonce la nature ne procède pas de cette nature même qu'il nie et qui s'affirmerait ainsi dans sa propre négation. Or, il paraît difficile qu'il en soit autrement. Il n'y a pas de volonté pour un être organisé, il n'en peut exister que pour un être qui s'organise ; il n'y a pas de volonté pour l'oiseau qui construit son nid ou plutôt par qui le nid se construit, car il n'est qu'un instrument de l'idée qui le dépasse, — il en est une pour l'homme qui édifie sa demeure et réalise une fin par lui-même conçue ; il n'y a pas en nous de volonté qui commande aux battements du cœur, il en est une qui s'impose au développement de la passion. La volonté est absente dans tous les cas où une seule issue est possible [)our l'action, présente dans tous les cas inverses où plusieurs solutions contradictoires peuvent être réalisées. Elle n'est donc autre chose en son fond que le mode d'organisation des phénomènes, non en tant qu'il est, mais en tant qu'il se fait. La volonté est un phénomène, l'acte de foi un phénomène de ce phénomène, le mode d'organisation se déterminant, non par les éléments qu'il organise, mais par sa seule spontanéité ; spontanéité d'ailleurs tout apparente, qui masque l'ambiguïté de direction que nous avons dénoncée plus haut, et, devant l'impuissance à se résoudre, l'indétermination prise comme principe de détermination. Au fond, la foi est l'ignorance qui se donne pour la science, l'impuissance qui se pose comme puissance, les ténèbres qui s'affirment lumière. La foi est un parti pris. Et nous ne prétendons pas qu'il ne faille pas souvent encore prendre

parti, même et surtout dans les questions qu*on ignore; mais nous maintenons que les progrès de la science tendent de plus en plus à réduire le nombre des cas où s*impose cette exigence subjective, d'une part en apportant des solutions positives à des problèmes jusqu'alors réputés insolubles, de l'autre et surtout en éliminant tels et tels de ces problèmes et en montrant qu'ils ne se posent pas. La foi n'est qu'un état d'âme, la raison est un état de choses. Plus notre esprit contractera d'habitudes vraiment positives, plus il substituera, en tout ordre d'idées, la considération objective du donné à la réflexion subjective de la conscience, et plus la foi tendra à s'évanouir, plus elle sera refoulée progressivement et pratiquement annihilée par la science.

Nous ne croyons donc pas à l'avenir de la foi. La foi appartient au passé et l'avenir à la science. Historiquement, on voit le terrain que la croyance perd et non pas celu qu'elle gagne. La foi est une catégorie déchue qui eut son heure de triomphe. L'himianité, pendant longtemps, a vu le monde à travers ses espérances, elle le voit aujourd'hui à travers la vérité de ses phénomènes, ou plutôt dans les phénomènes auxquels se réduit sa vérité. De proche en proche, la foi abandonne les positions qu'elle avait conquises de haute main et sans lutte, ou plutôt qu elle n'avait pas eu à conquérir parce qu'elle les occupait dès l'origine ; elle bat en retraite devant la science envahissante. Sans doute, elle revendique encore un objet idéal, mais de plus en plus cet objet n'apparaît que comme un symbole et comme une limite ; Dieu n'est plus un être, mais une loi, loi morale de l'action qui s'oblige, loi logique du phénomène qui se développe à l'infini ; il est, comme on l'a dit dans une expression particulièrement heureuse, « un emploi de la raison » (i). Au fond, on verrait qu'il n'y a pas d'objets de croyance, mais seulement des raisons de croire ; il n'est pas de fins actuelles qui déterminent ces raisons, ce sont elles qui actualisent leurs fins en se déterminant. La croyance n'est

(i) Rbnouvikr et Prat. Nonv. MonadoL, p. i5i.

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