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CHAPITRE PREMIER

Tégoïsme. Or le positivisme, en combattant indistinctement toutes les conceptions anthropomorphiques, est une école d'altruisme qui, au problème des destinées transcendantes de rindividu, substitue la question des destinées empiriques de l'espèce. C'est dire qu'en aucun état de cause nous ne nous reconnaîtrons le droit de préjuger la vérité pour la régler sur la liberté, ce que font en somme les néo-kantiens et ce que pourraient faire avec eux tous ceux qui regardent le sort de la personne comme essentiel et comme supérieur à celui de Thumanité.

Inversement, nous reprochons à Tempirisme anglais de procéder du préjugé anti-intellectualiste, de postuler, implicitement ou en termes avoués, l'unité de composition de l'esprit et de la matière et, par suite, de s'orienter vers le matérialisme. Il n'est pas positif dans l'acception stricte de ce mot et il ne s'inspire de Comte que pour modifier ses conclusions dans le sens le plus favorable à ses tendances d'esprit. Il n'y a rien de moins conforme au fond à l'esprit du comtisme que cette réduction à l'unité ou tout au moins ce rapprochement forcé d'éléments hétérogènes. S'il a soutenu énergiquement l'unité de méthode et de direction, nul ne s'est opposé avec plus de force qu'Auguste Comte non seulement à l'unité d'essence des divers ordres de phénomènes, mais même à l'unité d'explication que Mill propose. Assimiler l'association des images à la gravitation des corps célestes, admettre une unité de composition de l'esprit exactement calquée sur l'unité de composition de la matière, eût été pour lui au moins aussi absurde que de prétendre ramener les propriétés des êtres vivants à de simples modifications physiques ou chimiques, et cette hypothèse est, on le sait, une de celles qu'il a le plus fortement combattues. S'il prétend qu'une psychologie indépendante ne saurait constituer une science, il entend simplement signifier par là — ce qui d'ailleurs est des plus contestables — qu'à l'étude directe des états de conscience doit être substituée celle des conditions objectives, soit cérébrales, soit sociales, qui les déterminent^ et nullement que ces états soient de même nature que leurs conditions, ni même que leur mode d'explication

doive êti'e exactement superposé au mode d'explication des phénomènes inférieurs, physiques et physiologiques. Autre chose est nier résolument l'existence des lois psychologiques pures — ce que fait Comte ; autre chose est voir dans ces lois l'exacte transposition de celles qui règlent les relations des corps, organisés ou organiques — ce que veut Mill. (^et abaissement systématique de l'intelligence qui caractérise essentiellement l'œuvre de l'empirisme anglais n'est pas plus conforme au véritable esprit critique (hautement organique en son fond) que l'exaltation systématique et inverse d'une volonté idéale donnant des règles pures à l'action ou d'une lil erté absolue ne posant tour à tour les différentes formes de l'être que pour se réaliser progressivement par leur moyen. L'idolâtrie du phénomène vaut celle du noumène et de la liberté. Elle est même plus dangereuse, car il est moins facile de dénoncer le sophisme métaphysique qui se cache au fond des doctrines associationnistes que de mettre en lumière le caractère purement symbolique du néo-criticisme. Nous aurons à éviter ce dernier écueil d'un absolu fixé dans le fait, d'un phénomène substantialisé, conçu comme une donnée objective et non comme un simple rapport.

On le voit, c'est à poursuivre, dans tous les ordres d'idées et avec une impitoyable rigueur, les derniers vestiges de l'esprit métaphysique, qu'une critique vraiment positive doit employer tous ses soins. Cet esprit se survit dans la pensée de ceux qui le combattent le plus âprement ; Comte lui-même n'en est pas exempt, non seulement dans sa synthèse subjective, mais même dans la partie purement objective de son œuvre. Nous n'avons pas la présomption d'imaginer que nous en sommes affranchi. On ne se soustrait pas aux influences du milieu et notre atmosphère intellectuelle est encore trop saturée de métaphysique pour qu'on n'en soit pas imprégné à son corps défendant. Mais nous essaierons du moins de mettre en lumière les analogies étroites et presque toujours méconnues entre le dogmatisme avoué des anciennes ontologies et le relativisme des criti-

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