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CHAPITRE DEUXIEME

tentée jusqu'ici. Vaguement esquissée par M. Renouvier (i), supposée mais non développée par Comte, qui voit une pure logomachie dans l'hypothèse d'un esprit législateur détaché de toute donnée objective et concentré dans son idée (2), nous ne voyons pas qu elle ait jamais fait l'objet d'une discussion directe. Or nous jugeons celle-ci pour le moins aussi nécessaire que le fut la critique de Descartes par Kant lui-même. On comprendra que nous l'ayions tentée.

L'être est. Sous cette forme, la seule pleinement logique, le dogmatisme à la fois s'alUrme et s'épuise. En se posant, l'être se limite à son être. Mais c'est déjà trop de dire qu'il se pose, car c'est admettre qu'il sort de lui-même. Il faut supprimer jusqu'à cet acte de spontanéité primitive et le considérer comme posé de toute éternité. Toutes les difl'érences s'évanouissent dans l'identité postulée. Plus de diversité, même intelligible, qui créerait en elle une opposition ; plus de mouvement surtout ni de devenir, car devenir et mouvement ne s'entendent que par une aliénation incompréhensible de l'être consentant à se pénétrer de non-être ; plus de dialectique interne, fût-elle purement idéale, car la dialectique suppose une distinction qui, même si on peut la ramener à une unification et à une synthèse, introduit une différence, donc encore un non-être, dans l'absolu indivisible : ce non-être ne fût-il que d'un instant et d'un instant simplement logique, il suffit pour briser l'unité de l'être, et partant pour nier l'être lui-même. Nous ne pouvons que nous confiner dans notre affirmation stérile, qui a déjà le tort d'être une affirmation. Le sceptique prétend avec raison qu'on ne peut aliirmer l'être de lui-même, poser le jugement : « l'être est », mais qu'on doit dire, sans plus : « l'être », ou : « est ». La synthèse selon l'identité n'en est pas moins ime synthèse.

(i) Ess, depsychol. rationn., t. i, p. 92, sqq.; p. i36, sqq.

(2) CoMTK. Cours de phiL posit.y t. i, p. 29, sqq.; t. m, p. 333, sqq.

« L'être est » n'est pas un pléonasme, mais une contradiction. A fortiori : « l'être est son être ». S il est, l'être n'est pas, et c'est en n'étant pas qu'il est.

On le voit, la doctrine est absurde, par excès d'intelligibilité. Elle module d'éternelles variations sur un thème identique et elle n'a même pas le droit de les moduler. En effet, c'est sortir de l'être que de le déterminer, fût-ce par lui-même. On s'épuise en vain à résoudre cette contradiction initiale, car elle n'est pas seulement à la racine du sysième, elle résume le système tout entier. L'absolu se détruit dès l'instant qu'il se définit. « C'est encore formuler une relation » que de prétendre définir le concept dje ce qu'on voudrait » qui fût sans relation. » (i) ^

En fait, aucun système, pas plus celui de Parménide qu'aucun autre, ne se place — et pour cause — dans cette situation intenable ; en principe, tous y tendent. Ce qui peut faire illusion sur leur véritable caractère, c'est qu'ils se trouvent dès l'abord en présence d'un monde sensible qu'ils se devront d'expliquer ; mais ce monde n'est qu'une apparence trompeuse, qu'il faut dénoncer pour l'abolir. Aussi ne devrons nous voir dans les métaphysiques d'un Platon et même d'un Aristote qu'un travail préliminaire, une lente initiation qui nous rend capables de l'être, mais qui ne suffit pas à nous le révéler. Leur doctrine est à côté de son objet; elle ne le détermine qu'indirectement, en préparant les voies à l'intuition supra-sensible et même supra-intelligible dans laquelle il se laissera saisir. Que resterait-il de ces philosophies si l'on en supprimait tout ce qui n'est pas l'être lui-même? Dans l'une, à peine l'idée du Bien se concentrant toute en soi ; dans l'autre, l'acte pm' dégagé de toute matière. Or, si l'on y regarde d'un peu près, il apparaît que cette idée et que cet acte demeurent pour notre entendement aussi indéterminés que le noumène kantien : ils ne se révèlent que dans une extase intuitive qui suit la dialectique discursive, mais qui n'en procède pas et lui demeure hétérogène. Le bien dépasse l'essence ; Dieu, pour

(i) RfNouviER et Prat. Nouvelle Monadologie, p. 25455.

L*IDÉB DE RELATION

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