‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 20 sur 139 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Aristote, est incommensurable avec l'univers qu'il ignore. L'être est au-delà de l'être. Notre discussion ne porte que sur ses limites, réelles ou idéales.

Ainsi, l'être transcendant est inconnaissable par les voies naturelles, inintelligible en son fond. Aussi bien, comment pourrait -il nous être donné? Comment l'inconditionné serait-il possible pour nous, puisque penser, comme l'a montré Hamilton, c'est poser des conditions ? Par suite, conclura M. Renouvier, l'être se confond avec le rapport. « Uêtre est l'être ne sera que l abstraction de toutes les relations. » (i) L'affirmation la plus réelle aux yeux des anciens devient ainsi pour nous la plus formelle et la plus vide. Nous croyons l'avoir suffisamment établi ; point n'est besoin de discuter plus longuement ce qui n'offre désormais qu'un intérêt purement historique. Faisons simplement remarquer à quel point la philosophie de l'être reste étrangère à la vie : sa morale consistera dans cette béatitude intellectuelle qui, pour nous affirmer davantage, commence par nous nier dans tout ce qui nous détermine. Naître à l'intelligible, c'est mourir au sensible, donc à la réalité. S'éterniser, c'est proprement se renoncer.

Avec le stoïcisme, nous avons vu la conception ontologique se modifier dans un sens déjà plus nettement positif. L'être devient immanent sous la forme d'une raison donnée dans les choses dont elle constitue en somme la substance. Il comporte donc le devenir et la relation, mais il s'en distingue pourtant comme ce qui, posé au sein de chaque rapport, manifeste en lui la présence d'un absolu qui survit aux divers moments de son progrès. L'être est le corps toujours identique à lui-même, le feu subtil qui revêt mille formes sans jamais aliéner sa nature. On retrouverait une conception analogue chez Épicure qui assure l'unité de composition de la matière par l'infinité actuelle des atomes homogènes. Cet être est donc une donnée objective, une chose en soi dans toute la force du terme et sous sa fonme la plus expresse, c'est une matière. Mais du moins coexiste-

(i) Renouvier. Ess. de crit. génér. V ess., p. 67.

t-îl à son propre devenir et ne se manifeste-t-il qu'en se développant, soit dynamiquement, s'il apparaît comme le Dieu latent qui peu à peu se révèle, soit d'une façon toute statique, dans les synthèses d'atomes produites par le mouvement. Mécanisme et panthéisme s'accordent sur ce point essentiel; ce sont des réalismes matérialistes. L'être prend une forme sensible, tangible, et c'est dans son acception le plus résolument empirique qu'il faut entendre l'expression : l'être est.

Cette position n'est plus absurde ; elle n'en est pas moins intenable. L'être ne cesse d'être inaccessible qu'à la condition de pouvoir être représenté. Or la représentation ne dé , igné immédiatement qu'elle-même et non pas son objet; elle ne nous autorise même pas à conclure à l'existence d'une cause extérieure dont elle ne serait que l'effet. Si elle enveloppe une existence, c'est celle de ma pensée dont elle ne serait qu'un mode, non celle de la réalité qu'elle détermine. S'il est donné, l'être n'est pas et n'est pas son être, l'être est son paraître, et comme le paraître ne suppose rien en dehors de soi, seul le paraître est, ou mieux, le paraître paraît.

De plus, la conception d'un être matériel comme chose en soi nous oblige à actualiser les contradictions que nous trouvons données dans sa représentation. Kant a dégagé ces antinomies de la raison pure ou du moins certaines d'entre elles, et M. Renouvier semble avoir établi que représentation est synonyme d'antinomie. Or, les antinomies ne se résolvent qu'à la condition de ne pas attribuer aux choses en tant que telles les caractères que présentent leurs phénomènes, et le matérialisme, qui confond précisément l'objet et sa représentation, admet par là même l'absurdité d'une coexistence des contradictoires.

Concluons. L'être est impossible, quelle que soit la forme sous laquelle nous cherchions à nous le représenter et de cela seul que nous cherchons à nous le représenter. S'il est transcendant, il est pour nous indéterminable et en soi inexistant. S'il est immanent, il se ramène au fait psychologique qui le mesure. Dans les deux cas, l'être n'est pas.

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