‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 2 sur 139 · CHAPITRE rUKMlER · texte numérisé non relu

CHAPITRE rUKMlER

pendantes du sens commun et de la métaphysique, mais les deux aspects complémentaires et les deux faces corrélatives du rapport au sein duquel ils sont posés. A leur tour, il est vrai, ces aspects ou ces faces, qui par soi ne sont rien, devront être, dans l'intérêt de la science, considérés isolément, et artificiellement dotés d'une existence d'emprunt ; ils se résoudront alors en deux nouveaux systèmes de relations, ici externes et là internes, dont chacun paraîtra se suffire et s'expliquer par lui-même. Mais il n'y a là qu'une illusion : les relations de chaque système sont elles-mêmes relatives à celles qui se développent parallèlement dans le gi*oupe correspondant. « L'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses », disait déjà Spinoza. Dépouillée de tout caractère ontologique, cette pensée exprime pour nous une vérité de fait, mieux encore, la vérité même du fait. C'est un fait, ou plutôt c'est le fait dans toute sa généralité, que cet ajustement constant et réciproque de la série des relations internes, traduite en termes subjectifs de conscience, avec la série des relations externes, exprimée en termes objectifs de science. Si nous nous en tenons strictement à la considération du donné, en renonçant pour jamais à toute ambition de comprendre ou d'expliquer (c'est-à-dire de substituer une vue de l'esprit à la réalité des phénomènes),nous devrons logiquement conclure que le monde n'est pas plus posé en dehors d'une conscience que l'homme n'est donné en dehors d'une expérience, mais que l'étude de la conscience et celle de l'expérience sont d'accord pour établir la relation des deux termes et pour ne donner ces deux termes qu'au sein d'une relation.

Dès lors, toute conception dogmatique est convaincue d'erreur : elle ne reprend un sens que si nous en dégageons le caractère purement symboliciue. Réalisme et idéalisme sont également faux si l'on voit on eux des systèmes exclusifs ; ils redeviennent également vrais à titre d'artifices ou de points de vue. Le premier revient à regarder l'homme comme donné par le monde, dans le système général des relations cosmiques, et c'est ainsi que Platon, par exemple,

pour qui Tâme semble bien n'être au terme que le point de concours et le lieu géométrique des essences (i), est plus voisin qu'on ne le penserait d'abord de Spencer, aux yeux duquel la conscience représente Texpérience totale et séculaire enregistrée, le point d'intersection des actions mondiales ; c'est au fond la même conception redescendue du ciel sur la terre et d'absolue devenue relative. D'autre part, l'idéalisme affirme non moins justement que le monde est posé par l'homme, dans le réseau complexe des modifications mentales, et que l'expérience n'exprime qu'une conscience qui se déploie et qui s'organise dans la variété de ses modes. Nous n'aurons donc pas à prendre parti pour l'une ou l'autre doctrine : elles se supposent et se soutiennent mutuellement, elles ne font que traduire, chacune en son langage, ici subjectif et là objectif, une réalité qui par soi n'est ni subjective ni objective, puisque c'est tout au contraire en analysant les synthèses immédiates par lesquelles elle s'exprime que nous dégageons ces idées, dérivées et non primitives, complémentaires et non antinomiques, d'objet et de sujet. Nous établissons, sans plus, leur connexion de fait, leur solidarité concrète. Nous nous efforcerons de la préciser ; nous n'entendons pas la justifier.

L'erreur consiste, en effet, à prétendre résoudre un problème qui ne se pose pas. Les systèmes philosophiques résultent tous d'un premier malentendu, d'une équivoque fondamentale : sous la pression d'idées naïvement anthropomorphiques, on a voulu substituer une interprétation à une constatation ; au lieu de se donner l'homme et l'univers dans leur liaison actuelle, on a prétendu arbitrairement les isoler et les substantifier. Ayons le courage de renoncer à ces idées vieilles et chères et de comprendre que tout réel se ramène nécessairement à des connexions de phénomènes. L'homme, l'univers, pris à la rigueur, ne sont que des hypothèses ; l'expérience nous montre en eux, non des êtres, mais des systèmes de faits coordonnés, ou plutôt, c'est précisé-

(i) Cf. Phédoriy passim.

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