CHAPITRE DEUXIÈMB
en effet le « Je pense » à l'aide de prédicats transcendantaux qui ne sont autres à ses yeux que les catégories; ce sont elles qui nous permettraient d'en affirmer tour à tour la substantialité, la simplicité, l'identité, et même le rapport à un organisme vivant : ces règles de nos synthèses empiriques deviendraient les caractères positifs et les propriétés réelles de notre essence intime, en vertu de cette tendance naturelle dont témoigne l'esprit, d'attribuer a priori aux choses (et à plus forte raison à lui-même) les conditions qui lui permettent de les concevoir et de transformer ces conditions logiques en attributs déterminés (i).
D'après nous, il y aurait beaucoup à redire à cette arçumentation. Elle a le tort d'être trop scolastique dans sa forme et par là même souvent artificielle dans le détail; elle ne détruit les entités, âme, pensée substantielle, qu'en leur substituant de nouvelles entités, moi pur, catégories de TôRtendement, formes de la sensibilité, et autres de même nature. Nous retrouvons là le défaut commun à toutes les conceptions kantiennes, dominées par le préjugé de Ya priori. Nous croyons notamment que les fameux prédicats transcendantaux à l'aide desquels nous essayons de déterminer le « Je pense » sont simplement des attributs d'origine empirique, le résidu idéalisé d'abstractions phénoménales. C'est d'ailleurs là un point que nous nous réservons de discuter par la suite. Mais, si nous en modifions l'esprit, nous retenons le sens de cette argumentation, elle procède d'une idée profondément juste. Kant a montré de façon décisive que, pour matérialiser notre pensée, il faut bien que nous empruntions des éléments à ce qui de soi est réel. Retbnons cet aveu: il pourra nous servir contre Kant luimême. On peut admettre d'ailleurs, au moins provisoirement, que de tels éléments nous soient en effet fournis par les catégories, car on est obligé de reconnaître que celles-ci, en apparence purement formelles et vides, offrent déjà un contenu : elles dessinent en effet les contours de notre expérience et ces lignes sont des limites réelles, non point
(i) Kant, Crit. de la r. pure, trad. Barni, t. II, p. 8.