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CHAPITRE IV

Formation logique du concept de relation (suile). Critique de la raison pure dans son usage spéculatif.

En dépit de toutes les difficultés quelle soulève, de toutes les obscurités qu'elle recèle, supposons pourtant établie l'existence de la raison pure, hypothèse contradictoire, absurdité divinisée. Son impuissance à se constituer éclate encore lorsqu'on l'étudié dans ses différents usages, c'est-à-dire dans ce que Kant appelle les synthèses a priori, ces jugements extensifs opérés par la seule vertu de la forme qui, pour la circonstance, se transfigure indûment en un acte. Nous voudrions dégager le caractère sophistique de cette doctrine en établissant tour à tour :

1° Qu'en droit l'idée de synthèse a priori enveloppe contradiction ;

20 Qu'en fait toutes les prétendues synthèses a priori dégagées par Kant ne sont que des synthèses a posteriori.

Qu'est-ce qu'une synthèse ? Une relation d'homogénéité entre termes hétérogènes, leur homogénéité résultant du seul fait de leur rapprochement. Or, on conçoit aisément que l'expérience, constituée par la diversité du donné, fournisse ample matière aux synthèses, que même elle s'oftre à nous comme une série de synthèses actualisées ; en effet, les phénomènes, malgré leurs différences qualitatives, n'en sont

L IDKE DE RELATION

pas moins connexes et unis. Mais l'a priorl,c est, semble-t-îl, l'homogène pur, c'est ce qui ri est pas donnée c'est donc ce qui ne peut être l'objet d'aucune synthèse.

Admettre une synthèse dans l'a priori^ c'est introduire en lui des divisions et des différences. N'y a-t-il pas là contradiction ? Déjà une diversité de formes, une multiplicité intelligible est diflicile à concevoir et nous avons vu qu'en effet non seulement les catégories ne se déduisent pas du « Je pense » qu'elles varient et différencient en le développant, mais encore qu'elles supposent l'introduction d'éléments empiriques dans l'unité du Cogito. Pour indéterminée qu'elle soit, par rapport à la diversité possible de ses objets éventuels, la forme en tant que telle offre pourtant un certain degi'é de détermination puisqu'elle est elle et non une autre : donc elle enveloppe une matière, donc enfin une expérience. Or, que seront les synthèses a priori ? De deux choses l'une : ou des synthèses de catégories entre elles, ou des synthèses de catégories avec une matière elle-même donnée a priori.

La première hypothèse peut être écartée dès l'abord. En admettant même qu'une telle combinaison fût possible, comme les catégories sont réellement des formes impures, des lois empiriques et non rationnelles, leur union ne pourrait être elle-même qu'empirique. Cette critique, il est vrai, n'atteint pas seulement cette espèce particulière de liaisons, mais porte contre les synthèses a priori en général. L'objection décisive, c'est qu'une synthèse de concepts, a fortiori une synthèse de concepts purs, reste forcément arbitraire, toujours possible si les idées qu'on unit ne sont pas contradictoires, objective par accident, car le concept livré à lui-même ne représente que lui-même et seule l'expérience me dira si en fait, in concreto, deux idées que je lie dans ma pensée, par exemple celle du temps et celle du mouvement, sont liées dans la réalité. A défaut de ce critérium sensible, si l'on admet l'existence de synthèses idéales qui dépassent le donné (et c'est là un point qu'il resterait à établir et que Kant, on le verra plus loin, s'accorde un peu

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