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CHAPITRE QUATRIÈME

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relativement a prioriy en ce sens qu une fois cette première relation dégagée de toutes les autres, cette fonction constante de tout phénomène — elle-même purement phénoménale — ne requiert plus pour sa détermination la perception actuelle d'aucun autre phénomène.

Quand donc commence Terreur? Lorsque Kant transforme cet apriorisme relatif en un apriorisme absolu. Avant l'espace et avant la science, il pose le dogme de Tuniversalité et de la nécessité imprescriptibles. Ce n'est pas parce qu'en fait il précède toute expérience que l'espace devient le fondement d'une mathématique universelle et nécessaire ; c'est parce qu'il faut que la mathématique soit universelle et nécessaire que l'espace, en droit et non plus en fait, doit précéder toute expérience. Le postulat scientifique est, au degré près, identique au postulat moral. // faut que l'absolu soit. Non plus l'absolu moral d'une liberté qui se réalise, mais l'absolu logique d'une nécessité qui se vérifie. Notre pensée contraint non seulement l'expérience par ses conditions subjectives, mais encore ces conditions, en somme données si peut-être elles sont faussement interprétées, par une exigence toute gratuite et dont rien absolument, dans le phénomène, ne garantit l'objectivité. Espace, temps, comme aussi schèmes, catégories, principes, toute l'armature interne et puissante de la raison kantienne, ne sont que les moyens d'adaptation à une réalité instable et fuyante de cette idée vide et fixe, de cette sorte d'àme abstraite du Cogito, d'iTréxeiva xfiÇ votJaeiûç : V universel et le nécessaire.

Cette obsession de l'a priori, cette hantise de la nécessité est plus immédiatement visible lorsqu'il s'agit d'une réalité matérielle comme l'espace ou même le temps que lorsque sont en cause les catégories ou les idées, principes formels. L'espace, donné dans tous les faits, exprime empiriquement ce fait qu'il y a des faits. Kant transforme le fait en un droit, l'existence en une condition. L'espace n'est pas le résidu d'une analyse directe du phénomène, le phénomène n'est au contraire qu'une détermination de l'espace et, pour être, se plie aux exigences de cette forme pure. La possibilité d'un univers matériel devient alors, avant tout donné, à la

fois une chose et une raison d'être. Au fond, le penseur est dupe, ici encore, d'un matérialisme grossier qu'il couvre du nom à' apriorisme . L'espace, au point de vue empirique, est pour lui une chose, mais d'un caractère spécial, original, une matière rationnelle. Il verra donc en lui un phénomène d'exception qui non seulement se laisse isoler de tous les autres, mais encore en diffère dans son essence et ne saurait provenir de la même source. A voir au contraire dans l'espace une simple relation, le caractère commun à tout un ensemble de synthèses phénoménales, on ne risque plus d'opérer cette distinction arbitraire. L'espace est un phénomène qui, comme tout autre phénomène, est affecté de déterminations précises, de qualités propres et sensibles. Ainsi que l'a établi Comte, son origine est essentiellement empirique : c'est l'étendue considérée, non dans les choses, mais dans un milieu indéfini, Yempreinte idéale des corps dans un fluide (i). Si l'homme a une étendue gazeuse, c'est parce qu*il vit dans l'air ; il se représenterait un espace liquide, s'il vivait dans l'eau. Et cette conception objective, dans son simplisme brutal, ne diffère pas beaucoup au fond de l'explication kantienne. Elle revient à voir, elle aussi, dans l'espace une forme ou une enveloppe de notre expérience, mais, beaucoup plus logiquement. Comte admet ou plutôt constate que cette forme nous est fournie avec Texpépience même et par elle. Elle est d'ailleurs pour lui, comme pour Kant, « une image fondamentale » (2), qui, à ce titre, représente une réalité concrète, donnée et non point comprise. Longueur, largeur et profondeur sont des qualités des corps, ou plutôt de la représentation, exactement en même sens que couleur, son, température, des perçus et non des conçus. La preuve en est qu'elles se laissent déterminer par les mêmes moyens, non pas rationnellement, mais empiriquement. Mesurer ou compter (ce qui, nous l'avons vu, est tout un au fond, la numération étant une composition de l'espace avec lui-même) c'est percevoir ou comparer des perceptions, aussi bien que voir, toucher, entendre,

(i) Cours de philos, posit., t. 1, p. 289, sqq, (a) Ibid., t. I, p. 089.

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et, dans la représentation de Fobjet, rapprocher ces sensations et les ordonner entre elles. L'espace est bien le phénomène statique fondamental comme le mouvement est le phénomène dynamique fondamental. Géométrie et mécanique portent sur les faits « les plus universels et les plus simples de la nature » (i), et Farithmétique et lanalyse elle-même ne représentent que les degrés d'abstraction successifs qui transforment et généralisent ces faits, sans jamais les supprimer : le passage du concret à l'abstrait n'est que la substitution des limites aux choses, et les limites, même le» plus purement idéales, sont encore des choses, puisqu'elles sont réalisées dans le phénomène. L'espace est donc un fait, mais c'est un fait privilégié, en ce sens qu'il peut être construit avant d'être donné. D'ailleurs, cet avantage tient uniquement à sa simplicité ou plutôt à son faible degré de complexité : tous les éléments qui le composent sont à la fois saisis et distingués dans son appréhension. Plus complexe, il serait indéterminable, car les éléments se confondraient dans la synthèse et le phénomène ne pourrait être défini : tel est le cas des qualités sensibles proprement dites. Plus simple, il apparaîtrait également incompréhensible, au sens le plus strict du terme, car, étant un sans enveloppement de multiple, il n'offrirait aucune matière à la définition ; tel est le temps, cette sorte de déplacement unilinéaire de l'espace, si tant est qu'il y ait là autre chose qu'un symbole, car n'avoir qu'une dimension c'est proprement n'en avoir aucune. Longueur, largeur et profondeur ne se déterminent que par leur rapport. L'absurdité logique de l'espace permet seule sa compréhension empirique. Les trois dimensions ne sauraient se déduire ni de l'une quelconque d'entre elles, posée comme principe, ni davantage de la pensée pure, mais elles sont données toutes ensemble dans une intuition solidaire qui prête au fait sensible Fintelligibilité de la loi. Il y a là, par suite, avec une synthèse actuelle, tout un système possible de déterminations virtuelles concrètes et objectives, une expérience préalable. La géométrie, d'une manière directe, et indirecte- (i) Ibid., t. I, p. 287.

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