CHAPITRE QUATRIÈMB
i'expéricnce. Nous obtenons ainsi une représentation exacte complète et pui-e du cadre dans lequel se développera là ijalité. Et de fait, lorsque, dans les Principes métaphysiques de la nature, Kant s'efforce de déterminer la circonscription exacte de la physique pure et d'en développer le contenu Il lui sulht d'analyser le concept de « la possibilité delà matière en général >, (i), c'est-à-dire de « ne considérer I objet que dans la représentation qu'en doivent donner les lois générales de la pensée » (a), mais en fournissant comme scAmepur à ce concept le tableau des catégories, c'est-à-dire en le rapportant aux principes établis par la philosophie transcendantale. Nous faisons rentrer dans les quatre classes de catégories toutes les déterminations qui le constituent et nous obtenons ainsi « tout ce qui peut être pensé a priori de celte matière, tout ce qui peut en être représenté dans la construction mathématique, oa enfin tout ce qui peut en être donné dans l'expérience comme objet déterminé » (3) Cette matière concrète, réelle, cette matière du phénomène est donc elle.même comme par avance, construite non seulement dans sa loi, mais dans tous les modes de sa production • il n'est pas un aspect, pas une face du phénomène qui né nous soit révélé a priori. Le fait est enserré dans ce réseau ■d exigences subjectives. Le mouvement — auquel Kant réduit toute détermination scientifique de la matière - sera connu comme quantum par la phoronomie, comme qualité par la dynamique, dans sa relation par la mécanique et ■dans sa modalité par la phénoménologie. Sans doute la «cience i)ure n'est pas capable de le produire dans sa réalité «t Kant reconnaît que nous devrons, pour l'étudier sous tous ces aspects, procéder à un « enrichissement » (4) progressif de ce concept de matière, en lui ajoutant successivement les déterminations empiriques qui en font un mobile une force résistant aux actions du milieu, une masse, une expérience, et dont chacune constitue bien « une donnée
(i) Princip. métaph. de la nat., p. 7. (a) Ibid., p. 9.
(3) Ibid., p. lo-ii.
(4) Ibid., p. 3o.
nouçelle » (i), constatée et non point construite : mais, si eUe n'en épuise ni même n en atteint le contenu concret, la physique pure n'en édicté pas moins tout le système des conditions qui saisissent le phénomène et le happent en quelque sorte au moment de sa production. Toute l'armature interne, tout le squelette de la natme sensible procède d'un acte de l'esprit. Kant pousse Y apriorisiue ^visquii démontrer par la raison pure une loi, celle de l'égalité de l'action et de la réaction (2), que Newton regardait justement comme établie par la seule expérience. De même, il s'elForce d'établir a priori l'existence de ces deux faits, la force d'attraction et la force de répulsion (3), et il affirme « l'exacte correspondance » (4) des trois lois de la substance, de Yinertie et de la réaction des matières aux trois catégories de substance, de causalité et de communauté. Il est impossible d admettre un décalque plus fidèle de la réalité sur la pensée. Cette pure forme vide, ce centre idéal de relations, devient capable de l'univei^.
Nous ne méconnaissons pas l'intérêt de cette conception ni sa haute portée symbolique. Comte admet qu'il y a chez l'homme une inversion de la nature qui constitue sa vraie grandeur, et en ce sens nous reconnaîtrons volontiers à la doctrine de la raison pure la valeur d'un point de vue humain, d'une perspective humaine sur la réalité. U est utile, il est même moralement nécessaire que nous nous posions, en face de la diversité phénoménale, comme une puissance permanente qui la domine et qui la règle ; il faut que le dernier terme de la série des êtres se constitue comme en étant le premier et que, rendu possible objectivement par tous les autres, à son tour il les regarde comme n'étant subjectivement possibles que par lui. Mais cette conception ne doit pas nous abuser, qui n'est en eflet qu'une conception, qui exprmie un désir beaucoup plus qu'un fait. L'unité de l'expérience ne saurait résulter d'une spontanéité formelle et vide, surtout cette unité déjà multiple et complexe qui
(i) Jbid., p. 3i.
(a) Ibid., p. 8i, sqq.
(3) Ibid., p. 3a.
(4) Ibid., pp. 82-83.