‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 49 sur 139 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

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s'exprime par la diversité des synthèses fondamentales sans lesquelles il n'est pas de science. Il y a là autant de postulats différents, autant de modes d'adaptation distincts qu'il est de variétés phénoménales, et ce n'est pas le moindre tort de Kant d'avoir prétendu en limiter le nombre, comme si la découverte de relations nouvelles, inconnues, ou du moins incomprises, n'obligeait pas sans cesse l'esprit à modifier les catégories existantes, à en supprimer de caduques, à en créer de plus souples et de mieux appropriées au développement de l'expérience. Et, de plus en plus, il apparaît que l'unité absolue n'est qu un rêve, qu'il y a des unités et non pas une unité, que l'être se traduit par des manifestations de toute nature, hétérogènes et irréductibles, et que, par conséquent, il est contraire à la vérité positive de prétendre fixer cette variété mobile des hypothèses scientifiques dans l'unité fixe d'un moi pur qui les résume et les produit. Plus encore que les synthèses de la géométrie, celles de la physique ne sont que des approximations, des indications dont le savant devra s'inspirer dans ses recherches, mais qu'il se gsrdera bien d'affirmer comme des conditions absolues réalisées telles quelles dans les choses. Elles lui serviront d'idées directrices, de méthodes, elles exprimeront une orientation générale, le sens de la courbe que paraît décrire la réalité. Désormais, l'esprit n'est plus cet acte incompréhensible et discontinu (en dépit de son apparente unité) d'un Cogito se morcelant et se limitant dans chacune des expressions qu'il se donne, pour forcer une matière amorphe et rebelle qu'il pénètre de ses catégories rigides ; il devient un système de formes esthétiques auxquelles les choses s'assouplissent naturellement parce qu'elles dessinent dans ses grandes lignes le devenir phénoménal. Les faits se limitent euxmêmes et se donnent à eux-mêmes leurs lois.

Il nous reste, après en avoir critiqué l'idée générale, à parcourir le détail des principes synthétiques de l'enten-

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dément pur. Nous glisserons vite sur la plupart d'entre eux ; seules, les analogies de rexpérience nous retiendront un peu plus longuement. En effet, nous nous trouverons là en présence d'une des pièces maîtresses de la critique : la discussion et l'établissement du principe de causalité. On sait les efforts tentés par Kant pour établir contre Hume l'origine pure et le caractère apriorique de cette relation fondamentale. De ses destinées dépendent celles de la science, condamnée si elle n'est qu'un dérivé de l'expérience, sauvée et même exaltée si elle est conçue et rendue objective par la seule raison. Il conviendra donc de dégager les sophismes qui pénètrent cette conception, à tant d'égards si profonde et même si vraie, des analogies de l'expérience, et de préciser par la même occasion le sens des notions qu'elles supposent.

D'une manière générale, on peut dire que chacun des efforts tentés par Kant pour constituer a priori les synthèses physiques est condamné fatalement à un échec certain et ne prouve qu'en faveur d'une puissance dialectique qui s'épuise vainement à légitimer l'absurde. Les axiomes de l'intuition prétendent établir a priori que tout phénomène est une quantité; nous nous sommes efforcé de montrer que la quantité n'est qu'un phénomène et que l'espace est la possibilité concrète du fait, ce qui reste de lui comme condition générale de son existence, quand on supprime idéalement toutes ses déterminations proprement qualitatives. Les anticipations de l'expérience édictent que le réel, c'est-à-dire le sensible, aura toujours une quantité intensive, un degré ; outre que cette idée de quantité intensive est peutêtre une idée fausse et, comme l'a indiqué M. Bergson (i), semble bien résulter d'une interprétation erronée de la qualité en quantité, c'est-à-dire de la confusion de deux ordres de phénomènes, Kant se contente de détacher de la sensation la propriété qui la constitue comme telle, et fait qu'elle est une sensation. En effet, l'intensité ou, si l'on

(i) Données imméd. de la consc.y i" partie.

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veut, le degré qualitatif, exprime le caractère même du sensible, c'est par cela qu'il se définit : poser que toute réalité a une intensité déterminée, c'est établir, sans plus, qu'une (jualité n'est pas une grandeur, du moins au sens mathématique du mot. Mais cette continuité interne, ce progrès qui permet de passer, par autant d'intermédiaires qu'on voudra, d'une nuance de la sensation à une autre nuance n'est qu'une donnée primitive de l'expérience et non pas une loi de l'esprit. Donnée tellement inintelligible et tellement obscure (précisément parce qu'elle porte non sur les limites, mais sur la réalité même du phénomène) que nous devons renoncer à la construire. Le continuam extensif, quantitatif, se laissait déterminer intégralement dans sa matière et dans sa forme : le phénomène espace fournit, dans son unité, un multiple distinct, précisément parce qu'il retient ce qu'il y a d'homogène à tous les faits, abstraction faite de leurs différences ; l'espace est le phénomène de l'identité. Le continuum qualitatif, intensif, exprime au contraire une progression dans l'hétérogène, un développement indéfini de puissances virtuelles ; son unité est celle d'un acte ou d'un mouvement, sa multiplicité consiste dans l'infinité des différences réelles. Nous pourrons donc au mieux le retenir dans sa forme, ou plutôt figurer sous les espèces d'une forme cette unité d'un nouvel ordre, devenir, orientation, tendance, sa matière demeurant foncièrement indéterminée, ne pouvant nous être révélée que par l'observation directe du fait ; la qualité est le phénomène de la différence. A ce nouvel enrichissement de l'être répond un nouvel appauvrissement du connaître. Le réel de la sensation n'est prédéterminé que dans sa loi ; pour le saisir en luimême, nous devrions anticiper sur la physique générale, qui est construite sur certaines expériences fondamentales (i). Et ce qui reste de l'anticipation pure, c'est au fond une tautologie : la qualité est qualité, la sensation est sensation.

Les principes dynamiques — analogies et postulats —

(i) Crit. de la r. pure^ t. i, p. aSa.

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devront nous permettre, d'après Kant, de déterminer entièrement a priori le phénomène non plus seulement dans sa possibilité, mais bien dans son existence. Or, il est impossible d'anticiper cette existence, car elle ne se laisse pas construire et l'expérience seule nous la révèle. Nous ne saurions déterminer la nature exacte d'une représentation de ce seul fait qu'une autre représentation est posée. Simplement nous pourrons fixer avant toute expérience le rapport qui, dans le temps, lie la seconde représentation à la première. L'analogie mathématique permet, trois termes étant donnés, d'en déduire immédiatement le quatrième. L'analogie transcendantale revient simplement, étant donné trois membres, « à déterminer a priori... le rapport à un quatrième, mais non ce quatrième membre lui-même » (i). 11 s'agit, en effet, de lier non plus des quantités, mais des qualités. En l'espèce, les trois -termes connus sont une perception et les deux moments du rapport de temps qu'elle soutient avec une autre ; le terme à connaître sera donc, non la seconde perception, mais simplement « sa liaison nécessaire à la première, quant à l'existence, dans ce mode du temps » (2). L'analogie, donnant la règle sans déterminer le cas, n'aura donc que la valeur d'un principe régulateur, non celle d'un principe constitutif.

Notons ce nouvel écart entre l'intelligibilité du phénomène et sa réalité. Le principe régulateur n'est plus à proprement parler principe, car il n'a plus force déterminante. Il schématise une relation et non pas un phénomène, il ne nous fournit rien de l'intuition, ni dans sa forme, ni dans sa matière ; il ne nous apporte aucune indication touchant la nature du fait, mais il se contente d'établir la loi des variations auxquelles seront soumis des phénomènes connexes liés selon des rapports de temps. En d'autres termes, le principe ne fixe plus le cadre de la chose, mais celui du rapport des choses entre elles en tant qu'existant d'une façon permanente, successive ou simultanée. Il ne s'agit

(i) Ihid,,i. I, p. a^o.

(2) Ibid.^ 1. 1, p. 239.

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