‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 51 sur 139 · chapitre quatrième · texte numérisé non relu

chapitre quatrième

postulat de la science et non pas une construction de la nature parla pensée. Le temps, en effet, tout comme l'espace^ mais dans un autre sens, est lui aussi une expérience, l'expérience saisie, résumée sous un autre de ses aspects. Psychologiquement — et toute discussion sur sa nature étant définitivement écartée comme impossible et d'ailleurs inutile — le temps est bien une image matérielle, un résidu du donné. On pourrait, non le définir, puisqu'il est l'infini, et par là même l'indéfini du vide, mais du moins se le figurer comme une sorte de déplacement de l'espace, l'espace étant en retour comme un arrêt et une immobilisation du temps : le temps serait l'espace mobile, l'espace le temps ûxé, et l'on comprendrait mieux ou plutôt on se représenterait plus fidèlement l'expression si fine de M. Bergson, lorsqu'il définit la simultanéité « l'intersection du temps par l'espace » (i). Mais il n'y a là, nous le répétons, aucune tentative d'explication; nous ne prétendons que donner une représentation concrète et peut-être grossière de ces idées traduites dans leurs images et servant à se figurer nmtuellement, ou plutôt de ces images qui ne sont pas des idées. Il y a là tout au moins l'indication de la solidarité étroite qui les unit. Tout effort pour les expliquer l'une par l'autre est à la fois juste et vain, juste parce qu'elles se supposent et qu'il sera toujours facile de traduire la durée en étendue ou l'étendue en durée, de mesurer le temps avec les points de l'espace et de compter ces points avec les instants du temps ; vain parce qu'il y a là réciprocité et non détermination, parce qu'ils sont, au sens même où l'entend Kant, cause et effet l'un de l'autre. Tous deux expriment Vexistence, c'est-à-dire l'abstraction physique la plus haute que nous puissions concevoir, mais l'existence sous ses deux faces, en tant qu'elle est et en tant qu'elle devient. Comte l'a établi empiriquement lorsqu'il a vu dans les propriétés géométriques et dans les propriétés mécaniques des corps les deux groupes de phénomènes fondamentaux qui se développent parallèlement dans tous les genres d'êtres, exprimant, les

(i) Données imméd. de la consc, p. 83.

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l'idée DR RELATION

uns Vordre, les autres le progrès. Il posait implicitement par là que le temps est la plus hante abstraction dynamique comme l'espace est la plus haute abstraction statique. C'est également ce qui conduit Kant à admettre deux grandes espèces de synthèses, mathématiques et physiques, synthèses de l'être phénoménal et du devenir phénoménal. Mais, pas plus que le schème spatial, le schème temporel n'est une simple exigence dé la pensée. Il n'est la limite du phénomène dans son développement que parce qu'il est le phénomène limite, l'expression de l'existence empirique détachée de toute détermination objective.

Ainsi nous nous sommes une fois de plus donné l'expérience pour pouvoir la déterminer dans nos synthèses, et celles-ci ne sont plus par conséquent ni intelligibles ni déterminantes. Elles établissent un rapport de position respective des phénomènes, c'est-à-dire un phénomène de ces phénomènes, une constance empirique, et elles schématisent ce rapport, qui d'après Kant est conçu a priori dans la catégorie, dans l'intuition pure du temps qui lui donne de l'objectivité, qui l'amorce avec les données sensibles. La synthèse analogique est une synthèse du temps déterminé soit par les positions de deux de ses instants, soit aussi — bien que Kant ne l'admette pas — par son rapport avec l'espace. On ne peut exprimer en termes purs les synthèses du permanent, du successif et du simultané ; elles supposent à tout le moins la diversité du temps et de l'espace, et cette diversité, à l'analyse, s'est révélée comme fournie par une expérience et non par une raison.

Il reste de voir maintenant si du moins l'autre terme de l'analogie est un élément pur, et si les synthèses de la qualité procèdent bien de l'application d'un concept originaire de l'entendement, à une intuition qui, en dépit des apparences, n'est qu'empirique. En admettant que l'objet de la détermination, le temps vide ou supposé tel, vienne en effet du dehors, le principe de sa détermination, la catégorie, ne procède-t-il pas de l'esprit ?

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