‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 53 sur 139 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

tualiste, de la conception kantienne des analogies? Tout ou presque tout de ce qui établit le fait, rien absolument de ce qui lui surajoute un droit, tout de l'observation, rien de l'explication. Il en faut retenir : une analyse exacte et pénétrante des conditions du phénouiène, un pressentiment profond de la nature véritable du temps, phénomène fondamental, principe de toutes les propriétés dynamiques des corps, vrai concept de l'existence dépouillée de toute détermination ; enfin, une décomposition partiellement exacte, si peut-être elle est incomplète, des syntlièses de la substance, de la cause et de la communauté, dans lesquelles Kant voit justement les différentes formes des relations possibles entre phénomènes dans le temps et qui nous paraissent être plutôt encore la détermination générale des positions respectives des moments du temps par rapport à l'espace, ou, dans une définition plus large et plus compréhensive, les diverses positions possibles de Texistence phénoménale par rapport à elle-même. Mais après avoir ainsi supérieurement dégagé le caractère empirique dea schèmes du temps, leur signification objective, Kant éprouve le besoin de justifier, d'établir cette objectivité, comme si la confirmation incessante des faits n en était pas la seule garantie certaine et comme si, devant le moindre démenti de l'expérience, la construction rationnelle qu'il entreprend ne devait pas s'écrouler en même façon que toute autre hypothèse quelconque. Un postulat n'est jamais que provisoire ; la cause, la substance, la communauté n'échappent pas à cette restriction. Pratiquement, on ne voit pas que leur valeur soit beaucoup moins grande aujourd'hui qu'autrefois ; mais l'exemple de la finalité, invoquée comme principe d'explication par toute l'antiquité, rejetée par la science moderne ou tout au moins limitée à un groupe restreint de phénomènes, est de nature à nous inspirer toutes réserves au sujet de leur fondement théorique. Elles valent ce qu'elles valent et tant qu'elles valent, tant qu'elles s'adaptent bien aux données de notre expérience, tant qu'elles réussissent. 11 n'y a là qu'empirisme sans doute, comme le pensait Hume, mais empirisme méthodique, efibrt

constant et continu pour contrôler et vérifier l'expérience par elle-même. Comment comprendre, par contre, cette action imaginaire de la pensée sur la nature, action d'ailleurs de plus en plus lointaine et de moins en moins efficace, puisqu'elle laisse l'existence comme telle absolument indéterminée, puisque, régulatrice et non déterminante, elle fixe simplement des possibilités phénoménales ?

Nulle part ailleurs peut-être n'éclate mieux la contradiction fondamentale du kantisme et nous ne croyons pas que Kant ait jamais été à la fois plus près et plus loin de la vérité positive : i)lus près, car il dégage admirablement le caractère de la catégorie empirique en montrant en elle une simple relation, donc une qualité et peut-être une antinomie (i), et il établit ainsi que l'existence n'est possible que sous la forme d'un rapport ; plus loin, car au lieu de s'en tenir à la relation qu'il pose et qui est la véritable expression du phénomène, il fait de cette donnée primitive le résultat, le produit d'une influence transcendantale, il matérialise en une faculté Tordre, le développement et la logique interne de l'expérience. C'est véritablement une gageure de voir dans des phénomènes apparents et concrets tels que la permanence, la succession et la simultanéité, la simple projection de catégories primitives qui n'en sont que les noms abstraits. Il nous paraît impossible d'interpréter de façon plus fausse d'aussi justes observations. Tout ce qu'il y a d'empirisme dans la reconstitution kantienne des analogies demeure établi d'une façon définitive. Mais doit tomber, par contre, tout ce qui double l'analyse empirique exacte d'une interprétation rationnelle fictive.

Les mêmes remarques s'appliqueraient également aux postulats de la pensée empirique en général ; ceux-ci, d'ailleurs, ne constituent pas des principes objectifs rentrant dans la science, mais énoncent simplement des synthèses subjectives qui déterminent, sans nous rien faire connaître de lui, les diverses modalités du phénomène. Kant oppose

(i) Cf. Rbnoûvier. Essais décrit, génér. 1" essai, p. 271, sqq.

avec force au sens purement logique des idées du possible, du réel et du nécessaire, leur signiQcation concrète. Est empiriquement possible, non plus seulement ce qui n'enveloppe aucune contradiction interne, mais ce qui s'accorde avec les conditions générales de l'expérience ; réel, ce qui est l'objet d'une perception actuelle ; nécessaire, enfin, ce dont l'existence est déterminée par sa liaison avec d'autres existences. Le critérium véritable de la possibilité, de la réalité et de la nécessité semble donc tout naturellement devoir être l'expérience. Il n'en est rien pourtant, et les postulats de la pensée empirique ne sont, eux aussi, que des déterminations du Cogito s'aflirmant en eux par les catégories de la modalité. L'éternelle contradiction subsiste : l'esprit est le principe de schèmes qui n'acquièrent de réalité que s'ils en sortent pour devenir formes, non de l'entendement, mais du phénomène.

11 ressort, croyons-nous, de notre critique, que l'hypothèse raison plane au-dessus du système des principes purs bien plus qu'elle ne le pénètre. En eux, rien ne l'exige et, au contraire, tout la refuse, elle compromet leur objectivité qu'elle a pour fonction d'expliquer. Elle s'en détache si naturellement qu'il n'est besoin d'aucun artifice dialectique pour la supprimer, elle s'élimine d'elle-même. Les principes redeviennent alors empiriques, ce qu'en réalité ils n'avaient jamais cessé d'être. Les lois perdent tout caractère mystique de transcendance et ne sont plus que certains aspects, donnés et constants, du i^hénomène. La nature se recueille dans ses propres formes. La pensée n est que l'expression la plus haute des faits et par conséquent la plus vide, la relation empirique fondamentale.

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