CHAPITRE CINQUIÈME
Qu'il y ait là un mode de représentation extrêmement ingénieux et bien apte à faire comprendre le caractère particulier des synthèses morales, forme d'un monde qui n'existe qu'en idée et qu'en intention, non pas en fait, nous le reconnaissons volontiers. Gomme la raison pure et plus qu'elle encore, la raison pratique est une image, une figure. Mais elle ne saurait avoir une valeur absolue, une métaphore n'est pas une explication, moins encore une réalité. Dire que la raison est législatrice de sa discipline intime, c'est au fond reconnaître simplement que le phénomène est posé dans ses relations avec le sujet et non plus avec l'objet, et comme le sujet et l'objet ne sont à leur tour que des représentations de représentations, des phénomènes de phénomènes, c'est finalement constater qu'il y a deux points de vue différents, non pas de deux raisons, ni même d'une seule raison sur une réalité étrangère, mais du phénomène sur sa propre réalité. Il ne se déploie pas seulement dans un réseau de conditions externes, objectives, qui permettent de le déterminer dans son existence, mais il se réfléchit aussi, comme nous pensons l'avoir montré, dans un système de conditions internes, subjectives, qui fixent un nouveau cadre à son développement, lui imposent d'autres limites. Et le phénomène n*est moral à nos yeux que si le premier groupe de conditions coïncide exactement avec le deuxième, que s'il y a parfaite adéquation des deux systèmes. Ce n'est pas à dire que les deux aspects se confondent, car il serait absurde que les deux termes d'une relation n'en fissent qu'un seul, il ne peut et ne doit y avoir qu'harmonie, accord, et non pas identité. La preuve en est que dans l'action la plus conforme à la règle nous distinguons parfaitement cette conformité de l'action ellemême. L'acte moral n'est donc que le fait en tant qu'adapté à un ordre de conditions idéales, l'acte immoral le fait en tant que non adapté à ce même ordre de conditions. Il n'y a plus rien de mystique, ni même à la rigueur de particulièrement original dans la position du problème moral. Sans doute, comme tout autre, il ne peut être résolu qu'en admettant certains postulats qui lui soient propres et dont