‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 64 sur 139 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

susceptibles de réaliser. Il n'y a rien là, d'ailleurs, qui en atténue la valeur ou en diminue la portée. Tout au contraire, la ramener à ses termes vraiment positifs, en dégager le caractère hautement humain, c'est proprement l'exalter. Car ce qui fait notre grandeur^ c'est, sous quelque forme qu'on l'entende, notre affranchissement à l'égard de la nature et le pouvoir de domination que nous exerçons sur elle. Ce n'est pas — Kant, sur ce point encore, a raison contre Rousseau — dans un retour à cette nature que doit consister la moralité, mais bien au contraire dans un effort continu pour la transformer, pour la rendre à la fois plus artificielle et plus souple et par conséquent plus humaine. La morale est une surnature^ en ce sens résolument empirique qu'elle nous permet de nous harmoniser de mieux en mieux aux choses en harmonisant de mieux en mieux les choses à nos exigences. Car c'est là un des points faibles du kantisme. Il n'a pas vu ou plutôt n'a pas voulu voir que l'homme et le monde sont donnés en fonction l'un de l'autre et que par suite la morale, exacte compréhension de cette relation fondamentale, ne peut adapter le monde à l'homme que si elle adapte aussi rhomme au monde. La morale positive devra corriger l'étroitesse de cette conception si profondément juste à tant d'égards. Elle fixera les relations constantes de ces deux systèmes qui doivent varier en raison l'un de l'autre et non d'une manière indé2)endante, sous peine de créer un état d'indétermination et de malaise moralement préjudiciable à l'humanité. Il ne sufiit pas, et Descartes l'a montré mieux que personne, de «régler nos désirs sur l'ordre du monde», il faut encore et surtout régler l'ordre du monde sur nos désirs. Aussi n'y a-t-il pas de morale plus élevée que la science pratique qui transforme l'univers en lui imposant notre volonté. Toute modification, même purement matérielle, de ce qui est, se trouve être morale en son fond, car elle implique la conception d'un devant être et l'effort tenté pour le réaliser. Elle est donc exactement du même ordre que l'action morale proprement dite, car elle est conçue comme elle sous la catégorie du devoir. L'invention, la découverte est proprement vertu. Si le devoir est une loi

L IBBE DE RELATION

synthétique, c'est que toute synthèse est morale, au moins dans la mesure où, augmentant notre connaissance, elle étend par là notre action. Le devoir prendra son sens plein lorsque les conditions idéales qu'il i)ose détermineront efficacement, en prenant contact avec elle, la matière réelle de notre expérience.

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La morale repose donc sur des synthèses et ces synthèses sont idéales, car elles supi^osent des représentations qui ne sont pas données telles quelles dans les choses, qui n'existent qu'en idée. Mais s'ensuit-il de là qu'elles soient pures, au sens où l'entend Kant, c'est-à-dire composées d'éléments fournis a priori par la seule spontanéité de la raison ? En d'autres termes, idéal et a priori sont-ils termes absolument synonymes et qu'on puisse exactement convertir l'un dans l'autre ? C'est là une identification au moins contestable et que Kant nous paraît avoir accordée un peu trop aisément. La loi morale nous est apparue comme une loi d'adaptation, et sur ce point nous ne sommes pas absolument en désaccord avec l'esprit du kantisme qui lui reconnaît comme fonction au moins finale l'organisation de nos actes, de nos phénomènes. Or, une telle adaptation peut-elle être conçue avant ces actes et ces phénomènes? Puis-je lier, même idéalement, des conditions en labsence de tout conditionné?

Kant n'hésite pas à répondre par l'affirmative. Si la synthèse morale est a posteriori, si elle résulte de l'expérience ou même simplement d'une confrontation opérée entre des conditions objectives réelles et des conditions subjectives idéales, elle perd sa valeur absolue, elle n'a jilus qu'une portée relative, celle d'un impératif hyjiothétique, d'un commandement limité par les déterminations sensibles qui affectent notre volonté empirique. Il importe donc que les conditions idéales précèdent les conditions réelles; il faut même qu'elles précèdent le sujet empirique, l'homme phénomène, c'est-à-dire l'homme nature ; il faut, en un mot, que les conditions idéales soient inconditionnées. Et, pour

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