‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 66 sur 139 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

de substituer à des données exactes des données arbitraires. Nous ne songeons pas à nier l'existence de l'intérêt, mais, pas plus que la sympathie, il n'est un facteur moral, car intérêt et sympathie sont des tendances données, des conditions réelles ; et il n'y a moralité que si l'on pose des conditions idéales ou plutôt (car nous n'avons pas à poser, mais à accepter) que si des conditions idéales sont données. Qu'elles le soient, c'est ce que prouve le fait, car l'expérience nous les révèle et — la chose est évidente, mais il n'est pas inutile de le redire pour éviter toute équivoque — nous les révèle comme empiriques. L'intérêt, la sympathie, pour aussi larges et enveloppants qu'on les conçoive, suppriment la moralité ; nous n'avons pas à nous adapter si en fait et naturellement nous sommes adaptés. On peut, à la rigueur, concevoir une morale sans obligation (car il n'est pas évident que le devoir oblige et le fait, ici encore, révélerait plutôt en lui, comme nous l'avons indiqué, le caractère esthétique d'un choix, d'une x^i'éférence), mais nous ne voyons pas ce que pourrait être une morale sans devoir. Ce serait nier l'existence de conditions représentatives et celte possibilité de « modifier » les phénomènes sur laquelle Auguste Comte a insisté si longuement et si heureusement. Or, qui dit devoir dit synthèse, car qui dit devoir dit que, la condition étant posée, le conditionné ne l'est pas par là-même, mais que des conditionnés multiples peuvent l'être et que par suite celui d'entre eux qui se réalisera sera ajouté à la condition dont il ne sort pas naturellement. D'ailleurs, ces termes de condition et de conditionné sont encore équivoques et risqueraient de faire croire que nous admettons une causation libre de la volonté. Or, c'est là un problème que nous avons déclaré ne pas vouloir nous poser et n'avoir pas à nous poser. Pour le positiviste, il n'y a pas de problèmes et il n'y a pas de solutions, il n'y a que des faits qu'il constate et des lois qu'il dégage. Il n'a pas des idées de derrière la tête, mais des images de devant les yeux. Nous analysons le processus empirique d'un phénomène et nous montrons ce qu'il contient. Tout ce que nous pouvons accorder, c'est qu'en effet nous agissons, selon

LIDEE DE RELATION

rexpression même de Kant, « sous ridée de notre liberté », et cela, le déterministe le plus convaincu n'hésite pas à l'accepter; il se réserve simplement de démontrer que cette idée est illusoire. Nous ne le suivrons pas plus dans cette voie que le libertiste dans la sienne. Il nous suflit davoir établi qu'en fait la moralité commence avec le devoir et que, là où il n'y a pas devoir, il n'y a pas synthèse morale, parce qu'il n'y a j^as action.

Jusque-là, la critique kantienne, précisée et complétée sur ce point que les prétendues synthèses empiriques de l'intérêt ou du bien ne sont, au point de vue pratique, que des analyses, et par suite n'offrent aucun caractère moral, non parce qu'elles sont empiriques, mais bien parce qu'elles sont analytiques, jusque-là cette critique nous apparaît profondément juste, parce qu'elle est parfaitement positive. Mais c'est ici qu'avec une prétendue explication du devoir commencent les hypothèses et par suite les diilicultés.

La position prise par Kant est très nette : c'est bien la nature que le devoir a pour objet de contraindre, d'obliger pratiquement; mais, pour accomplir ce dessein, il faut qu'il n'emprunte rien à cette nature comme telle, qu'il la détermine par sa propre force interne. La synthèse morale pose la loi d'un donné, sans pouvoir elle-même être donnée ; simplement elle sera voulue et conçue. Il reste donc qu'elle soit une synthèse a priori, et le seul moyen d'assurer son objectivité, c'est de ne voir en elle qu'un impératif catégorique procédant de l'autonomie de la volonté. Il faudra donc trouver un principe imr de synthèse, c'est-à-dire le concept, non d'une ^'/i, toujours empirique, mais d'une /oi, forcément pure.

Si la question est nettement posée, il s'en faut qu elle soit aussi clairement résolue, et nous voyons Kant contraint de définir sa synthèse au moins de deux manières différentes, selon qu'il l'envisage en dehors du sujet qu'elle oblige ou dans ses rapports avec ce sujet. C'est ce qui ressort d'une comparaison attentive des textes et ce qu'a précisé M. Rauh

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