CHAPITRE CINQUIÈME
dans les pages de la discussion i*emarquable qu'il a entr^ prise de la morale kantienne (i). Nous croyons d'ailleurs, contre lui, qu'il est difficile d'établir la cohérence logique de ces deux définitions, ou plutôt que, pour admettre cette cohérence, il faut reconnaître que dans la première définition la raison n'est pas posée comme pratique et que par suite, en dépit de l'apparence, elle n'intéresse jjas l'action ; c'est une synthèse théorique, niétaphysique de concepts, ce n'est pas une synthèse morale, elle reste arbitraire, étant purement intellectuelle. La seconde, au contraire, répond aux exigences de la moralité, mais c'est alors qu'elle se pénètre à son insu d'éléments empiriques. L'une exprime un droit et n'est que symbolique ; l'autre traduit ou plutôt constate un fait et apparaît vraiment positive. C'est ce que nous voudrions essayer d'établir.
Quels sont les termes en présence dans la x>remière synthèse et quel est l'intermédiaire invoqué pour les lier l'un à l'autre ? Kant pose, d'une part, la çolonté absolument bonne, de l'autre la loi universelle : il s'agit de x^rouver que la conformité de ses actes à une telle loi est le caractère de cette volonté. La démonstration, nous l'avons vu, ne saurait être analytique ; en effet, l'analyse du concept d'une volonté absolument bonne ne me révèle pas cette propriété de son action. Il y a donc synthèse des deux idées et par suite appel à un troisième terme, homogène à l'une et à l'autre. Mais ce terme nous fait défaut, qui devrait être une intuition; ne pouvant être x)osé, il reste qu'il soit.« sui>x)osé » (2) et nous imaginons alors la liberté comme le schème idéal qui seul, en la permettant, donne de l'objectivité à notre synthèse de purs concepts. En effet, cette liberté est bien, d'une x>art, liée à l'idée d'une législation universelle, puisqu' « elle doit être... une causalité agissant d'après des lois immuables », et, de l'autre, unie à l'idée d'une volonté
(1) Essai sur lejondement métaph. de la mor., p. i54, sqq. M Rauh nous paraît également avoir dégagé avec force le caractère positif de la loi morale pour Kant; c'est d'ailleurs là l'expression même au'il emploie (p. i56). , ^
(2) Met. des mœurs, p. 108.