‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 72 sur 139 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

périence qui, le jugeant, se juge en lui. Et ce jugement n'est plus mystique, mais social et mondial. Il traduit un accord ou un désaccord entre le système partiel de mes relations internes et le système général des relations extérieures. Il pose les conditions nécessaires pour restaurer un équilibre momentanément détruit. Le devoir, c'est le devant être, c'est-à-dire, en écartant délibérément tout principe transcendant d'obligation absolue, la représentation anticipée des formes les plus propres à réaliser l'adaptation de l'acte humain à l'ensemble des conditions empiriques actuellement données.

On voit par là ce qu'une morale positive conserve du kantisme et ce qu'elle en rejette. Elle en retient au fond l'essentiel, l'idée maîtresse, celle du devoir. En d'autres termes, elle reconnaît qu'il y a, sinon un problème moral, du moins un souci moral qui correspond à un besoin réel et profondément humain. Elle constate qu'entre toutes les relations phénoménales données il en est qui présentent ce caractère particulier d'être perçues comme représentatives avant de l'être comme représentées et que ce premier état prédétermine idéalement le second. Elle analyse ce fait, d'abord en étudiant d'une manière générale et relativement in ahstracto la nature du rapport qui lie le représentatif au représenté, ensuite et surtout en recherchant d'une façon directe et concrète quelles sont, parmi les formes éventuelles de l'action, celles qui paraissent les plus favorables à l'harmonie des relations qui unissent le sujet et l'objet, l'homme et le monde. Mais elle rejette toute tentative de dérivation, de justification ou même d'explication du devoir. Elle n'est ni pessimiste ni optimiste, ni matérialiste ni idéaliste. Elle ne tire pas plus la forme de la matière qu'elle ne déduit la matière de la forme. Elle s'en tient à son point de départ qui est en même temps son point d'arrivée, Vexpérience, c'est-à-dire la synthèse actuelle de l'idéal et du réel, de la forme et de la matière, du représentatif et du représenté. Elle refuse de séparer ce que le fait lui montre comme étant lié, de faire deux de ce qui est un. Elle évite parla toute interprétation, forcément métaphysique et subjective. Et sur-

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tout, elle n'entend pas faire servir la morale à des fins individuelles, ni lui poser des questions auxquelles elle n*a pas à répondre. La croyance qui se donne à elle-même son objet n'a rien à voir avec les conditions précises d'une expérience déterminée. L'acte de foi peut achever la morale et la parfaire dans quelques consciences plus inquiètes, il ne saurait en établir le principe. La réflexion, au fond, ne fait jamais que fournir à quelques-uns des raisons subjectives d'accepter un fait qui par lui-même s'impose à tous, et surtout elle donne à ce fait un sens qu'objectivement il n'a pas, mais qu'on est heureux de lui accorder au nom de ces raisons du cœur que la raison ne veut ni ne doit connaître. Elle ouvre une espérance, elle laisse entrevoir à quelques-uns une certitude, à d'autres une possibilité et tout au moins « un beau risque à courir ». Nous n'avons ni à approuver ni à condamner : on ne discute pas un rêve, fût-il celui de toute l'humanité. Mais, plus modeste et par là même plus courageuse, la morale positive s'en tient aux réalités existantes. Elle est un « art de vivre » plus compréhensif que celui des anciens. Elle fixe la place exacte de l'homme dans l'univers, elle lui donne le sentiment précis de ce qu'il est et par suite aussi de ce qu'il doit être dans les rapports qu'il soutient avec ce qu'il n'est pas. Elle lui apprend à vivre, non pas en espérance, mais en vérité.

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