‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 8 sur 139 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

données, constitue l'être par excellence, le sujet absolu, ou plutôt l'absolu sous la forme du sujet.

Telle est l'illusion fondamentale, mais inévitable, qu'on retrouve au fond du cartésianisme. Tout en mettant fortement en lumière l'idée de relation, tout en reconnaissant que la science mathématique, ou plutôt que la science sans épithète -- dont la mathématique n'est que la forme la plus achevée — vise uniquement à l'étude de ces relations ou rapports et traite de tout ce qui concerne en général, abstraction laite des sujets dans lesquels ils résident, « l'ordre et la mesure » (i). Descartes ne s'en croit pas moins tenu de conférer à ce système de rapports un caractère absolu et, pour ce faire, de le fonder dans un absolu en acte, dans l'absolu identifié avec l'acte de la réflexion. Il appartiendra à la science elle-même de dénoncer l'inanité d'une telle conception, qui n'est en effet qu'une conception, une hypothèse gratuite et inutile, d'ailleurs démentie par les faits ; elle limitera sa portée objective à mesure qu'elle étendra son empire à l'universalité des formes existantes. Le jour où cette prétendue pensée substantielle, au lieu de présider au développement de la science, rentrera elle-même dans le cadre des études scientifiques, où l'homme intellectuel et moral se résoudra, comme tous les autres êtres, en une multiplicité d'éléments sensibles ou de fonctions empiriques, on aura, en détruisant le dualisme cartésien, ruiné la métaphysique sur laquelle il se fonde. La pensée n'apparaîtra plus alors que comme un phénomène ou un aspect de -certains autres phénomènes, comme une représentation de représentations. Mais il fallait d'abord ramener le réalisme absolu — qui supprime la relation — à un idéalisme absolu qui la suppose — pour pouvoir fonder à son tour cet idéalisme dans un relativisme positif et purement empirique. Telle fut l'œuvre de Descartes, qui rend possible celle de Kant. Elle suffit à sa gloire.

(i) Règles pour la direction de Vesprity éd. V. C, t. xi, p. 223.

Avec Descartes, la critique existe en elle-même, mais elle s'ignore comme telle ; avec Kant, elle existe pour elle-même, elle comprend l'œuvre qu'elle accomplit. C'est qu'en effet, dans le cartésianisme, la science se réduit à n'être qu'un enchaînement systématique de relations, mais croit toujours porter sur l'absolu ; tandis que, dans le kantisme, elle détermine son objet en se constituant résolument dans le monde des seuls phénomènes dont elle fixe le rapport avec la pensée, et en renvoyant à la métaphysique, dont l'existence même est en cause, la recherche de l'absolu. Elle est science de faits et non plus d'essences, elle est l'œuvre de Tintelligence élaborant les données empiriques ou tout au moins travaillant sur la matière fournie par la sensibilité pure, sur la diversité de l'espace et du temps; elle n exprime plus l'acte d'un entendement autonome développant le contenu d'idées qu'il pose a priori.

Dès lors, la notion de l'esprit se modifie. 11 n'est plus la faculté d'intuition qui nous donne la révélation directe et surnaturelle de l'être, mais la faculté discursive qui, par ses formes, dessine en quelque sorte les contours de notre expérience. Il est vrai qu'à cette fonction toute spéculative il en ajoute une autre éminemment pratique : il se pose comme principe de déterminations transcendantes, mais purement idéales, qui devront servir de règle à l'action. Réservant ce dernier point, et notamment la question de savoir si, en dépit de son apparence purement formelle, la morale kantienne ne se pénètre pas d'éléments sensibles insoupçonnés, il reste que la raison signifie, sans plus, le système des lois fondamentales, fixées a priori, qui commandent au développement de la réalité phénoménale : la raison kantienne, c'est l'expérience organisée et anticipée dans sa forme.

Aussi, nombre de problèmes jusqu'alors âprement discutés perdent-ils tout sens et toute raison d'être. La seule fonction de la science est de lier les phénomènes confor-

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