CHAPITRE SIXIEME
trouve juxtaposées dix pièces d'un franc; prétendre que Pierre = homme + grand +..., c'est reconnaître en même façon que je juxtapose dans la circonscription d'une image totale d'autres images partielles qui la constituent. Pierre est le total des parties qui le composent.
On peut invoquer encore un autre schème, mais toujours un schème spatial. Pierre concentrera ces déterminations, non en ce qu'il les contiendra, mais en ce qu'il en sera le lieu géométrique, le point d'intersection. On revient par là graduellement de la compréhension à l'extension ou plutôt on figure plus nettement le caractère extensif que nous avons reconnu à cette compréhension môme et l'on se rapproche ainsi davantage de la réalité empirique qu'on détermine. 11 faut, en effet, un effort de raisonnement pour concevoir que le particulier, tel homme, Pierre, contienne le général, l'homme, c'est-à-dire pour concevoir que la partie contienne le tout, que le tout devienne partie dune de ses parties ; c'est cette représentation étrange que l'on obtient lorsqu'on met idéalement les attributs dans le sujet. 11 est plus naturel, au contraire, de regarder le particulier comme formé par l'entrecroisement d'une multiplicité de déterminations universelles, le sujet comme le point de concours d'une infinie diversité d'attributs. Ainsi, l'on se représentera Pierre sous la forme d'une ligne coupée en chacun de ses points par une infinie diversité d'autres lignes, dont l'une représentera la grandeur, une autre la santé, une troisième la richesse, etc... Dans ce complexus et dans cet enchevêtrement de lignes on obtiendra une image suflisamment exacte de ce qu'on appelle un individu. L'explication métaphysique d'un Platon devient une représentation positive, c'est-à-dire une approximation empirique du phénomène. Fixer un point quelconque revient en effet à se donner un individu, c'est-à-dire un groupe de phénomènes, et, selon que ce point est considéré dans sdn rapport avec telle ou telle des lignes qui concourent en lui, nous saisissons l'être individuel sous l'aspect d'un de ses attributs ou phénomènes. Par exemple, si nous représentons Pierre parp, dire « Pierre est homme, » c'est considérer/) du point de vue de la ligne H H'; dire « Pierre est grand.
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Pierre est riche »... c'est considérer le même point en se plaçant par la pensée sur les lignes G G\ R R*, etc..
Il en serait de même de toutes ses autres déterminations. Mais, ce faisant, nous substituons Textension à la compréhension, car il ressort de notre comparaison que p est quelque H H', quelque G G', quelque R R\.., et par conséquent, qu'au lieu de contenir homme, grandeur, richesse, il est contenu en eux ; ou plutôt, notre figure présente cet avantage de nous montrer en p aussi bien un contenant — puisque toutes les lignes sont en lui — qu'un contenu — puisqu'il est dans toutes les lignes. C'est un symbole à deux fins, représentatif de l'extension aussi bien que de la compréhension. Les attributs, représentés par les lignes, contiennent autant de sujets qu'on peut imaginer en eux de points, c'est-à-dire une infinité; et les sujets, représentés par les points, également en nombre infini, expriment le point de vue des attributs sur eux-mêmes lorsqu'ils s'entrecroisent. Notre représentation est d'ailleurs infiniment trop simple, eu égard à la complexité du donné. Aux droites qui ne se coupent qu'en un point, il faudrait substituer des courbes qui ne cessent de s'entrelacer les unes aux autres. Par exemple, les deux attributs « humanité » et « grandeur », représentés par les lignes H H', G G', ne coïncident i>as seulement en Pierre, c'est-à-dire au point /), mais encore en
Jacques, Louis, André, Raoul, respectivement représentés par les points j, l, a, r. 11 suflit de compliquer indéfiniment par la pensée cette représentation schématique pour