‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 81 sur 139 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

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avoir l'idée très nette des processus logiques et plus particulièrement de la proposition. Le syllogisme, en ce cas, supposerait un mode plus complexe encore, mais nullement irréprésentable, de relations spatiales. Par exemple, on remarquerait que la ligne H H', symbolique de l'humanité, ne peut se développer que dans un plan M M', symbolique de la mortalité, ou se résout elle-même en une série de points tous traversés par une ligne M M'; mieux encore, elle représenterait l'intersection d'une série de plans M M', R R', I r, B B', etc., ou d'une série de lignes M M', R R', etc... qui symboliseraient « mortalité », « rationalité », « imperfection », « caractères du bipède », etc..., tous attributs toujours donnés dans l'homme.

Nous sommes loin de prétendre avoir épuisé toutes les figures spatiales à l'aide desquelles on peut donner une forme sensible, en quelque façon visible et palpable, aux diverses opérations logiques ; leur indétermination spatiale rend possibles bien d'autres combinaisons encore, à l'inverse de la détermination des concepts géométriques. Mais ce que nous afiirmons, c'est la nécessité d'une telle représentation, d'une telle matérialisation, sans laquelle tout rapport entre les idées dans la proposition, entre les propositions dans le syllogisme, devient absolument impossible. On voit par là ce que valent les critiques qui objectent à ce mode de représentation son caractère factice et barbare; elles sont absolument justes, mais elles portent sur les opérations logiques elles-mêmes et non sur l'interprétation que nous en proposons. Ou plutôt, le véritable interprète, ce n'est pas nous qui recherchons le rapport des termes dans le jugement, le rapport des jugements dans le raisonnement; c'est le jugement, c'est le raisonnement qui traduisent avec un simplisme d'autant plus saisissant qu'il est i>lus brutal les relations confuses des phénomènes dans la réalité. Ce n'est pas nous qui figui-ons ces opérations par des points, des lignes et des plans ; ce sont ces opérations elles-mêmes qui ne sont que des figures, des images et des choses, ce sont elles qui transforment la réalité en espace et qui la découpent en tranches, ce sont elles qui juxtaposent, incluent,

excluent, circonscrivent. Nous ne les altérons pas en les précisant, car elles sont elles-mêmes des précisions qui altèrent les objets qu'elles limitent. La logique n'est que Fespace, la substitution de contenants et de contenus aux analogies et aux similitudes, la mathématique des phénomènes dans ce qui en eux n est pas mathématique, dans ce qui en eux répugne au mathématique et le nie.

Essayons maintenant de dégager, à la lumière de ces rapprochements, le sens nouveau du principe d'identité dans le jeu des opérations logiques.

Poser « Pierre est homme » nest pas, au point de vue de la compréhension, identifier Pierre à l'homme ; la copule est signe de distinction au moins autant que d'identification et nous avons vu qu'en effet, même dans les jugements de pure identité, tels que « A est A », « Pierre est Pierre », je dédouble en quelque sorte l'objet de mon affirmation, en tant que je le pose comme sujet pour l'opposer à lui-même comme attribut ; en ce cas, dire que le jugement est identique ou réciproque, c'est dire qu'il n'y a possibilité ni de position ni d'opposition, c'est reconnaître qu'il n'y a pas lieu à jugement. Un être ne s'affirme de lui-môme que s'il cesse d'être luimême; l'identité s'évanouit dès qu'elle se formule.

A fortiori, un jugement tel que « Pierre est homme » altérera-t-il fidentité. Pour le logicien, il signifiera : « Pierre est sujet de l'attribut homme ». Mais nous avons vu que, prise à la lettre, cette relation de sujet à attribut est obscure et se ramène à celle d'une certaine position spatiale. Si Ton entendait par là que Pierre supporte fhumanité, on commettrait un non-sens, car l'on ne se représenterait absolument rien, ni image ni idée. En réalité, « Pierre est homme » signifie, quant à sa comi)réhension, « Pierre est partiellement homme, homme est partie de Pierre », donc « Pierre est partiellement identique à homme », donc enfin « Pierre est identique à une partie de lui-même, en tant qu'on ne considère en lui précisément que cette seule partie ». L'identité, dans la proposition (et a fortiori dans le syllogisme) procède d'un sacrifice. Pierre n'est pas Thoinme. Si je considère

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