‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 82 sur 139 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

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Pierre en tant que Pierre, il est un tout dont homme n'est qu'une partie, et, en revenant forcément à cette idée de contenance, je pose par là, avec une identité partielle, également une différence partielle. En même temps qu'il est homme, Pierre est autre chose et plus ; en même temps qu'homme, il est non-homme, non pas négation, mais complément de l'homme.

De même, et plus aisément encore, si je me place au point de vue de l'extension. « Pierre est homme » signifie en ce cas « Pierre est quelque homme, l'un d'entre les hommes ». Autrement dit, il n'épuise pas à lui seul l'extension du concept ; tout au contraire, il la limite à sa plus simple expression. Pierre n'est pas autre que l'homme, mais l'homme est autre que Pierre ; il est Jacques, Jean, Paul, Platon, Aristote. La différence apparaît donc ici, non dans la nature du phénomène, mais dans son étendue. Si homme est phénomène de Pierre, il l'est aussi d'une infinité d'autres

êtres.

Ainsi, au point de vue de la compréhension, nous n'affirmons pas une identité d'essences : Pierre est homme et non-homme ; au point de vue de Fextension, nous n affirmons pas une identité d'existences : homme est Pierre et non-Pierre. Dans les deux cas, l'identité est partielle, donc relative. Elle n'est donnée que dans son rapport avec une contradiction. Or, toutes les difficultés que semble devoir susciter une telle conception sont levées lorsqu'on en dégage le caractère symbolique et spatial, lorsqu'elle apparaît alors non comme une conception, mais comme une intuition, comme une vision. L'espace est, en effet, la contradiction dans l'identité, l'unité indéfiniment diversifiée dans son unité même, puisqu'elle ne cesse de se répéter, autre en tant qu'elle se répète, la même en tant qu'elle est répétée. En ce sens, le sujet est une ligne qui se répète en une infinité de points ou un point qui se retrouve en une infinité de lignes ; l'attribut, inversement, est, selon le cas, l'un des points qui composent la ligne ou l'une des lignes qui se croisent dans le point. Pierre est en homme comme il est en grand, en riche, en bipède, etc.., chacune de ces déterminations l'exprime,

l'idéb de relation

aucune ne Tépuîse ; homme est en Pierre, comme il est en Jacques, en Louis, en Thomas, mais s'il s afOrme en eux tous, il ne s'arrête en aucun. Dans son usage logique, Fidentité se dépasse donc, elle devient Thomogénéité de parties, qui, intrinsèquement considérées, restent distinctes. Or Thomogène est un premier hétérogène, puisqu'il suppose réalisée, actualisée, cette distinction que Tidentité pure et simple refuse, et, pour ainsi parler, résorbe. La logique est un premier illogisme en ce qu'elle admet qu'il faut réduire des différences données, et données, au moins en un sens, comme non différentes. La proposition, le syllogisme reposent sur ce postulat : la position du même dans l'autre ou de l'autre dans le même. Or, la position est une grandeur et toute grandeur est espace. Les prétendues opérations de la pensée ne sont donc finalement que des comparaisons de figures. Les conditions les plus générales de l'expérience sont exprimées par des relations de contenance on de non-contenance. Penser, c'est conditionner. Donc penser, c'est superposer.

La logique nous apparaît ainsi comme un immense subterfuge, la détermination idéale d'un phénomène imaginaire. Mais l'imaginaire n'a droit de cité dans la science que s'il la rend plus féconde, s'il l'adapte mieux aux réalités. Dans quelle mesure l'expérience se retrou ve-t-elle donc dans l'hypothèse logique au nom de laquelle on la préjuge ? Jusqu'à quel point le concept, la proposition, le raisonnement atteignent-ils les choses ? Sans doute, c'est d'elles qu'ils procèdent et nous les saisissons en eux ; mais, en s'y limitant et en s'y simplifiant, ne risquent-elles pas de s'y dénaturer ?

Cette crainte n'a rien de chimérique. En fait, sans cesse la vérité logique est en désaccord avec la vérité objective ; nous raisonnons bien et nous concluons mal. Gomment, si le logique n'est lui-même que l'empirique, l'expérience peutelle ainsi se contredire ? 11 y a là un nouveau paradoxe, facilement résolu si l'on admet avec la plupart des logiciens.

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