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CHAPITRE SIXIÈME

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et notamment avec Kant et M. Boutroux, la dualité originaire de la pensée et des choses, incompréhensible, selon toute apparence, si l'on nous accorde que la pensée n'est que la prise de conscience des choses par elles-mêmes ou plutôt le système total des relations en tant que représenté à soi, c'est-à-dire en tant que représentatif. Nous devrons donc rechercher quelles conditions doit remphr l'expérience idéale exprimée par la logique pour coïncider exactement avec l'expérience réelle, manifestée par le développement effectif des phénomènes. Et nous serons conduit par là à préciser le caractère matériel et phénoménal des opérations logiques.

Quand y a-t-il erreur ? La logique répond : seulement quand je juge, non lorsque simplement je conçois une idée. Juger, c'est en effet « affirmer quelque chose de quelque chose », et plus précisément affirmer l'existence réelle, objective,dela représentation jusqu'alors posée comme simplement idéale et subjective. Le concept de centaure n'est ni vrai, ni faux, mais représenté, donné à titre de fait; erreur ou vérité commencent lorsque j'aflirine ou lorsque je nie la réalité extérieure du représenté. Or, il y a là, d'après nous, un point de vue radicalement erroné et démenti par l'expérience. Tout d'abord, rien n'est plus factice, à la prendre à la rigueur, que la distinction établie entre l'idée et le jugement : de cela seul qu'elle est représentée, l'idée enveloppe l'affirmation de sa propre existence, car exister, pour elle, c'est précisément pouvoir être représentée. Dira-t-on que cette existence est d'une espèce toute particulière et qu'étant purement interne elle est celle, non d'une chose distincte, mais d'un acte ou d'un mode de la pensée ? Mais on accorde que toute idée, dès l'instant qu'elle n'est pas contradictoire, c'est-à-dire dès l'instant que, ne se détruisant pas, elle est, est un possible, enveloppe l'existence virtuelle, tend à exister. On reconnaît par là sans l'avouer que si le possible est la mesure de l'actuel, l'actuel est bien plus encore la mesure du possible. En effet, ce qui fait de l'idée un possible, c'est que, n'étant pas encore, elle peut être; et, dès l'instant qu'il

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serait démontré que son existence est devenue impossible, sa possibilité, à son tour, deviendrait inexistante. Considérons cette idée même de centaure. Elle est un possible à mes yeux en ce que rien ne me paraît a priori s'opposer à son existence, et, si elle n'est pas un actuel, c'est simplement parce qu'a posteriori Texpérience ne me la montre pas comme effectivement réalisée. Mais je puis la figurer, en fixer l'image par la plume ou par le pinceau, en faire la description complète, en déterminer la circonscription exacte. Elle est donc, sinon perçue, du moins parfaitement concevable, et rien en elle ne s'oppose à ce qu'elle soit ; en un mot, elle n enveloppe pas contradiction. Insistons pourtant. Aux yeux du naturaliste, la représentation vulgaire du centaure subit une déformation profonde ; il l'analyse et voit qu'elle suppose la coexistence de deux types absolument différents, correspondant à des combinaisons empiriques d'éléments hétérogènes et appelés à se développer selon des modes, distincts toujours, opposés souvent. En un mot, en l'approfondissant, il fait éclater la contradiction interne enveloppée dans le concept, il en montre l'incohérence, c'est-à-dire l'absurdité logique fondée sur l'impossibilité concrète, sur l'irréalité phénoménale. Qu'est-ce à dire sinon que cette représentation apparente est en soi irreprésentaljle, que le centaure est vraiment un inconcevable ? L'idée de centaure enveloppe contradiction. Mais cette contradiction ne se révèle pas dès l'abord et c'est pourquoi je tiens l'idée pour possible tant que je me contente de l'examiner superficiellement. Ne retenant de Texpérience totale et complexe que ses conditions les plus générales et les plus simples, je construis ce cadre factice, cette expérience incomplète que j'appelle le possible et qui se réduit, comme on Ta vu, à la représentation du seul espace. Dès lors, je trace à ma fantaisie dans cet espace telles «t telles formes qu'il me plait d'imaginer et j'obtiens ainsi des réalités anticipées qui, toutes, paraissent en effet pouvoir être actualisées, qui, en ce sens, existent déjà. Mais lorsque, dans une représentation plus exacte et plus complète, je réintroduis les conditions d'existence que j'avais provisoirement écartées par la pensée, des impossibilités insoupçon-

nées surgissent, et, avec elles, de nouvelles contradictions, de nouvelles inconcevabilités. C'est ce qui se produit pour ridée de centaure. Je puis me la figurer spatialement, elle n'est pas contradictoire à l'expérience abstraite ; je ne puis me la figurer réellement, elle est contradictoire à l'expérience concrète. Il est tout aussi impossible de se représenter le centaure, pour peu qu'on en approfondisse l'idée, que de penser à un bâton sans bout ou à un espace enclos par deux droites. L'un et l'autre concepts se détruisent, l'un et l'autre enveloppent leur propre négation.

La distinction s'évanouil alors entre le possible et l'actuel, et par suite entre l'idée, forme du premier, et le jugement, détermination du second. Est possible ce qui est actualisé ou ce dont rien n'empêche l'actualité éventuelle ; est possible ce qui est réel ou ce qui est appelé à le devenir. Nous enrichissons par là notre idée juste, mais encore incomplète, du possible spatial. Il y a, au fond, non pas une, ni même deux espèces de possibles, il en existe une infinité, il en est autant qu'il existe de limites successives imposées par l'expérience aux représentations qu elle suscite. Le possible, c est en somme le conditionné, et, selon que je considère un plus ou moins grand nombre de conditions, j'élargis ou je restreins la représentation que j'en ai ; lorsqu'enfin j'envisage toutes les conditions comme posées, le possible se transforme en actuel, l'expérience est représentée à elle-même, non plus dans une sorte de schème simplifié qui écarte les hétérogénéités qu'elle présente, mais dans la synthèse vivante, dynamique, des contradictions qu'elle déploie. L'actuel est moins une progression du possible que le possible n'est une régression de l'actuel. La possibilité suprême, la possibilité mininia, est représentée, non par une conception arbitraire, mais par un phénomène limite.

On peut montrer plus clairement encore ce caractère purement empirique du possible et sa phénoménalité. Soit une proposition dont le sujet est idéal, telle que : « Dieu est éternel. » Est-ce à dire que ce sujet cesse d'être un phénomène? De deux choses l'une : ou je ne me représente absolument rien en le posant, ou je me représente une

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L*IDÉB DE RELATION

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