‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 84 sur 139 · CHAPITRE SIX! KM K · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIX! KM K

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réalité déterminée. Dans le premier cas, il ne conserve un sens que s'il est posé comme négation de choses réelles, positives. Ainsi, « Dieu » signifiera, dans la proposition citée, Têtre donné en dehors de toute représentation, Fètre qui ne peut être traduit dans son phénomène. Affirmer de Dieu l'éternité redevient donc un jugement représentatif, et représentatif de la non-représentativité, il signifie : « L'être donné en dehors de toute représentation ne peut pas être donné dans telle représentation, en l'espèce, le temps, la durée. » Cette proposition n'est rien par soi et ne prend de sens que par son corrélatif, exprimant la relation même qu'elle nie, à savoir : « L'être (quel qu'il soit), donné dans une représentation, est donné dans telle représentation, en l'espèce, le temps, la durée. » Que si je prétends supprimer ce corrélatif et maintenir cependant que Dieu et l'éternité expriment l'au-delà de la représentation et, par conséquent, rirreprésentable, ce que je pense dire ne signifie plus rien. Mais on peut entendre autrement et dans un sens vraiment positif la proposition « Dieu est éternel ». En ce cas, on se représente sous une forme intuitive, sensible, et les termes et la nature du rapport institué entre eux. Dieu figure la perfection absolue actualisée, éternel l'infinie puissance de durée. Mais si sujet et attribut ofi'rent un sens concret à la pensée, s'ils peuveut eux-mêir es être pensés cUumie concrets, c'est donc qu'ils se traduisent en termes de représentation, Vest donc qu'ils sont leurs phénomènes. Dieu représentera par exemple la totalité de l'expérience, et l'éternité la totalité des durées. Poser « Dieu est éternel » revient alors à dire : « L'être qui est donné comme la représentation de tout être épuise la totalité d'une représentation déterminée, en l'espèce la durée. » Mais nous défions que l'on échappe à Tune ou à l'autre de ces deux alternatives : ou la proposition, prise en soi, ne représente rien et ne prend de sens que par une proposition corrélative et positive dont elle est la négation ; ou la proposition représente quelque chose, et en ce cas elle est Tex pression d'un rapport entre les phénomènes, car les phénomènes seuls peuvent être représentés. Donc, toute proposition est représentation du phénomène, directe

si elle le pose, indirecte si elle le suppose comme n'étant pas posé, c'est-à-dire si elle suppose comme posé un phénomène que précisément elle nie comme tel. D'une manière plus concrète encore, l'exemple choisi, soit « Dieu est étemel », devient, dans le premier cas, « ce qui n'est aucun phénomène n'est pas tel phénomène » ; dans le second, « ce qui est intégralement tout phénomène est tel phénomène tout entier ». Il reste donc établi qu'une proposition quelconque exprime toujours un rapport de phénomène à phénomène ou de phénomène à groupe de phénomènes. Ou le possible est un réel, ou il est un impossible.

Ces explications étaient nécessaires pour nous permettre de comprendre, d'une part, que la logique ne détermine l'expérience que parce qu'elle en procède, de l'autre, que, tout en en dérivant, il se peut qu'elle s'en écarte. Comme le veut Mill et dans un sens encore beaucoup plus large que celui qu'il donne à sa pensée, seule l'expérience vérifie l'expérience, mais seule aussi elle l'infirme. Il arrive en eflet souvent que, dans mes propositions et surtout dans mes syllogismes, je substitue aux relations réelles d'autres relations qui ne sont pas contradictoires à la nature du phénomène primitif, l'espace. Ainsi, je puis poser sans contradiction apparente « l'homme est immortel », d'abord parce qu'il m'est parfaitement loisible de concevoir ce groupe de phénomènes que j'appelle « homme » comme indéfiniment posé dans la durée, ensuite et surtout parce que cette représentation même est de tous points inutile et que la seule chose qui intéresse la logique, c'est que «homme » et « immortel » sont réciproquement contenant et contenu l'un de l'autre au même titre que « homme » et « mortel ». On s'explique par là la validité de la forme dans l'absurdité du fond, pour reprendre les expressions, critiquées et amendées, de l'ancienne logique. De cette majeure, à la fois vraie et fausse, spatialement vraie, concrètement fausse, je tirerai ou plutôt se tireront telles conclusions que de droit. L'erreur consiste à prendre l'expérience symbolique et simxilifiée pour l'expérience réelle et complexe. On est

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l'idée d«c relation

dupe d'une substitution à laquelle on a le tort d'attacher une importance littérale, au lieu de voir en elle, selon la très heureuse expression de M. Boutroux, un simi)le « mode d'interrogation (i), » non pas d'ailleurs de la pensée à la nature, mais de la nature à elle-même. L'espace est en quelque sorte un questionnaire. Parmi toutes les demandes qu'il formule, le devenir phénoménal nous dira quelles sont celles qui comportent une réponse et ce que cette réponse doit être.

Les opérations logiques n'ont donc qu'une valeur approchée. Leur apparente rigueur n'est qu'un masque que la réalité a pour rôle de soulever en nous montrant sous l'unité rigide de la formule les variations indéfinies et les écarts multiples des choses. Mais elles offrent l'avantage de présenter dans une sorte de raccourci le sens général et l'orientation d'ensemble de la nature. Elles ne nous révèlent pas directement tels ou tels phénomènes déterminés, comme la mathématique ou la physique, mais elles fixent à grands traits le mode de détermination de ces phénomènes les uns par les autres ; elles portent sur ce qu'on pourrait appeler le phénomène enveloppant de tous les autres phénomènes, à savoir l'ordre même de leur développement. Elles nous donnent dans leur figuration spatiale et statique l'anticipation de leur succession dynamique à travers le temps. C'est là ce qui les rattache étroitement aux conditions générales de l'expérience et nous fait voir en elles, non des éléments arbitraires d'un esprit distinct, mais bien les formes les plus générales de l'existence positive.

En leur fond, elles reviennent simplement à constater qu'il y a des faits, que ces faits présentent certains caractères communs, retrouvés en tous sans exception, et qu'ils ne peuvent s'organiser que selon un nombre restreint de combinaisons. La gloire de Stuart Mill sera d'avoir pressenti le premier ce caractère réaliste de la logique, sans peut-être l'avoir toujours suffisamment précisé. Le réalisme qu'il défend n'est plus, cela va de soi, métaphysique comme

(i) BouTRoux. De Vidée de loi naturelle, p. 19.

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