‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 87 sur 139 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

en genres et en espèces ; c'est d*eux-mênics qu'ils s*harnio* nisent dans la forme d'une représentation de plus en plus abstraite, qui tire sa valeur d'eux seuls et de leur réalité effective. La proposition traduit ce rythme empirique, cette universelle relativité des faits à d'autres faits. Elle repose donc sui' un postulat et n'est elle-même qu'un postulat, elle suppose l'homogénéité au sein du genre et de l'espèce. Qu'il n'y ait là qu'une fiction, c'est certain, mais cette fiction est utile, nécessaire à la science ; donc elle est justifiée. La traduction est fidèle, puisque, comparée au texte, elle me dit eu son langage ce que précisément il contient, puisqu'elle le suit pas à pas, mot pour mot. Le sujet, l'attribut, le rapport d'attribution, se résolvent en autant de faits d'expérience, en autant d'existences déterminées. Le sujet, c'est le phénomène ; l'attribut, le phénomène du phénomène ; le rapport d'attribution, la coexistence du phénomène de phénomène à ce dont il est phénomène. La réalité nous présente ainsi des aspects différents, des faces diverses sous lesquelles peut être considéré un tout concret, et le processus logique consiste à solidifier ces aspects, à matérialiser ces faces pour les poser dans leur opposition même avec l'être qu'ils déterminent et qui par soi n'est rien autre chose que l'ensemble ou plutôt la fusion intime de leurs déterminations. Tout se passe, en effet, comme si le groupe de phénomènes était une réalité dont chaque phénomène exprime une partie, et une réalité qui se suflit à elle-même, dont le phénomène s'affirme ou se nie. Ici encore, dès avant le phénomène, pour ainsi dire, nous introduisons l'idée de relation, qui à la fois unit et divise, car les différences sont données en fait au sein de l'identité qu'elles varient sans la détruire. Un être est, en effet, non la somme de ses caractères, mais l'acte de ses phénomènes. Pierre n'est pas homme, plus grand, plus riche ; il est tout entier homme, tout entier grand, tout entier riche, ou plutôt il se développe tout entier sous l'aspect homme, tout entier sous l'aspect grand, tout entier sous Taspect riche. Mais j'ai intérêt, pour le mieux comprendre, à lui imposer ainsi une série de limites qui le rendront saisissable, intelligible ;

c'est pourquoi je lui applique successivement les catégories de sujet et d'attribut, d'essence et d'accident. La logique n*est qu'un procédé d'intellection du réel ; elle suppose que le mouvement continu des phénomènes est identique h l'inclusion discontinue des propositions. Des coïncidences et des successions phénoménales constantes, c'est à quoi se résolvent finalement tous nos rapports d'attribution ; mais à cette « conjonction » (i) concrète de phénomènes, qui se présente sous la forme d'un enveloppement qualitatif et d'une sorte de tonalité harmonisatrice, la logicjue impose la rigidité cadavérique d'un formulaire abstrait. Elle morcelle dans ses propositions l'unité multiple et variée des tendances qui se pénètrent. La réalité s'y retrouve, mais elle ne s'y reconnaît pas.

Le processus logique fondamental est le raisonnement. C'est avec lui qu'en réalité commence la logique proprement dite ; il n'en est pas seulement la fin essentielle, mais bien la fin unique ; le terme et la proposition ne jouent à son égard que le rôle de moyens. On comprend la raison de ce privilège : seul il est capable d'étendre notre connaissance, donc de produire la vérité. Il présente ainsi le caractère même de la science, il prévoit. Tout raisonnement est une anticipation : conclure, c'est se donner un phénomène absent par la simple considération d'un ou de plusieurs autres phénomènes présents, par exemple, se donner la mortalité de Pierre, phénomène particulier, en supposant connue la mortalité de l'homme, phénomène général, ou inversement. Le vrai sens du raisonnement, c'est qu'il est le véhicule des phénomènes, il représente le mouvement de la réalité, et c'est bien en ce sens que l'ont toujours entendu les logiciens, depuis Platon et Aristote qui voient en lui la dialectique de l'être, jusqu'à Mill et Spire qui, en des sens d'ailleurs différents, le regardent comme la traduction du devenir phénoménal.

Le syllogisme, comme l'induction, est instrument de découvertes et non pas d'analyses. D enveloppe en effet une

(i) Ibid.y t. I, p. 110.

possibilité indéfinie de conséquences futures, car la conclusion, loin de répéter simplement les prémisses en en limitant la portée à un cas déterminé, les dépasse en posant une affirmation nouvelle. 11 a pour but de montrer que le fait se plie aux conditions énoncées par la loi, que des conjonctions de phénomènes peuvent être pré vues avant d'être actualisées. La liaison ou plus précisément la coexistence constante de deux phénomènes, tels que humanité et mortalité, prédétermine tout ce qui possède Fun à posséder aussi Vautre, car il est établi que l'humanité ne peut se développer que sous l'aspect de la mortalité. Tel est le sens du syllogisme par lequel je conclus que Pierre est mortel : le signe homme qui exprime la coexistence de certaines déterminations avec son individualité détermine du même coup cette coexistence avec le nouveau phénomène mortalité. Un phénomène qui coexiste constamment avec un autre phénomène coexiste avec tout coexistant constant de ce phénomène ; et inversement, un phénomène qui ne peut coexister avec un autre phénomène ne peut coexister avec aucun coexistant constant de ce phénomène. Ainsi se résout dans un système positif de relations concrètes entre faits toute la fantasmagorie rébarbative de la logique scolastique. 11 n'y a proprement ni genres, ni espèces, ni individus, il n'y a qu'un entrelacement de phénomènes.

Mais, ici encore, il faut traduire, et pour traduire, jusqu'à un certain point, trahir. Déjà, les coexistences sont les substituts de déterminations plus complexes, de compénétrations profondes et de développements solidaires. Pierre, homme, mortel, ne sont pas juxtaposés mais fondus, bien que mortel soit une enveloppe plus large du phénomène plus particulier homme, homme une enveloppe plus large du phénomène plus particulier Pierre : homme est la courbe qui imprime son orientation au progrès empirique de Pierre, mortel la courbe Bous laquelle à son tour s'oriente le progrès empirique d'homme. Mais, à leur tour, les coexistences deviendront dans le syllogisme des identités ou des inclusions, c'est-à-dire seront remplacées par des équivalents abstraits, par des fictions logiques ; on imaginera des genres, des essences, des

Page 1