‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 89 sur 139 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

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règle. Elle ne vaut que dans la mesure où elle est contenue par elle et ne se livre point à des divagations subjectives qui sont pur dilettantisme. L'intelligence est fondamentalement activité, car toute idée est une force, un mouvement enveloppé, toute conception est une possibilité indéfinie de réalisations. Ou l'universalité n'oflre aucun sens, ou elle représente une tendance dynamique, non une simple position statique ; elle marque un effort de la représentation pour se dépasser, pour se poser en d'autres représentations, elle est, au sens empirique du mot, la vie de l'idée ; tout concept est une loi, un phénomène générateur. La vérité est donc une réalité virtuelle, inépuisable en ses déterminations. L'intelligence, c'est l'activité condensée, se saisissant dans son principe et dans sa raison d'être, attente de ses propres effets et par là maîtresse de ses résultats. C'est l'activité avant la lettre; souvent elle en résulte, toujours elle la résume. Par suite, il faut corriger dans ce qu'elle offre encore d'incomplet la formule célèbre : « Prévoir afin de pourvoir », car ces deux états n'en font qu'un, la précision est déjà provision. Savoir, c'est produire.

On voit par là combien la logique véritable est loin du formalisme abstrait et pauvre auquel le plus souvent on la réduit. Tant qu'on s'obstine à voir en elle, non pas même l'acte, mais la forme passive d'une raison étrangère aux faits, on ne peut lui reconnaître d'autre caractère : juxtaposée artificiellement aux phénomènes, de quel droit prétendrait-elle les déterminer ? Mais en se révélant à l'analyse comme l'étude d'une première matière, aussi indéterminée et aussi diminuée d'ailleurs qu'on puisse l'imaginer, elle reprend une valeur objective ; à l'aide de symboles spatiaux extrêmement simples, elle figure le phénomène général commun à tous les phénomènes particuliers, leurs liaisons continues, le passage progressif des uns aux autres. En ce sens, il est nécessaire d'admettre l'existence de phénomènes logiques, de faits logiques. C'est un phénomène logique que l'identité d'un être à lui-même ; c'est un phénomène logique que la coexistence au sein d'êtres différents de déterminations identiques, que l'omniprésence de certaines homogé-

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néités constantes dans des réalités hétérogènes. Les procédés méthodiques à Taide desquels je dégage ces identités et ces homogénéités me sont donc suggérés par les choses ellesmêmes et se ramènent finalement à des observations bien réglées. De même que la démonstration mathématique n est que Tordre des intuitions, de même la déduction logique n'est que la continuité des expériences. L'art du logicien consiste simplement à rechercher les moyens qui mettront le plus facilement en évidence cette contiimité donnée en elle-même, et il se trouve qu'elle est traduite en fait par un appel au discontinu, à l'artifice des genres et des espèces, analogies dégagées, isolées et solidifiées dans des termes distincts. Le jour où ces artifices logiques seraient en défaut, on leur en substituerait d'autres plus voisins des faits, c'est-à-dire plus directement inspirés par la vue même des choses. Mais comme ils expriment les conditions les plus générales et les plus constantes de l'existence phénoménale, ils en fixent aussi les cadres les plus rigides, ceux qui risquent le moins d'être en désaccord avec la réalité tout en en étant peut-être les plus éloignés et les plus purement symboliques. Il est donc acquis qu'au terme toute idée de raison analytique, de principe d'identité posé a priori par l'esprit s'évanouit et se résout en représentations empiriques, en figures sensibles, en approximations phénoménales. La logique n'est un droit que parce qu'elle est un fait, la vérité n'anticipe la réalité que parce qu'elle la suppose.

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