‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 96 sur 139 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

est et se retrouverait à chaque moment du devenir; cette conjecture subjective n'est ni plus ni moins illégitime que la conjecture inverse, les faits ne prononcent ni pour m contre elle ils l'ignorent. Mais, à nous en tenir à l'observation pure et simple des phénomènes, nous devons reconnaître, au sens même où l'entendait Darwin, que les formes les plus parfaites sont les formes réalisées, perfection étant ici synonyme de succès. Dans cette sorte de composition ou de concours spontanément institué par la nature, elles ne sont pas les premières parce qu'elles ont donné la meilleure copie, rœuvre la mieux venue, mais leur copie est la meilleure et leur œuvre la mieux venue parce qu'elle s'est classée la première. Quand voyons-nous échouer en fait telle forme déterminée, sinon quand elle cesse d'être déterminable ? L'eau se transforme en hydrogène et en oxygène lorsqu'une adaptation de son existence à des conditions posées apparaît contradictoire. Est-ce à dire que l'eau soit moms parfaite que ces deux gaz? Non, sans doute, à la prendre en soi (ce qui d'ailleurs ne veut rien dire), mais certainement à l'envisager dans son rapport empirique avec ses conditions dexistence. Or, c'est ce rapport seul qui nous est donne ; donc il est seul la mesure finale de la valeur des différents êtres c'est-à-dire du degré, du quantum de leur possibihté empirique. Et ces êtres, qui valent ce qu'ils sont, et ne valent que parce qu'ils sont, dans la mesure où ils sont et tant quils sont, nous apparaissent à leur tour comme le résultat, plus ou moins durable, d'un certain équilibre, sans cesse modifié et sans cesse reconstitué par le jeu de certaines modifications constantes que j'appelle, à défaut d'une expression plus exacte, les forces naturelles, ces forces n'étant elles- • mêmes qu'un résultat et qu'un équilibre. L'universelle relalivité n'est objectivement que l'universelle adaptation : dire que les réalités sont réciproquement et indéfiniment relatives les unes aux autres, c'est finalement reconnaître qu'elles s'adaptent entre elles selon une infinité de modes et que. même sous ses formes les plus permanentes et les plus stables, l'existence d'un être n'est ni dans cet être, ni dans un autre, mais dans le rapport du premier^ au second et

de tous deux à rexpérience universelle. Plus précisément encore, ce que j'appelle un être n'est que la concentration dans un certain phénomène, à la fois complexe et durable, d'une multiplicité eUe-même plus ou moins complexe et plus ou njoins durable d'autres phénomènes proches ou lointains; tout être est un système, non i>as clos, mais ouvert au contraire à toutes les influences qu'il résume en les organisant et dont il est tout ensemble l'objet et le sujet, l'eflet nécessaire et le plan coordinateur.

Si nous passons maintenant de l'ordre de l'existence à l'ordre de la connaissance, nous aboutissons par une voie diflerente à des conclusions identiques. Ici encore, relation est synonyme d'adaptation. Tout d'abord, en efl*et, la distinction même de l'être et du connaître, valable pour qui admet l'essentielle dualité d'un esprit et d'une nature, perd toute espèce de sens dès l'instant qu'on résout cette dualité ou plutôt qu'on la voit se résoudre d'elle-même dans l'unité de la relation : en ce cas, la connaissance n'est qu'un des aspects du donné dont l'existence exprime l'autre face, on n'a plus à connaître ce qui est, à assimiler les choses par la pensée, à ramener la multiplicité empirique à une unité subjective ; l'un est donné dans le multiple même, il est phénomène du phénomène. La science est à l'univers ce que le Dieu des stoïciens est au monde qui le développe, ce que la natura naturans est, dans le spinozisme, à la natura naturata. Existence et connaissance ne seraient donc — entre tant d'autres — que deux noms correspondant aux deux termes de la relation, l'un au représenté, l'autre au représentatif ; ils manifesteraient une adaptation constante, et plutôt encore la constance de toute adaptation. Vérité et réalité ne sont I>as, l'une du sujet, l'autre de l'objet, mais toutes deux de rexpérience. D'ailleurs, à mesure qu'elle revêt un caractère plus positif, la science tend à se confondre avec l'univers qu'elle reconstitue partiellement, dans un schème simplifié et appauvri. De moins en moins elle se donne pour une révélation venue d'en haut, pour une détermination de l'absolu divin, l'être, ou de l'absolu humain, la pensée. Elle

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