Prosper Mérimée
ÎOO L'iliÊE DE RESPONSABILITE.
quelque marque de sympathie, de charité, de sublime justice qui la fera jaillir.
Examinons à son tour l'idée d'une responsabilité purement subjective, de laquelle tout élément objectif serait exclu. Une semblable notion serait-elle acceptable, et à quelles conditions?
Rappelons-nous d'abord le résultat de l'analyse. Partie de la notion commune de responsabilité morale, que chacun croit trouver dans sa conscience, elle a fait peu à peu le vide dans cette notion. Un à un, les éléments constitutifs en ont été éliminés, comme objectifs et empiriques, et la notion est demeurée sans contenu. Prétendre à une notion positive de la responsabilité morale, ce serait vouloir pénétrer dans le monde de l'absolu, qui, de sa nature, ou plutôt en vertu de notre propre nature, nous est inaccessible : c'est soulever les redoutables problèmes du libre arbitre, de la prédestination, du péché et de la grâce, sans avoir aucun moyen de les résoudre. Si
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forte que soit rilliision contraire de la conscience, l'homme ne peut avoir aucune idée de son mérite véritable, ni, par conséquent, de sa responsabilité morale. Lorsque Ton s'en tient k cette analyse, il n'y a pas lieu de chercher si l'on peut admettre une notion de responsabilité morale pure, puisqu'on n'en peut pas même concevoir.
Mais ici encore nous nous trouvons en présence d'une abstraction qui a besoin d'être corrigée et complétée. L'homme qui existe réellement, du moins quant à notre connaissance, n'est pas le noumène dont l'essence, dont la relation à la loi morale, hors du tenàps, est pour nous inconcevable; c'est la personne qui se connaît elle-même dans le temps, et à qui sa conscience parle par la voix impérative du devoir. Peut-on, sans autre forme de procès, considérer la notion vide de responsabilité morale pure comme valable pour cette personne dont la réalité, bien que relative, nous est attestée par la conscience? Évidemment non. Au contraire, précisément parce que cette réalité est relative, nous aurions tort de nous placer au point de vue de l'absolu pour déterminer comment il faut concevoir la responsabilité de l'homme; car nous ne saurions trouver, à ce point de vue, une notion qui ait un contenu
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positif, et la nécessité de l'action veut que responsabilité morale signifie quelque chose pour l'homme, puisqu'il est soumis à la loi du devoir.
C'est faute d'avoir reconnu, ou plutôt d'avoir accepté cette condition particulière de l'homme, que souvent bien des mystiques sont tombés dans leurs erreurs. Triomphant des faiblesses irrémédiables de la raison, ils ne veulent plus rien accepter d'elle, et méprisent ses ordres comme ils rejettent sa science.
Il est vrai que la raison est très vite « invinciblement froissée de ses propres armes 3> quand on la met en présence de l'absolu. Il est facile de la confondre, de l'humilier, de lui arracher l'aveu de sa faiblesse et de son impuissance. Elle n'a pu encore donner une solution satisfaisante aux grands problèmes de notre destinée; elle n'a pu rendre compte ni de notre origine ni de notre fin, ni de tout cet univers où nous vivons, et dont le but nous échappe, depuis que nous ne croyons plus naïvement qu'il a été fait exprès pour nous. Ce qu'elle n'a pu jusqu'ici, il n'est pas vraisemblable qu'elle le puisse jamais. La hardiesse irréfléchie qui tente l'impossible est le fait de l'ignorance, car elle ne se doute pas de sa témérité ; mais, plus
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la raison se connaît elle-même, plus elle prend conscience de ses limites, mieux elle comprend que la nature même de certaines questions les lui rend inaccessibles.
Les mystiques ont donc facilement gain de cause sur ce point, mais ils ne voient pas que la raison, si elle n'a pas la valeur absolue qu'ils lui refusent, a cependant une valeur humaine qui vaut bien qu'on en tienne compte. Pascal est le maître de tous ces esprits, qui ont cru nécessaire de réduire à rien la raison parce qu'elle ne pouvait atteindre à tout^ et de l'humilier sans retour, pour qu'elle n'osât plus prétendre trop haut. Comme ils désespèrent qu'elle les satisfasse entièrement, ils veulent se passer d'elle tout à fait. Aussi, le scepticisme des mystiques n'est-il jamais qu'une sorte de doute méthodique, qui conduit infailliblement à la certitude supérieure de la foi ; et si ce combat de la raison contre elle-même nous émeut, c'est par le spectacle des angoisses intérieures d'une grande âme. Autrement nous nous disons que, si la raison ne donne l'explication dernière de rien, il ne s'ensuit pas cpie Ton doive être sceptique à la manière de Pyrrhon. Si le monde de l'absolu lui est fermé, elle reconnaît son domaine propre dans le monde donné par
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Texpérience. Le même animal qui périt dans le vide, vit très bien à Tair libre.
Ces réflexions s'appliquent à la difficulté qui se présente ici au sujet de la notion de responsabilité morale. Quand on se place au point de vue de l'absolu, la notion s'évanouit. La responsabilité s'en va rejoindre le libre arbitre, hors des limites de l'expérience possible, dans le monde mystérieux des choses en soi. Peut-on s'en tenir là, et, avec la pieuse exaltation des mystiques, renoncer à toute idée de responsabilité morale pour s'abîmer dans la méditation, nécessairement stérile, du mystère de la grâce et de la prédestination? Peutêtre en se plaçant, avec plus de modestie, au point de vue de la réalité empirique, en s'en tenant à l'homme tel qu'il se connaît lui-même dans la conscience, pourrait-on former une notion de responsabilité morale, relative aussi sans doute, mais non sans valeur. Elle aurait le double avantage de donner à l'esprit une satisfaction légitime, et de prémunir la conscience contre les plus dangereux sophismes.
Tout d'abord, il n'y a pas de position stable, il n'y a pas d'assiette solide pour l'esprit en présence d'une notion vide de tout contenu, à moins qu'il ne soit persuadé que sa propre nature lui interdit
à la fois de renoncer à cette notion et de la concevoir positivement. A défaut de cette humilité intellectuelle, que peu de gens peuvent comprendre et moins encore pratiquer, qu'arrivérat-il? L'esprit préoccupé d'un objet, même insaisissable, veut saisir quelque chose, bon gré mal gré, et la notion vide de responsabilité morale se transforme en une notion positive d'irresponsabilité. Le danger est grand et la pente bien glissante. Quand l'esprit s'attache à l'idée que notre véritable mérite nous est absolument inconnu, que nous ne pouvons jamais rien savoir de notre véritable responsabilité, il est tout près de croire que nos actions sont indifférentes au point de vue de la justice suprême et ne peuvent rien changer à ses immuables décrets. On touche, en un mot, au quiétisme, qui, considéré de cette manière, pourrait se définir le sophisme paresseux appliqué à la morale.
Les erreurs de conduite viennent s'ajouter aux défaillances de la pensée : car dans la notion d'irresponsabilité qui se substitue au vide de la notion de responsabilité morale pure, tous les éléments objectifs, empiriques, les idées positives de mérite, de jugement, de sanction, si elles ne reparaissent pas d'une façon expresse, sont au moins sous-entendues. L'esprit retombe ainsi au
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point d'où il était parti, plus bas encore quelquefois : on dirait alors que, dans son effort pour atteindre le divin, il a perdu le sens de l'humain. Qu'on se rappelle les étranges doctrines de certains quiétistes, et l'effroi mêlé de répulsion qu'elles ont toujours inspiré aux consciences saines et sûres d'elles-mêmes.
Ce n'est donc pas seulement la raison qui proteste en nous contre la méconnaissance de ses droits. La conscience répugne à ce que la notion de responsabilité morale soit Vide; elle voit là une atteinte portée au sentiment de l'obligation, à l'autorité du devoir. En effet, comment admettre en même temps que nous sommes tenus de respecter la loi morale, et que nous n'avons aucune idée d'une responsabilité subjective à l'égard de la loi? N'est-ce pas, au contraire, le sentiment d'une semblable responsabilité qui constitue précisément la personnalité morale? La loi exige que la volonté soit bonne; elle implique donc qu'il dépend de cette volonté d'être bonne ou mauvaise, elle lui attribue ainsi une véritable responsabilité mo] aie. La délicatesse d'une conscience pourrait même se mesurer à la vivacité de ce sentiment de responsabilité , et nous avons grand'peine à ne pas condamner sévèrement ceux qui
ont réussi à Tétouffer : nous voyons là cet aveuglement, conséquence du péché, dont parlait Bourdaloue.
Faut-il donc considérer comme incomplets ou inexacts les résultats de notre analyse? Non, car le point de vue auquel nous sommes placés maintenant est tout différent du premier. Nous ne cherchons plus à savoir, théoriquement, ce que pourrait être le mérite absolu de l'homme : nous nous demandons si l'obligation morale n'implique pas une responsabilité morale pratique. Et si on l'admet, comme cela paraît nécessaire, le domaine de la connaissance proprement dite ne se trouvera pas agrandi par là. Kant a très bien mis ce point en lumière. Le sentiment de l'obligation, la vue de la loi morale même, quel que soit son caractère a priori et inconditionnel, ne nous font point sortir du monde de l'expérience possible pour notre esprit. La loi morale nous commande par sa forme seule, non par sa matière. Aussi le devoir ne nous explique pas notre destinée; il donne un sens à la vie, mais il est muet sur l'au delà. Grâce à lui, nous savons comment il faut agir et comment nous orienter dans la pratique. Tandis que 1 instinct dirige l'animal d'une façon presque mécanique, la fonction de l'homme, incompara-
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blement plus noble, est de régler lui-même son activité sur la loi morale. Mais le domaine inaccessible à sa raison ne lui est pas ouvert par la direction donnée à sa volonté. Il faut bien l'avouer, même avec le devoir, le mystère de la destinée humaine reste impénétrable. La loi morale ne nous donne clairement que ses ordres.- Ceux qui ont vu là un marché de dupes n'ont peut-être pas tort, à leur point de vue tout au moins. Il est certain que les garanties manquent. Mais il est certain aussi que ce manque n'est senti que par les hommes de peu de foi. Et ces garanties, ces éclaircissements, ces solutions que l'on réclame, les retrouvera-t-on ailleurs? Ne peut- on se contenter d'être « le soldat de la moralité », d'obéir à sa consigne, et trouver la paix dans l'accomplissement d'un devoir même inexpliqué?
Ainsi, sans que l'idée d'une responsabilité positive à l'égard de la loi morale ajoute rien au contenu de la notion de responsabilité morale pure, cette dernière, qui est vide, ne saurait être acceptée sans l'autre, qui est nécessaire au point de vue de l'action. Nous ignorons toujours à quel point et de quelle manière nous sommes responsables de notre nature, mais nous savons qu'à
notre activité, telle qu'elle se connaît dans la conscience, s'impose une loi à laquelle nous devons notre respect; et l'obligation où nous sommes d'obéir à cette loi, nous crée une responsabilité en quelque sorte pratique. Il n'y a point de contradiction à admettre ces deux notions ensemble, car elles ne s'appliquent pas en réalité . au même objet. Celle qui est vide pour nous s'applique à l'essence absolue de l'homme, qui nous est cachée : celle qui est positive et pratique s'applique à l'homme donné dans l'expérience, sans rien préjuger de l'essence absolue. On no saurait même admettre uniquement aucune des deux, à l'exclusion de l'autre.
En effet, en acceptant la seconde à côté de la première, on ne compromet pas les résultats de l'analyse, et on échappe au danger du mysticisme et du quiétisme. Une place digne de lui est faite à l'effort moral, et, par là, à la personnalité humaine qu'il fonde. La tentation est trop forte, quand on se place au point de vue de l'infini, de laisser tout l'homme s'abîmer en lui : responsabilité, liberté, individualité même, tout s'évanouit, les notions du bien et du mal pâlissent, et le sentiment du devoir se perd dans la contemplation . Si l'on s'attache, au contraire, à ce sentiment, on
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y trouve une sauvegarde. L'obligation morale donne à la personne humaine une raison d'être, en lui demandant un effort qui, quelquefois, lui coûte : elle fournit à l'homme une raison, et une raison impérieuse, de croire à sa causalité propre, à son individualité distincte, au moins comme sujet de la moralité. £t il n'est pas besoin, pour accomplir cet effort, d'avoir résolu au préalable toutes les difficultés théoriques touchant le libre arbitre et la responsabilité. Il suffit que la loi commande et que nous nous sentions capables de lui obéir. C'est un fait d'expérience que l'homme peut se corriger de mauvaises habitudes en prenant soin d'en contracter de meilleures; Cfu'il peut se corriger d'un vice en évitant les occasions de le satisfaire : en un mot, qu'il peut avoir sur luimême toute l'action qu'un maître intelligent exerce sur l'âme d'un enfant ; et l'on sait jusqu'où cette action peut s'étendre. Tous ces faits d'expérience se concilient aussi bien avec la théorie déterministe qu'avec celle du libre arbitre, et, d'ailleurs, peu importe ici: c'est assez que ce soient des faits, pour que le sophisme paresseux soit rejeté, pour que la place soit laissée libre a l'effort moral.
La réalité de cet effort entraîne nécessairement
la réalité du progrès moral, à mesure que la loi est mieux respectée, et aussi de la chute morale, lorsque le sentiment de l'obligation s'affaiblit et n'est plus écouté. On peut leur donner les noms de mérite et de démérite, pourvu qu'on n'abuse point des termes, et que jamais on ne confonde ce progrès et cette chute, qui ont lieu dans un moment particulier du temps, sous des conditions déterminées, avec la réalité du mérite ou du démérite qui nous est inconnue. Cela posé, ces notions sont d'une grande importance pratique. Elles se présentent toujours dans notre conscience accompagnées de sentiments exti'êmement vifs et puissants, qui peuvent avoir sur notre conduite la plus heureuse influence. Il est bon que le coupable se repente : il est bon que le criminel soit déchiré de remords; il est meilleur encore qu'ils éprouvent le besoin d'une expiation. La réalité de leur repentir et de leur remords est du même ordre que la réalité de leur'faute. Toutes deux appartiennent au monde de l'expérience humaine, et ce monde précisément n'a de sens que si la loi morale y impose à l'homme une responsabilité pratique.
Mais, s'il en est ainsi, la notion de responsabihté morale ne se rapproche-t-elle pas singuliè-
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remeiit de la notion de responsabilité objective : avions-nous le droit de les séparer d'une manière si radicale? Ne retrouvons-nous pas là les idées de sanction, de justice et de mérite? Il est vrai : les différences cependant sont encore grandes et importantes. La notion de responsabilité légale ne considère Thomme que du dehors; elle ne s'inquiète de ses actions qu'au point de vue de leurs suites et non au point de vue de leurs motifs. Elle en regarde les conséquences sociales, non la valeur morale qui lui est indifférente : elle veut s'appliquer à tous d'une manière égale, et essaye de réduire à la règle les exceptions mêmes. Tout autre nous apparaît la notion de responsabilité morale qui naît de la conscience. Elle ne considère l'homme que du dedans, puisqu'il porte en lui-même la loi, le juge et le justiciable. Sans regarder si les conséquences des actions sont plus ou moins utiles, plus ou moins avantageuses à leur auteur ou à la société, elle en examinera seulement les motifs, pour voir si le respect dû à la loi morale a été observé. Chacun se la représente d*iine manière qui lui est propre, suivant le sentiment qu'il a du devoir, suivant la délicatesse de sa conscience. Elle contient des éléments empiriques, mais comment pourrait-il en être autre-
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ment, si elle doit être une notion positive, si elle doit avoir un contenu réel? Comment se représenter que Ton est responsable, sans concevoir en même temps une loi, un juge, une sentence et une sanction, un mérite et une justice, sans les concevoir, d'une manière symbolique, comme analogues à ceux que nous fait connaître l'expérience?
Seulement, il faut se souvenir que toute la valeur de cette représentation symbolique, de la notion positive de responsabilité morale, repose sur le fait du devoir. Le fondement est assez solide, car le devoir est la règle suprême, le fait ultime de la vie morale, et nous n'avons pas le droit de nous refuser à admettre ce qu'il réclame pour être accompli. Il exige que nous nous considérions comme responsables envers la loi morale : cela suffît. Mais' si, au nom de son autorité inconditionnelle, il exerce un empire incontesté sur notre vie morale, il ne dissipe pas notre ignorance naturelle, il ne change pas les conditions sous lesquelles nous connaissons et le monde et nousmêmes: il ne recule pas d'une ligne les bornes de l'expérience possible pour les hommes. Par suite, il nous contraint à emprunter de cette expérience le contenu de notre notion de responsabilité mo-
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raie pratique, puisqu'il ne nous ouvre aucun jour sur la responsabilité morale absolue, sur le mérite véritable, sur la justice suprême qui a sans doute réglé toute destinée et présidé à toute nature, d'une façon incompréhensible pour nous. Pratiquement donc, la notion de responsabilité morale que donne la conscience est légitime, puisqu'elle se fonde sur l'obligation morale; mais le devoir même est impuissant à prouver sa légitimité théorique, et elle n'est qu'un symbole. Encore, tous les éléments de ce symbole étant empruntés à la réalité empirique, à la réalité objective, rien ne nous autorise à supposer la moindre ressemblance, la plus lointaine analogie, entre cette responsabilité morale empirique et la responsabilité morale pure. L'idée de cette dernière est nécessairement vide, comme l'analyse Ta bien prouvé.
Nous pouvons donc enfin répondre à la question posée au commencement de ce chapitre. La notion commune de responsabilité contient en réalité deux notions bien distinctes, et le dédoublement, qui est nécessaire pour remédier au trouble causé par la dissociation imminente des éléments de l'ancienne notion, est en même temps légitime. Mais les deux nouvelles notions de
responsabilité légale tout objective et de responsabilité morale pure sont le produit de l'observation et de l'analyse : il fallait voir sous quelles conditions il était possible de les accepter et de les appliquer à la réalité concrète, à l'homme qui est à la fois raisonnable et sensible, membre de la société et sujet de la loi morale. Ces conditions, nous les avons déterminées, non pas a prioriy mais, pour ainsi dire, sous la dictée de l'expérience même et de la conscience.
Quand le dédoublement sera un fait accompli, quand la notion de responsabilité purement objective sei^a admise par la législation pénale, sous les réserves que nous avons dites; quand nous serons bien persuadés que la notion de responsabilité morale absolue est vide pour nous, tout en nous sentant pratiquement responsables devant la conscience, un grand progrès sera accompli. L'antique notion pleine d'incohérences et de contradictions aura disparu, l'idée de justice sera devenue plus pure; mais ni Fénergie de la répression sociale, ni le sentiment de l'obligation morale ne se seront affaiblis.