‹ L'Idee du beau dans la philosophie de Saint Thomas d'Aquin [microform]Chapitre 10 sur 39 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

liE l'unité comme élément du beau.

§ I. Motion et différentes sortes d'unité.

Les plus grandes vérités se distinguent souvent par linis marques glorieuses : co?nmmies et universelles, elles appartiennent à tous les temps et à tous les es- |»rits ; lumineuses, elles portent avec elles leur propre clarté; simples, elles se refusent à la division, à la «léfinition rigoureuse. Parmi ces nobles et primitives i<lées, l'unité occupe une place de choix. Mais à défaut •le la définition logique, une explication peut donner à riiitelligence, sinon à l'objet, une plus grande lumière.

Uuand un être est tellement simple qu'il n'a point •le parties, ou que, s'il en a, elles sont inséparables,

(1) Saint Augustin, De Ord., ii, t.

■ ) L'abbé Mérit, Lettres sur le beau en littérature, lettre 7«.

^^ l'unité,

ou que si elles sont séparahles, elles ne sont point actuellement séparées, mais au contraire étroitement liées ensemble, on «lit que cet être est un. L'unité, prise dans sa signilication la [»lus Kt'nérale, est donc cette propriété en vertu de laipudlc mi être échappe à la division actuelle et. distinct de tout autre, ne se distingue pas de lui-même.

Entendue dans son sens le plus haut, l'unité se confond avec la sinqilicité. Tel est Dieu, qui n'a iii parties ni allrihuls réelh'mnil distincts, et dont la nature est absolument simpU-, parce (|u'il est ahso lument un. Un esprit créé est simjde aussi, mais dune imparfaite sim[dicité; car s'il n'a pas de parties, il a plusieurs l'acullés réellement distinctes. Or, son unité se mesure à sa simplicité. La matii're ellemême n'est pas dépourvue de tcuite unité ; mais la seule unité dont elle jouisse rst eette unité failde el grossière qu'on ne trouve (|in> dans un composé et qui, pour cette raison, a reeu de l'Ecole le nom d'unité de cotnpositiun.

Quelquefois ce ne sont plus seulement <les parties, mais hien des substances qui s'unissent entre elles pour former un seul tout, et alors de \\kiv\\ choses lune : ou bien ces substances sont imcomplètes, prises séparément, et demandent à s'unir pojir marier leurs forces et ne former plus (prune seule substance, un seul être ; ou bien ces substances sont déjà complètes avant de s'unir el gardent, dans leur union, leur être propre et leur individualité. Dans le premier cas, l'union est naturelle el essentielle, comme par

. \emple l'union de l'àme et du corps ; dans le second, elle est seulement accidentelle et artificielle, comme celle qu'on trouve entre plusieurs grains d'un tas de l»lé, entre les différentes pierres dont se compose un édifice.

Celte unité accidentelle ou collective peut, à son iMur, avoir de nombreux degrés, suivant que la force .le cohésion qui |>énètre les parties du composé est plus ou moins puissante. De là l'unité de pri?ici/je ou «le caifse, de fin ou de Ijat, d'espèce et de ge?ire, ilryjace et de temps. L'unité de principe relie tous les enfants d'une même famille; l'unité de fin relie toutes les actions d'un saint qui n'agit que pour la gloire de Dieu ; tous les hommes appartiennent à une seide el même espèce, tous les animaux à un genre iniique. -— Enfin, à la limite la plus extrême de l'unité, III dernier degré de l'échelle, se place l'unité d'espace t'I de temps, en vertu de laquelle se groupent tant liien que mal les événements ou les êtres compris «lans une même époque ou dans un même lieu. C'est, ce semble, bien peu de chose qu'un tel lien, et pourlanl il plaît à notre esprit, et il exerce sur nos impressions, sur nos jugements el plus encore sur l'association de nos idées une influence considérable.

§ IL Rapports de l* unité avec les penchants et les inclinations de notre esprit.

Kanl a donné à l'esprit humain pour objet suprême, 1 unité. Réduire tout à l'unité, telle est la loi qu'il

60 l'unité,

assigne à la raison, la pins haute faculté de l'esprit: loi tout aussi nécessaire ijue de supposer la substance sous les qualités, derrière l'elfe t la cause, après le moyen la lin.

Erronée en ce (ju'elle fait de la raison une faculté a part, distincte de l'intelli^a'nce, l'idée du philosoplie allemand n'en cache pas moins un grand fond île vérité. A tout homnn?, la division, la séparation est pénible, douloureuse même. L'esprit aussi bien que le cœur, la pensée comme l'amour tend à l'unité, vil d'unité. S'il est faible et qu'il ne puisse s'élever jusqu'à l'unité suprême, l'homme cherche au moins l'unité prochaine, Innilé de temps et d'espace, de but, de principe et de cause.

Il a tellement besoin d'unité, qu'à défaut tl'unilé réelle, il place, dans tout ce qu'il saisit, une unilé factice et de son invention. Si vous entendez une suite de sons variés, sans (pu* mjus la variété de sons uîi lien se laisse apercevoir, (jui les raltaciie les uns aux autres, (juelque temps vos oreilles y prennent plaisir, mais an fond votre esprit n'est pas en repos; il cherchera, et s'il faut, il imaginera un principe, un but, un lien commun (fui grou^^e les sons dans quelque unité. On répand sous vos yeux les couleurs les plus dilférentes, les plus opposées; en dépit de l'éblouissement de vos yeux, votre raison proteste

ute la fraîcheur de leur feuillage ; un instant vous ►us intéressez à ce beau feuillage, qui bientôt sera fané et flétri, mais d'instinct votre esprit cherche un bre dont les rameaux aboutissent visiblement à la liu^e commune : si impérieux est le besoin de saisir ns la variété l'ensemble qui la domine et la soutient. Cela est vrai de toute intelligence humaine sans xception. Mais pendant que l'amour de la variété .1 s'atraiblissant avec l'âge et la culture de l'esprit, amour de l'unité, suivant une marche inverse, devient de plus en plus intense et pressant. L'enfant, le eiine homme éprouve avant tout le besoin d'accroître ■ nombn' de ses idées; il les entasse avec avidité; homme mùr a des goûts, des attraits supérieurs; il .' préoccupe davantage de mettre de l'ordre dans ses • •nnaissances, il travaille par tous les moyens à les al tacher entre elles par quelque principe ; les mathéiialiques et la idiilosophie ont ses préférences. A l'as- «u( iation des idées, naturelle à tous, vient s'ajouter amour des classifications, (|ui dévore le savant et le 'liilosophe.

Aristote, à force de génie, ramène tous les êtres,

t'c toutes leurs propriétés réelles ou possibles, à dix

alégories suprêmes et irréductibles ; Albert le Grand,

ançois Bacon, Ampère, vingt autres, cherchent la

leilleure classification des sciences; Descartes veut

elle se sent blessée si elle ne peut découvrir 1 unilel,,,, , . « , , i 'n i i .i i . -

, *^ l'iiftoser a toutes une seule méthode, la méthode algé-

qui tient ensemble ces couleurs éparpillées, (lui lesl,,; . i , « - - i ,,. .

^ . . . , 1 i ' 1 |H(]ue, exiger de toutes une même évidence, lévi-

marie et en tait un seul tout. — On vous montre desii . . »u/ i- '• u • ir-

, ,. , ■•lice mathématique ou métaphysique ; Vico,Lamen-

branches séparées de 1 arbre et conservant encore!,, • ... , • . > i , , .,, . ,.. , .

^ «IIS réduisent a un seul tous les critermms ; Fichte,

62 l'unité,

Schelling, Hegel, Gioberti, Rosmini, croient impos-| sible de constituer la science autrement qu'en la ramenant à un seul principe, à une seule idée, dont ils| espèrent pouvoir tirer à la fois l'ordre idéal et l'ordre réel.

Balmès a consacré une fort belle page à comnienln la doctrine de saint Tbomas, très remarquable sur lu sujet qui nous occupe. On nous saura gré de rapporter ici les propres paroles du pbilosoplie espagnol :|

«Plus une intelligence est élevée, plus le nombre de ses idées décroît, parce cjne celte intelligence d'élite renferme dans un petit nombre d'idées ce que les intelligences d'un degré inférieur distribuent en un nombre plus grand. Ainsi les anges du plus baut degré embrassent, à l'aide de quelques idées seulement, un cercle immense de connaissances. Le nombre des idées va se réduisant dans les intelligences créées, a mesure que ces intelligences se rapprochent du Créateur, et lui, l'Idée par excellence, l'Etre infini, l'Intel ligence infinie, voit tout dans une seule idée, idée simple, unique, immense, idée qui n'est autre que soûl essence même. Quelle sublime théorie î elle accuse] une connaissance admirable des secrets de l'esprit et nous suggère d'innombrables applications relative-| ment aux facultés de l'homme.

» En ellet, les esprits délite ne se distiiKjuent poinl\ par la quantité de leurs idées. Ils n'en possèdeni qu'un petit nombre, dan^ l*^<quelles ils embrassent le monde. L'oiseau des plaines se fatigue à raser la terre: il passe et repasse aux mêmes lieux, ne francliissanl

jamais les sinuosités et les limites de la vallée natale. Laigle, s'élançant dans l'espace, monte, monte tou jours : il ne s'arrête que sur les plus hautes cimes, et (If là, son œil jjerrant contemple les montagnes, les cours des fleuves, les vertes prairies et les riches moissons.

• 11 y a dans toutes les (piestions un point culminant nu se place le génie. De ce faîte, son regard domine et embrasse l'ensemble des choses. S'il n'est pas donné an commun des hommes de s'élever jusque-là d'un premier essor, au moins doivent-ils y tendre sans resse. Les résultats payent l'efTort au centuple. On a |m l'observer, toute question, ou même toute science, se résume eu un petit nombre de principes essentiels, '^"squels tous les autres découlent. Il faut comprendre »es principes; le reste devient simple et facile, et l'on ne s'égare point dans les détails (I). »

§ IH. Rapports de l'unité avec Vêtre et la perfection.

L'unité, si chère à l'esprit humain, serait-elle une aspiration vaine, un rêve brillant, nn concept sans ••l'Jet, sans fondement dans la réalité? Oui, répond nue école moderne fort en honneur, il faut en prendre sou parti : le concept de l'unité appartient peut-être il la logique et à la métaphysique, mais nullement à la physique, à la science de la réalité concrète et vivante. La nature bannit l'unité, elle n'offre à nos re-

1) Art d'arriver au vrai, c. xvi, § 7.

64 l'lmtk,

gards rien autre cjue des faits et des moiiveinenls, ou des groupes de faits ou de mouvements. « Nous pen sons qu'il n'y a ni esprit, ni corps, mais seulement des groupes de mouvements présents ou possildes. et des groupes de pensées présentes ou possibles (1). - 0 L'essence ou nature d'un être est la somme indéfinie de ses [)roi)riétés (^). »

Nulle exception h la thèse, disent avec assurance ces singuliers docteurs. Un corps simple est un agrégat de molécules ou de monades, si vous aimez mieux; un corps mixte, un agrégat de corps simples; une plante, un animal, un ensemble de tissus et de cellules bien disposés. De même pour l'homme : « Il n'y a rien de réel dans le moi, sauf la file de ses événements (3). »

C'est ici (jue saint Thomas est admirable, et qu'avoir un tel guide est une boniu» fortune.

La variété peut élre diminuée, l'intégrité, la p^'n portion et l'éclat peuvent faire défaut; mais ruiiiie. jamais; elle suit l'être, comme étant sa [uemière, sa plus néc(^ssaire et sa plus transcendentale propriété L'être est, dans la mesure où il est un ; et le mêiut princi[K' (|ui lui donne l'être, lui donne en menu temps riinité. L'un rentre dans l'être : Viumi ronvpttitur Limi ente. IJnumquodqup, in quantum r6l, // tantum est unum (4). — Aussi longtemps que dun

(1) Taine, le Positivisme miolais, p. lu.

(2) Stuart Mill, dans Taine, op. cit., p. 31-:3<).

(3) Taine, de l'Intelligence, p. 9.

(4) 1» , q. 103, a. 3, c. et xi, a. 1, c.

unité, l'être se conserve, mais il faiblit et périt tout Il fait quand elle se relAche ou vient à disparaître. Voilà pourquoi tout être veille sur son unité, l'aime lot la défend comme son bien, comme la condition même de son existence. Voilà pourquoi il s'oppose, ilans la mesure de ses forces, à toute division, car il sent que toi»t ce qui attente à son unité, attente à son .'Ire (1).

D'où il suit qu'il n'y a et ne peut y avoir rien au monde qui, dans une certaine mesure, ne participe à la vertu de l'unité, qu'il soit simple ou composé, MMil, collectif ou multiple.

Kcoutez encore saint Thomas : « Tout ce qui a I être est simple ou composé. Ce qui est simple est inlivis [f'ndirisfffH) en acte et en puissance. Ce qui est omposé n'existe pas lant que ses parties sont séparées, mais seulement quand elles sont unies et que j»ar leur union elles forment et constituent le composé lui-même. D'où il est évident que l'être de haque chose consiste dans l'indivision ou l'u- 'lité (2). »

\i) '« rnitas pertinet ad rationem bonitatis, ut probat Boètius per hoc quod sicut omnia desiderant bonum, ita desiderant -uam unitatem, sine qua esse non possunt... unde videmus luod res répugnant sua» divisioni, quantum possunt, et quod lissolutio uniuscujusque rei provenit ex defectu illius rei... Et nde est quod unumquodque sicut custodit suum esse, ita cuslodit suam unitatem » (I* , q. 11, a 1, c.)

(2) « Omne ens aut est simplex, aut compositum. Quod autem est simplex, est indivisum et actu et potentia. Quod autem 'îst compositum, non habet esse, quamdiu partes ejus sunt Hvisap, sed postquam conveniunt et componunt ipsum compo-

66 l'unité,

« La multitude elle-mome ne serait pas dans l'ètn si elle n'était pas en quelcjue façon dans l'unité. i\a\ comme le dit saint Denis, « il n'y a pas de pluralité qi ne soit une par quelque endroit ; ce (jui est multipl en ses parties est un dans sa totalité ; ce qui est mn tiple en ses accidents est un dans sa substance ; ce qui est multiple dans le nombre de ses individus est un par l'espèce; ce qui est niulti|)le en ses espèces est un par le ^^enre; ce qui est multipb; dans les efTets est un dans la cause (1). »

('ette doctrine est métapbysi(pie et abstraite; allons plus loin, et, avec nos adversaires, entrons dans lo domaine de la réalité où se meuvent les individus • f sans entrer ici dans aucune polémique, montrons comment, d'après saint Tliomas, et en vertu du mémo principe, tout être jouit d'une unité véritable, d'une unité substantielle, et non pas seulement accidentelle ou nominale.

Une difficulté se présente,, au premier abord insurmontable ; comment croire à l'unité réelle des êtres, en présence de l'incroyable multiplicité des parties dont ils se composent, de rélonuanle vaiiélé qui éclate de toute part?

Prise en soi, l'objection est générale; elle atteint non seulement tous les êtres composés, depuis l'atome jusqu'à l'homme, mais tout esprit créé, l'ange lui-même. Car l'ange aussi a [dusieurs attributs dis-

situm. L'nde raanirestum est quod esse uniuscujusque rei consistit in indivisione. »» (Ibid.) (1) Loc. cit. sup., ad 2.

incls et divers, plusieurs facultés, plusieurs opéraions. Serions-nous ici en présence d'une antinomie le la nature, ou quelque mystérieuse puissance s'ofrira-t-elle à nous pour explicpier l'accord de l'un et lu multiple, dans le même sujet?

Eh bien, cette puissance existe, et elle résout la (|neslion d'une manière uniforme et absolue. C'est <lans chaque être run/tn de substance, de principe et ib^ but. Si nous la supposons (et notre hypothèse sera bientôt justifiée), les parties d'un corps (nous parlons des corps homoriènes, et non des simples acjré- <jnls\, comme les puissances et les opérations d'un •'sprit, ne sont point des substances, mais de simples propriétés d'une substance unique qui les reçoit en •'lie et leur sert de sujet. De plus, tout composé matériel, étant mixte de sa nature, possède un double principe essentiel, l'un destiné à expliquer l'étendue, la multiplicité; l'autre destiné à engendrer la force, les propriétés actives, et à placer l'être dans une es- IM'ce ou catégorie déterminée. Or, ce qui fait l'unité <i«' l'être composé, nonobstant ses parties, c'est que le principe matériel reçoit son être et sa spécification •In principe simple, de la forme qui, dans la plante, I -mimai et l'homme, prend le nom d'àme. Cette l'Tme ou cette Ame est multiple dans ses facultés, une dans sa substance ou essence.

Par là, vous avez l'unité de principe, puisque •m tes les puissances dérivent de la même source, de 1 Ame, de la forme. Par exemple, la forme, dans le minéral, est la source de toutes les propriétés physi-

co-chimiqiies ; ràme,dans le végétal, est la source (h\ ces mêmes propriétés en même temps que des propriétés végétatives; dans l'animal, les phénomènes! de la sensation, de la vie et des forces physiques, dans l'homme, ces actions inférieures jointes à celles] de la vie intellectuelle, ont pareillement leur principej dans une seule et même Ame. C'est ainsi que l'élément simple, en informant l'élément matériel, lui communique son être et quelque chose de sa vertu^j le pénètre de toute part, et ramène à l'unité la diversité des [»arties et des attributs.

Il n'y a dans chaque individu qu'une seule forme ou entéirrhie substantielle, comme parle Leihnitz, une seule Ame, s'il s'agit des vivants, parce qu'une seule est à la fois nécessaire et suffisante pour rendre compte de toutes les pro[>rié|és de l'être. Rien d'éton-l nant qu'une forme supérieure, l'Ame raisonnable parj exemple, renqdisse, au moyen de plusieurs puissances, les fonctions. des formes inférieures; car m sa qualité de forme supérieure, elle doit posséder en soi toute la vertu des formes inférieures.

Il ne nous manque i)lus que l'unité de but, bien in férieiire, du reste, à l'unité de substance et de principe. Mais l'expérience, la science elle-même la constate au sein de tous les êtres composés, particulièrement dans l'ordre organique. Sans doute, cliaqii. faculté a un objet propre, une fonction spéciale, une fin particulière à poursuivre; autre, par exemple, est l'opération de la volonté, autre celle de l'inlelligence, de la sensation, de la passion, de la généra-

ÉLKMKXT nu BEAI'. Qf)

lion, de la nutrition, etc.. Mais regardez-les de près,

rospuissancesnombreusessontsubordonnéeslesunes aux autres, elles s'enlr'aident dans leurs opérations [Mopres, et une force ceiiln/ie les dirige toutes, les fait toutes converger vers un effet total commim'.

Les belles remarques de Claude Bernard sur la force qui préside à la vie végétative s'appliquent rlans im sens plus élevé et plus vrai à la vie sensitive r't à la vie intellectuelle : u II y a comme un dessin vi- I al qui trace le plan de chaque être et de chaque or- ^^me, en sorte que, si, considéré isolément, chaque phénomène de l'organisme est tributaire des forces irénérales de la nature, pris dans leur succession et <lans leur ensemble, ils paraissent tous révéler un li^'ii spécial; ils semblent dirigés par quelque condiliou invisible dans la route qu'ils suivent, dans I "l'Ire (|ui les enchaîne. Ainsi, les actions chimiques <vnthétiques de l'organisation et de la nutrition se

nianifestent comme si elles étaient dominées par une force inqiulsive gouvernant la matière, faisant une ' i'imie appropriée à un but, et mettant en présence i'^s réactifs aveugles des laboratoires, à la manière du ' lîimiste lui-même (1). »

Tout cela est admirable : ce travail d'ensemble et ♦1 ordre de finalité, ce dessein qui éclate au milieu i une si grande variété de parties, d'organes, de fonc- »ions et d'opérations, qui partout subordonne l'accessoire au principal, et, sans rien violenter, pousse et

(Il

La Science expérimentale; définit, de la vie, p. 207 et suiv.

L rNITK.

dirige tout un monde de détails vers un l)ut commun, fournit une preuve sensilde en faveur de l'unité dp| principe et de substance.

Nous voilfi ramenés, par la force de l'expérience, àl cette vérité de raison pure si nettement formulée par saint Tliomas : a Ciiaque être tire du même prin-| cipe et son être et son unité, car l'unité suit l'être.: Mais cha([ue être est ce qu'il est en vertu de sa forme:} il est donc un aussi par le même principe (1). »

D'où cette autre conséquence, également établif sur l'expérience et sur la raison : plus un être est par fait, c'est-à-dire, plus sa forme est puissante et dégagée de la matière, plus elle domine les parties et les détails, plus elle fait prévaloir la fin commune sur les fins particulières, plus, en un mot, elle donne de l'u nité à l'être. Aussi l'imité est-elle beaucoup plus écla tante dans l'bomme que dans l'animal, dans l'animal que dans la plante, dans la plante que dans le minéral

§ IV. Influence directe de Vunitc sur le beau.

L'essence même du beau, a dit saint Augustin c'est l'unité. Omnis porro pukhritudhiis fonn imitas est (2). Sous une forme exagérée, cette paroi, célèbre renferme une des vérités les plus important! en eslbétique.

Jusqu'ici nous ne connaissons guère que les él< menls matériels du beau : la variété, l'intégrité et la

(1) Conl. Cent., ii, 58.

(2) Epht. 18.

[pi oportion, cette dernière pourtantplus immatérielle, [.lus idéale que les deux premières. Il faut chercher I davantage et trouver la forme du beau. L'évoque (1 Hippone la met dans l'unité.

C'est la fonction de la forme, nous l'avons vu déjà, d'actuer, de pénétrer la matière, et d'unir entre elles les différentes parties, de manière à composer un tout Icuinplet appartenant à une espèce déterminée. Tel est aussi, en esthétique, le rôle propre de l'unité. Sans elle rien ne s'explique, ni la variété, ni la proportion, ni Iharmunie ; je vois bien des parties nombreuses, placées les unes auprès des autres, mais je ne vois rien qui les assemble et surtout qui maintienne l'ordre une fois établi. L'ordre en effet suppose une idée maîtresse, un principe dont on tienne compte et <l'après lequel on se dirige, dans le groupement des parties. Puis ce groupement une fois établi, non sans peine, il faut le maintenir et le faire durer; 1 faut trouver une force centrale, supérieure aux furces locales, qui agissent sur les différents points •lu tout et ne tendent qu'à éparpiller, à diviser les •arties; une force commune et puissante, capable I imposer et de faire exécuter ses injonctions aux 'iiiombrables forces particuhères, toujours disposées ' l'indiscipline et à la révolte. Qu'on ne s'y trompe i'as, autant il y a de parties dans un corps, d'accients dans une substance, de facultés dans un indi- ^ idu, autant il y a de causes permanentes de division, le petits pouvoirs locaux, qui ne peuvent être retenus iius l'ordre et l'unité que par la surveiUance cons-

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