‹ L'Idee du beau dans la philosophie de Saint Thomas d'Aquin [microform]Chapitre 16 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Aussitôt que nolro Ame a reconnu le beau, elle le sent^ elle le goûte, dans une joie intime et délicieuse. Cependant le sentiment n est pas le principal phénomène de l'àme en face de la beauté. Dans cet étal. elle coiitonplf plus encore cpielle ne snit : Pulvhnm respicit vim cofjnoscUivam; le sentiment n'est qu Hue conséquence, un effet.

Mais, tout edet (pi'il est, il vaut la peine d'élro connu, il mérite d'être analysé avec soin. Pour plusieurs, l'effet otfre plus d'intérêt (jue la cause, le sen timent a plus de charmes que la connaissance. Pour tous, le beau doit certainement une grande partie du prestige (pii l'environne à l'émotion délicieuse qu'il a le secret d'évt»iller en notre ame. — D'autre pari. si de l'effet il est permis de remonter à la cause, le sentiment du beau, attentivement étudié, nous fournira peut-être de nouvelles lumières sur le beau lui même.

Pour apporter en un si délicat sujet toute la pr«* cision désirable, il faudra, en premier lieu, démêler le sentiment du beau des autres sentiments avec lesquels on serait [dus exposé à le confondre : ensuite, analyser les caractères positifs qui le distinguent :

en un mot, dire d'abord ce qu'il n'est pas, puis ce cv (pi'il est.

:; I. le sentiment esthétique distingué de tout ce qui

n'est pas lui.

Oiiaud Victor Hugo décrit la pieuvre, il la compare 1 tons les animaux de la création, afin de faire voir (jiielle diffère de chacun d'eux. Nous n'imiterons jMiint l'Auteur des Travaillnirs do la mer, à propos (lu sentiment esthétique; cela nous mènerait trop l.'iii, car il est des sentiments assez éloignés du senlinn'iit du beau, pour (jue personne ne soit porté à l«s confondre. — Même nous irons moins loin que M. Cil. Lévêque, et nous ne chercherons point les .lifférences (jui séparent le sentiment du beau, de I ôiroïsme, des affections de la famille, de l'amitié, de Ininour de la patrie...

l/école de la sensation, il fallait s'y attendre, ramène le sentiment du beau soit au bien-être pronnV' par XutUPy soit à la délectation produite par \(i(ir(''able,

î»i<'n n'est jdus contraire aux faits de l'Ame les mieux 'tablis. Que de choses utiles qui ne produisent en "•^'iis aucune émotion esthétique, et que de choses "iiililos (|ui émeuvent puissamment! — L'utile est avant tout plu/siquo; il a pour objet de répondre à un iM^soin : le sentiment esthétique, au contraire, est l^nt à fait désintéressé (1). — Souvent même, la dif-

'')" L'homme dans l'amitié, doit sympathiser avec son amf.

férence entre ces doux iiiqnessions va si loin quel se change en lutte ouverte. Artiste ou simple voyageur, je passe devant un champ de hlé, couronn' d'épis et doucement agité par la vent; une secivh émotion me gagne, je m'anvle pour jouir à mon aise d'un si charmant taideau. Le propriétaire aviiK. ou le cultivateur hesoigneux s'arrélera aussi, non pas pour contempler, mais [)our compter d'avance les produits de son champ : où est la heauté des épis à ses yeux, et y a-t-il seulement place dans son Ame pour la plus petite pensée esthétique?

En résumé, le heau et l'utile j>euvenl èlre sépares, ils le sont en effet le plus souvent. Leur arrive-t-il par hasard de se rencontrer dans le même ohjet? Cet ohjet (hi moins ne sera pas ulih' et heau sous le même aspect, mais seulement sous des points de vn<' différents.

Saint Cyrille d'Alexandrie rap|)orte un apologue qui vient hien à notre suj(;l. Le figuier reprochait un jour au lis et à la rose de ne pas contrihuer à h nourriture de l'homme ; ils répli(pièrent : notre fruit à nous, c'est notre fleur.

Bien que plus voisin du heau, l'agréahle ne s en distingue pas moins notaidement. L'un a cela de commun avec l'autre qu'il agit sur la partie sensible

sans s'informer s'il peut lui servir; il doit l'aimer sans réfléchi: si cet ami peut ou non lui devenir utile, car il n'y a plus damitié, là où Ton calcule l'utilité d'un ami. Voilà l'opinion da sens commun. Plus d'ami si nous savons que faire de notre ami. ramitié s'évanouit dans l'utilité. >- (Jouffroy, Cours d'Estfui p. 37, 243.) La beauté est une fleur aussi délicate que l'amiiie

(^(^- notre être ; mais celui-là remue de préférence la sensihilité physique, tandis que celui-ci s'adresse directement et premièrement à la sensihilité morale. — l/agréalile touche souvent de bien près à la grossière sensualité; la volupté, pour être impure, n'en natte pas moins agréablement les sens, tandis qu'elle met en fuite et l'idée et le sentiment du heau. — D'ailleurs, n'accordons-nous pas une égale heauté à «les objets qui produisent sur les sens une impression toute différente ?

Knfm, il n'est aucun de nos sens qui ne puisse nous lu-ocurer des sensations agréables, et deux seulement, la vue et l'ouïe, font arriver la beauté jusqu'à uutre àme. Une bonne odeur flatte agréablement mon odorat, et je ne lui trouve aucune ombre de iMMulé. L'agréable allume les feux du désir, aiguise l appétit, le porte à convoiter et au besoin à profaner son objet; j'admire le beau, mais je me contente de le regarder; sa vue me suffit : une prairie est un '\nii\ spectacle à mes yeux ; la mer immense, le ciel 'toile me ravissent, sans que je songe à les posséder.

11 y a donc une différence marquée, il peut même y ■ivoir opposition entre l'agréable et le beau, soit qu'on les considère en eux-mêmes, soit qu'on envisage Hiiquession (ju'ils produisent sur nous. Arrive-t-il 'Il beau d'être agréable? Il n'est pas beau parce '(iiil est agréable, mais il est agréable parce qu'il »'st heau.

be sentiment du beau a beaucoup plus de ressem-

blence et d'affinité avec celui du vrai et du bien, non pas cependant au point de se confondre avec Tun ou l'autre.

Comme le sentiment du vrai, le sentiment du l>eau est fils de la connaissance. Mais toute vérité ne int' semlile pas belle, n'excite pas en moi réinolion esthétique. Quoi de plus vrai que le principe d'identité : ce qui est, est; ou cet axiome d'aritlnnéli(iiie : deux et deux font (juatre? Certes, je souscris sans peine à riin et à l'autre, mais ils me laissent froid «f indifférent. — De plus, le vrai, pris m soi, ne dit rien à mes sens; il n'a d'attrait ([ue pour l'austère raison. Le beau est plus humain, plus voisin (h» la sensation: l'imagination, aussi bien que res[»rit. trouve en lui son aliment.

De même pour le bien, qui n'est cher cpi'à la seule volonté. Souvent, il est vrai, le bien nous émeut, et même plus profondément (pie le beau ; mais souvent aussi il n'excite point notre admiration, ni aucun sentiment un peu vif. Un ouvrier a travaillé pour vous; vous lui payez le salaire convenu ; cela est juste. Mais je ne puis ni admirer ni applaudir. Vous donnez aux pauvres une partie de votre superflu ; voilà qui est déjà mieux : vous avez droit à mon estime, mais non pas encore à mon admiration. Votre action est bonne. elle n'est pas encore belle. La pièce de vingt francs que vous venez de donner brille moins à mes yeux que le denier de la veuve mis sans hésiter dans la main d'un plus pauvre qu'elle. Vos deux actions sont conformes à l'ordre, mais pour m'émouvoir esthéti-

((îioment, il leur manque quelque chose : où en est la Lrrandeur (1)?

§ II. Caractères positifs du sentiment esthétique.

I.e sentiment est infiniment au-dessus de la passion, même honnête et légitime. Celle-ci afTecte l'app.'lit sensible, agit, quelquefois même violemment, sur les organes, et se porte vers un objet perçu par les sens. Celui-là s'adresse à la partie supérieure, à la |>'ulie spirituelle de notre être; en soi, il n'agit pas sur les organes, et lorsqu'il les touche, ce n'est que |»ar contre-coup, à cause de l'intime union de l'àme avec le corps. Enfin, son objet n'est point le sensible, mais rintelligilde, l'immatériel, et pour tout dire en iiii mot, la passion est fille de la sensation, le sentiiiH'iit est fils de r?r//:>^.

Si maintenant il fafiait résumer dans une proposition les difTérents caractères qui distinguent le sentiment esthéti(|ue, nous dirions qu'il est élevé, désint'''ressé, déhcieux, profond, ordonné, complet, actif, 'I"'il est fait d'amour et de respect.

<ii Le passage suivant de S. Amhroise contient un heureux rapprochement entre le beau et le bien : « Ut conemur aliquid eni.'re distinctionis (inter honestum et pulchnim) honestas vdut hona valetudo est. et quœdam salubritas corporis; decus autom tanquam'venustas'etpulchritudo. Sicut ergo pulchritudo sup.T salubritatem ac valetudinem videtur excellere, et tamen sino his esse non potest, neque uUo separari modo, quoniam nisi bona valetudo sit, pulchritudo etiam ac venustas non poe"^t esse... Virente igitur substantiâ virtutis, décorum illud anquam flos emicat, quia radix salva est. >» (De ofliciis ministrorum, 1. I, c. 45.)

Élevé, comment ne le serait-il pas, venant dim objet placé à une si ^^rande dislance de la basse sphère où s'agitent les <Hres vulj^Min'S et médiocres, d'un objet non seulement parfait en son jj^enre, mais d'une perfection l'clalanle, resplendissanle?

Désifitf'rpssé, parce (jue, si le beau [nocure à l'ûino humaine une grande et vive jouissance, ce n'est poini une jouissance égoïste, le contentement du bien-éln\ lo plaisir de l'ulile, ni même de l'agréable; c'est uiir joie qui nous porte non pas à nous rechercher noii^ mêmes, mais au contraire à sortir <le nous-mémo, à nous élever au-dessus de nous-mêmes, à nous oublier nous-mêmes, pour ncuis livrer uniquement à l;i contemplation de l'objet admiré. <* Voilà pourquoi, dit Hegel, la contemidatiou du beau est quel(|in' chose de lihrral; elle laisse l'objet se conserver dans son existence libre et iii(lep(;ndanle. Le sujet qui rnn tenqde n'éprouve lui-même aucun besoin de le jm» séder et de s'en servir (1). »

L'amour de l'utile est égoïste et solitaire ; l'amom du beau est expansif et généreux ; il recherche la sympatbie, il s'augmente en se [lartageant. Poui admirer nous n'avons pas besoin de posséder, ni surtout d'empêcher les autres d'admirer avec nous

Seiilhntnil profond t^ifltimôir, autant (|ue délicipuj.

(l) Ch. Bénard, Esthétique de llégel. t. I. p. 87 et suiv. In poète allemand a bien exprimé le désintéressement de l'amour de la beauté, lorsqu'à l'aspect de la sainte Cécile, peinte par Hi phaël, il sVst écrié : <> Que, dùt-on être soi-même anéanti, on n'en souhaiterait pas moins l'éternelle durée de ce chef-d'œuvre, «ioëthe. Mémoires sur sa vie.

Si lol.jet est simplcmenl joli, c'est la délectation qui .lomine; s'il est beau, l'c^motion est plus intérieure l.l.is praïKle et plus forte ; mais si au lieu d'être siml.l.'ineut beau, il s'éline .j.is(,u'au sublime, il accable ii"li<" nature pbysique, remue, transporte uofre naline morale, il produit une de ces impressions qui ne s'ciriirent jamais.

la sensation peut rire 1res vive, parfois même plus vivi- que le sentiment, mais elle ne dure guère au •Mh d'un momcnl, peu à peu elle s'afTaiblit, fait place il une sensation contraire ou nouvelle, et ne nous laisse qu'un vague souvenir. C'est que la sensation alors même .nielle ..braide les nerfs, ne fait (,uefll'Mirer l'Ame; le plaisir qui la suit est aussi mobile, aussi éphémère qu'elle-même et que son objet. Le sentiment au contraire r<>pose .sur un fondement sHiide, sur la claire vue de l'immatériel; il pénètre .iii^^qu'au fond de l'àme, de cette partie intime de notre être qui est d'autant moins cbangeanto qu'elle 'Si plus spirituelle. Jamais je n'oublierai tel mot de ri>nture, tel vers de l'Iliade et de l'Enéide ; jamais je nr cesserai de sentir au dedans de moi-même la beauté 'l'' l«>l dévouement héroïque dont j'ai été le témoin. \ons diriez que le sentiment esthétique participe à l"iiles les qualités de son objet. Si vif, si délicieux, si i'i'ofon.l, si grand (|u'il soit, il demeure calme, tran- V'ill'', mesuré. Trop souvent, la passion apporte avec ^■llf le tumulte, le trouble et le désordre ; l'émotion '•sibélique laisse à notre âme la conscience et la l'iHne possession d'elle-même. Le beau, c'est l'ordre,

la mesure, l'harmonie ; le sentiment du beau, c'est le bonheur de contempler la tranquille et sereine ma jesté de l'ordre. Loin donc de nous agiter ou d'excilor en nous une impression désordonnée et violente, la vue du beau aurait plutôt la secrète vertu d'apaiser notre Ame et de nous porter à mettre dans tous ln)^ actes (pielque chose de la perfecti(»n, de lliarmonie. de la mesure de l'objet admiré. La beauté, au moment même où elle est le plus vivement sentie, n'altère en rien la pureté du regard, elle léclaire plutôt, et la raison éveillée et illuminée reste de moitié et même de i)lus de moitié dans tout le phénomène.

Le sentiment du beau est cn?tiph't, plus complet même qu'aucun autre sentiment, parce qu'il affecte à la fois la partie sensible et la |)artie intellectuelle, l'imagination et la raison. Pour ce motif, on peut distinguer dans l'émotion estli«''tiqu«' une double émotion : l'une inférieure et sensible, l'autre supérieure et spirituelle, l'une et l'autre très vives, venant d'un seul et même objet, mais envisagé sous plusieurs aspects. Toutefois dans le sujet sentant connue dans l'objet senti, le moins noble est subordonné au pins noble, l'inférieur au supérieur, l'image à l'idée, le plaisir sensible au plaisir intellectuel. Voilà comment, une fois encore, en même temps qu'il échauffe, exalte et dilate l'àme tout entière, le sentiment du beau demeure dans la règle, la proportion et Iharmonie.

Mais gardez-vous de croire qu'il reste oisif et inac- ///et qu'il ne fasse que plonger l'àme dans une sorte de jouissance molle et passive. C'est une opinion très

erronée de la philosophie moderne de placer dans l'intelligence, la volonté et la faculté motrice, toute lactivité humaine et de n'en accorder aucune part à la sensibilité. L'expérience aussi bien que la raison dément une hypothèse si contraire à la dignité de la partie sensible, et condamne cette chimère étrange (Inné faculté purement passive et inerte. Non, rien n est inerte, rien n'est oisif, ni dans la nature, ni' dans riKunme ; tout être, toute faculté a un rôle quelconque à jouer, une mission à remplir, une fm à atteindre. Sans agir, on ne tend à rien, on n'aboutit à rien. — Tnns les êtres, toutes les puissances, il est vrai, n'agissent point de la même façon ni au même degré : les facultés matérielles, organiques, agissent moins (jne les facultés spirituelles; et parmi ces dernières, le sentiment renferme moins d'action que l'idée! Néanmoins, le sentiment lui-même est un acte de 1 anie, un acte vital. L'imagination, la raison, aussitôt «jnelle a reçu l'impression de la beauté, se tourne vers elle, la regarde et la sent, c'est-à-dire la goûte, la savoure. Notre Ame donc, bien loin de se tenir, en présence du beau, dans l'attitude passive de l'indiirélonce, exerce doublement son activité: aux avances de l'objet elle répond par son regard et par son amour, r-ependant l'amour du beau n'a rien de profane, rien de sensuel: c'est une affection toute pure (1), où •lominent Vadmiration et le respect. Nous aimons et

(1) « Visio corporalis est principium amoris sensitivi, et simimer contemplatio spiritualis pulctiritudinis est principium amons spiritualis. ,> (S. Thomas, 1« 2». q. xxvn. a. 1, c )

nu BEAU.

recherchons sa présence, comme nous recherchons la présence de loiit objet aimé; mais ce n'est point pour aller jusqu'au toucher, jusqu'à la familiaril c'est seulement pour le voir de plus près, le contempler plus à notre aise, alin de le connaître et de l'adxnirer davantage.

Cet amour que nous [sortons à la heauté ne duil pas nous induire en erreur sur le véritable caractère du sentiment esthétique. L'amour proprement «lil vient de l'appétit et il a U) bien pour objet ; c'i'>.l ainsi (ju'on distingue Tamour de [>assion et l'amour de volonté ou de cœur. Mais on peut le détourner de cette acception rigoureuse et le prendre dans un sens plus large, consacré à la fois i)ar l'usagt^ et par la logique. Dans son fond, l'amour ne désigne qu'une chose, un penchant, une inclination plus ou moin^ forte qui nous porte vers un objet quelconque. En ce sens, chaque l'acuité aime son objet et son acte, parce que, pour chaque faculté, son acte, son objet est un bien. Voilà pourquoi on dit l'amour du vrai, du beau, comme on dit l'amour du bien. Mais l'amour du beau est du même ordre que l'amour du vrai, tandis (pi'il se distingue essentiellement de l'amour du bien, entendu au sens rigoureux ; c'est un amour de connaissance^ de contenq)lation, et non pas un amour d'appétit : Pulchra dicunliir quœ visa placent, Le beau, dit encore saint Thomas, ne se présente comme désirable qu'autant qu'il se présente sous l'aspect du bien, in quaïitum induit rationem boni\ à ce poiul de vue, le vrai lui aussi est désirable: mais sa raison

IHopre, c'est la splendeur : Sed secimdum rationem pntpriam, habet daritatem (1).

Distinguer n^est pas séparer. Si le sentiment esthéii.|iM' n'appartient pas en propre à l'appétit, même ralionnel, c'est-à-dire à la volonté, il lui appartient dans un sens réel, quoique secondaire et indirect. L'angélifjue Docteur professe une doctrine admirable sur les liens étroits qui unissent les autres puissances de l'àme avec la volonté. Cehe-ci a pour objet le bien en général, taiulis que chaque puissance a pour objet sa perfection propre, sorte de bien particuher, corn- |.ris comme tel dans le bien universel. A ce point de Ml.', le vrai lui-même, ol)jet propre et perfection naturelle de l'inlelligence, est conq)ris sous le bien Kvuéral comme un bien i^arliculier. Pour cette raison nous désirons par la volonté non seulement ce qui appartient directement à la volonté, mais encore ce 'pn appartient aux autres puissances, ce qui intéresse toutes les parties de notre être. Ainsi la volonté s'int'Tesse au beau, comme elle s'intéresse au vrai ; elle ;qt''ouve que nous le recherchions et que saconnais- ^au(•e nous cause une jouissance intime, car elle n'a '!<' repos que lorsque chaque puissance de Tàme est liurvenue à sa hn propre (â).

ij In m. I ^ent., dist. .31.

i '< Bonura in communi est objectum voluntatis- et ideo pt ac parte voluntas movet alias potentias animœ ad suc âctus Nam Unes et perfect.ones omnium aliarum potentiarum com-

ona. > l» 2«, q. 9, a. l, c. - « ïps„m verura, nuod e^t oer- |icct.u mlellectûs, continetur suh universali bono. ut quoddam

Faisons sur le beau subjectif une dernière remarque. Le beau objectif, on s'en souvient, a ses conditioi^s, ses lois nécessaires, sans lesquelles il n'est pas; pareillement le beau subjectif a ses conditions et ses lois, sans lesquelles il n'est ni senti ni perçu. Ces dispositions ou ces lois se rapportent les unes à la connaissance, les autres au sentiment.

Le beau est senti dans la mesure où il est connu el apprécié ; et il est connu et apprécié dans la mesure où sont développées les deux grandes facultés esthétiques, c'est-à-dire l'imagination et la raison. On a du reste observé que les hommes doués d'une belle imagination sont aussi les mieux doués pour les émotions de l'ordre esthétique.

Quant à la raison, nous lui avons attribué la meilleure part, nous en avons fait le juge suprême du beau. Tout ce qui ajoutera à son élévation et à sa puissance ajoutera, dans la même mesure, à sa farihté pour atteindre le sommet et Tessence des choses, les principes suprêmes, l'invisible idéal; et tout ce

bonum particulare. " Ib.. ad 3. — « Quœlibet potontia comparatur ad aliquod bonum sibi conveniens. sicut visus ad perceptionem coloris, et intellectus ad cognitioncm veri. Et ideo voluntas per modum agentis movet omnes anima? potentiasad suos actus. priPter vires naturales vegftativtT partis, qutE nostro arbitpio non subduntur. » 1* , q. 82, a. 4, c. — « Non enim per voluntatem appetimus solum ea qu.p pertinent ad potentiam voluntatis, sed etiam ea quœ pertinent ad singulas potenlias et ad totum hominem. »> 1»2», q. 10, a. 1. c. — « Perfectio eujuslibet potentitTî, in quantum est quoddam bonum, pcrlinet ad appetitivam ; propler «juod appetitiva potentiamovet alias ad suos fines, et ipsa consequiiur finem, quando quœlibet aliarum peptingit ad flnem. »• l* 2*, q. II. a. 1. ad. 2.

(|ui ajoutera h la finesse, à la délicatesse de son tact, ajoutera aussi à son habileté pour apprécier les moindres détails aussi bien que l'ensemble, pour juixov de l'exécution aussi bien que de la conception. Ce que le beau demande par-dessus tout, afm d'être stMili et goûté, ce sont les dispositions ??îora/es : un roirard élevé au-dessus de la matière, détaché de rutile, un cœur libre et pur. Les hommes qui savent observer se sont joints aux grands mvstiques pour regarder la pureté du cœur comme une des sources de la lumière de l'esprit, et les plaisirs de la chair comme les plus mortels ennemis de la raison et du

jgoùt : Stiiltitia, quœ est peccatum, est filia luxur/.v il). « La lumière de la beauté perce malaisément

pepais bandeau de l'ignorance; elle vient s'amortir dans les vapeurs de la corruption, comme l'éclat du

Ijour dans un brouillard d'hiver... Les âmes où elle se

jconiplaît, ce sont les âmes pures et jeunes, ou celles 'INI, malgré les années, ont su conserver leur jeu-

[uesse et leur pureté (2). »

l/axiome de l'école trouve ici son application la

|l'liis juste : Siinile simili cofjnoscitur. Et comme •lisait Plotin : L'âme ne reconnaît point le beau, si /

|(i abord elle ne devient belle.

(2) Lévôque, op. cit., t. I, Ire part., ch. iv. Platon a soutenu que intelligible ne saurait resplendir à rœil de l'intellicence

Il n'est éclairé de la lumière du bien : . Ce que le soleil '^^ pns la sphère visible par rapport à la vue et aux objet« ridée

te" ?:L':;?^ ^ '^\':^ inteuectuelle, par rapport i\\ll lUatnte et aux objets intelligibles. » Rêp,, c. vi, p. 294.

[fil 'si

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