‹ L'Idee du beau dans la philosophie de Saint Thomas d'Aquin [microform]Chapitre 28 sur 39 · LE JOLI, LE BKAU ET LE SUBLIME · texte numérisé non relu

LE JOLI, LE BKAU ET LE SUBLIME

et (l'abattre notre petitesse sous le poids de sa grandeur, mais il ne cesserait pas d'être ce qu'il est, grand, admirable, divin, c'est-à-dire sublime; car, au fond, là est toute son essence : le reste lui est accidentel sinon étranger.

Les faits non plus ne viennent pas confirmer la théorie de l'auteur. 11 n'est pas vrai « que le sublime décroisse et peu à peu cède la place au beau, à proportion que nous dissipons les nuages dont s'enveloppent les lois du inonde et que nous perçons les mystères de la création. » La surprise décroît peutêtre, dans une certaine mesure, mais nullement l'admiration de la nature et de son libéral et magnifique auteur. Les cieux nous paraissent bien plus sublimes depuis les récentes découvertes de l'astronomie, et les infiniment petits bien plus admirables depuis que le microscope a pu compter un plus grand nombre de leurs innombrables parties.

Mais il en est du sul)lime comme des meilleures choses : l'artiste doit prendre garde d'en abuser. Dieu lui-même n'en a point abusé dans son œuvre; le l)cau occupe dans le monde une plus grande place que le sublime. — Fiit-il sur de l'atteindre toujours en le cherchant et de l'emporter d'emblée et comme d'assaut, l'artiste ne devrait pas le tenter, dans l'intérêt même de son art ; les éclairs continus auraient bien vite ébloui nos faibles yeux. Viser toujours au beau, afin de l'atteindre souvent, et, s'il se peut, atteindre quelquefois jusqu'au sublime, c'est^beaucoup et c'est assez.

LE LAID ET LE RIDICULE

Avec ce bons sens et cette finesse qui l'accompagnent toujours, Horace a signalé deux écueils :

Serpit humi tutus nimium timidusque procellae,

Professus grandiaijturget;

Aut. dum vitat humum. nubes et inania captet. Si paulum a summo decessit, vergit ad imum (1).

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