‹ L'Idee du beau dans la philosophie de Saint Thomas d'Aquin [microform]Chapitre 29 sur 39 · LE LAIT · texte numérisé non relu

LE LAIT

lois de l'esthétique. Il implique Tidoe d'un «''tre (jui manque d'une beauté convenable à sa nature, d'une beauté qu'il devrait avoir, carentia pukJiritiidinis dehitœ, pour rappeler la définition si connue que saint Thomas a donnée du mal.

Ainsi, le lis n'est point laid pour n'avoir pas la beauté de la rose, mais pour n'avoir pas la beauté du lis; et riiomme n'est point laid pour n'avoir pas la beauté de l'ange, mais pour n'avoir pas la beauté do l'homme.

Nous disions que le beau se compose de cinq éléments nécessaires : la variété, l'intégrité, la proportion, l'unité et l'éclat de la forme. La laideur consistera donc dans le manque d'un ou de plusieurs de ces éléments, et elle sera d'autant plus choquante, que le défaut sera plus sensible ou qu'il s'étendra ù un plus grand nombre de propriétés esthétiques. Un léger défaut dimiiuierait d'autant la beauté : Malmit px minihio dpfevtu; mais il ne suffirait pas à produire cette honteuse difformité que nous appelons la laideur.

Peu importent les dimensions du sujet, s'il vacontre sa loi, si ses parties ne s'harmonisent pas entre elles, '^'il tourne son activité, faible ou puissante, contre l'ordre^ le sens commun le déclare entaché de laideur.

Toutefois, il peut arriver que le même être soit en même temps beau et laid, envisagé sous différents aspects : on a vu une belle Ame unie à un corps difforme, un cœur bas à une puissante intelligence. Le

ET LE RIDICULE

plus brillant et le plus vil des hommes, a-t-on dit de quelqu'un.

La laideur, comme la beauté, se divise en physique, intellectuelle et morale, et comme la beauté morale éclipse toute autre beauté, ainsi la laideur morale fait oublier toute autre laideur. La laideur physique n'imi)lique point une faute, mais la laideur intellectuelle et morale ne vont pas sans quelque faute, parce qu'elles accusent la volonté ; bien plus, leur difformité respective se mesure au degré de la faute commise.

Si l'on voulait chercher un type spécial à ces trois genres de laideur, le squelette humain représenterait la première, le sophiste la seconde, et Satan la troisième. Le squelette humain exprime la disparition de la vie, du sentiment et de la plus idéale beauté physique; le sophiste, qui met sur un pied d'égahlé le .vrai et le faux, qui cherche des raisons contre le vrai, exprime la falsification, le renversement de l'intelligence. Pour Satan, il exprime à la fois le renversement de la plus haute intelligence et de la plus noble volonté créées. Voilà pourquoi il est si horrible qu'on a pu le prendre pour la personnification du mal. « Le mal est là, l'idéal du mal incarné.dans cette forme. Les ténèbres rayonnent de cette face, la haine scintille dans ces yeux, l'orgueil inflexible siège sur ce front. Cette forme ravissante, isolée du Créateur, est suspendue dans le vide comme un météore effrayant (1;. o Le beau, ainsi que le bon, possède à un haut degré

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(1) Lamennais, op. cit., th. i.

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