‹ L'Idee du beau dans la philosophie de Saint Thomas d'Aquin [microform]Chapitre 6 sur 39 · DE L*IDÉE DU BEAU. H · texte numérisé non relu

DE L*IDÉE DU BEAU. H

plus OU moins cultivés, mais réelle et vivante, ayant sa place à part et une place de choix. Tous les hommes sans exception aiment le printemps et les Heurs dont il pare la nature avec une si Hbérale magnificence ; tous sentent un charme inexprimable dans la contemplation du ciel étoile ; tous admirent la charité, la générosité, le sacrifice.

(( Quand il s'agit de Xarfréable, chacun pense qu'il esipossib/p que ce qu'il regarde comme agréable le soit aussi pour les autres. Lorsqu'il est question du beau, nous voulons au contraire que chacun trouve l»eau ce que nous-mêmes nous regardons comme tel. » Kant dit vrai. Le beau n'est point en matière conling'ente et variable, il a son essence et ses lois, et il n'est permis à personne d'en juger à sa guise.

Vous raisonnez en philosophe, vous ne regardez pas à vos pieds. Quoi de plus subjectif, de plus mobile, de plus divers que les jugements des hommes sur la beauté? Ce que vous admirez n'a pas le don de me plaire : où vous êtes enthousiaste, je reste froid.

L'objection est ancienne et connue. C'est la même (|ue l'on fait contre le vrai et le bien, il n'y a que les mots de changés. « Un méridien décide de la vérité ; on peu d'années de possession les lois fondamentales changent; le droit a ses époques... Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà (1). »

On répond à Pascal et aux autres détracteurs de la raison qu'ils exagèrent les divergences et les fluctua- Il) Pascal, Pensées, éd. Frantin, ch. iv, a. 1, n^ 13.

1^ objectivitIê

lions de la pensée humaine. On leur montre, l'histoire en main, des vérités importantes, heureusement nombreuses, sur lesquelles jusqu'ici tous les hommes et tous les peuples sont demeurés d'accord et que le scepticisme n'a pas même effleurées. Nous ne vou- Ions rien de plus, rien de moins, pour le beau.

Ouanl aux disputes qui s'élèvent parmi les hommes et parmi les savants, quelle qu'en soit d'ailleurs la matière, elles portent le plus souvent sur des points secondaires, plus accessibles à la passion ou plus difficiles à définir.

Peut-Ptre serait-il permis de croire (jue la part faite Il 1 éiénient subjectif est, dans le beau, plus grande i|i}p dans le vrai et le bien. Cela tient à diverses raifaciles à expliquer, dont aucune ne porte la II, iiidre atteinte à notre thèse. Pour percevoir et surtout pour goûter le beau, il faut le concours d'un grand nombre de facultés; les sens, l'imagination tout aussi bien que la raison, jouent un rôle important en esthétique. — A l'impression des sens et à la disposition des organes, ajoutez celle de la partie morale de notre être, qui, souvent à noire insu, est d'une grande influence dans nos jugements sur le jjeau. —Ajoutez que la science dn beau est de toutes les sciences la moins cultivée ; que souvent, dans ses applications surtout, elle demande un jugement raffiné, un goût délicat, et vous comprendrez sans peine ce qu'il y a de fantaisiste et de contradictoire dans les jugements de plusieurs en matière esthétique.

DE l'idée du beau.

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