III. — Nature des rapports
Nous savons quels rapports existent entre les phénomènes, nous ne savons pas encore ce qu'ils sont. Or la définition du i-apport n'est pas un problème mélaphysique moins obscur que la définition du phénomène.
Dirons-nous que le rapport est une manière (Têtre, un mode du phénomène, et que par conséquent il n'eu est pas réellement distinct? Maisle rapport n'existe dans aucun phénomène pris à part : il disparaît aussitôt que nous cessons d'unir dans notre pensée un phénomène avec un autre. Si c'est un mode, c'est un mode des phénomènes, et non du phénomène; il appartient simultanément à un phénomène et à un autre ; il est, pour ainsi dire, à cheval sur l'un et Vautre, et j)ar cela môme il se distingue de chacun d'eux. Il est donc impossible de l'assimiler à une quaUté intrinsèque que chaque phéno-
mène posséderait pour son propre compte indépendamment de tous les autres; le rapport est, comme auraient dit les scolastiques, une dénomination extrinsèque. Tout au contraire, les prétendues propriétés absolucsde phénomènes se réduisent à des rapports. S il est en effet une loi de l'esprit humain que les travaux de la psychologie contemporaine aient mise en lumière, c'est la loi que Bain appelle loi de relativité. Or nous ne connaissons les caractères des phénomènes, quels qu'ils puissent être, qu'en les distinguant et les assimilant tour à tour. Connaître, c'est percevoir des différences et des ressemblances, c'est-à-dire des rapports.
Le rapport est donc quelque chose qui apparaît dans les phénomènes, lorsque nous les embrassons dans une seule et môme intuition. Supprimez cette coïncidence des termes dans l'unité de la pensée, et le rapport s'évanouit.— Maisonpeut entrer plus avant dans la question et se demander si le rapport existe déjà dans les phénomènes et si Tesprit Ty perçoit en môme temps qu'eux et de la môme manière, ou s'il est inséparable de l'acte de l'esprit qui le pose, s'il est identique à cet acte môme, et par conséquent s'il n'existe dans les phénomènes qu'au moment où l'esprit l'y introduit.
Ce sont là deux conceptions opposées du rapport. L'une en fait uneréalitéen soi, distincte et indépendante de la connaissance que nous ne pouvons acquérir, de l'idée que nous en pouvons avoir : que nous le sachions ou non, les rapports sont dans les choses : nous les constatons, nous ne les faisons pas. Ils sont objectifs, au
LES RAPPORTS DES PHENOMENES
NATURE DES RAPPORTS
même litre que les pliénomènes eux-mêmes. L'autre en fait une forme de la connaissance, une catégorie, que Tesprit, en vertu de sa structure, a])|)lique spontanément aux phénomènes, une Loi à priori de Texpérience et de la pensée. Les rapports n(^ sont dans les choses que parce que nous les y mettons : ils sont subjectifs au même litre (jue la Pensée qui les réalise.
La première conception paraît être celle du réalisme Tulgaire et du positivisme scientilicjue, la seconde est celle de l'idéalisme. Examinons-h'S loin- à lour.
En supposant qu'un certain rapport existe en soi dans les phénomènes, antéri<Mircmeut/i l'acte par N'cpicl nous le percevons, il n'exist<»ra cependant pour nous qu'au moment où nous le percevrons en elTet. Or, si nous le prenonsà ce moment, vw (pioi consiste-t-il ? Il est difficile d'y voir autre chose qu'un état de la conscience ou, comme dirait Descartes, wwviodcdcln.prnsrr, « Nous appelons, dit Stuart Mill, deux sensations de hlanc semblables, une sensation do blanc et une autre de noir dissemblables. Le fondement de cette relation est la double sensation et ce que nous appelons \fi sentiment de la ressemblance ou de la non-n'us^'m» blance;» et il ajoute: <« La ressemblance i^^tihidcinmcnl un sentiment, un étal iW. conscience ilc Tobserratcur. Que ce sentiment de la ressend»lauce des deux couleurs soit un troisième état de conscience suneiiu api^s les deux S€Usalioiis ilt* couleur, ou qui! $oil ^ulcuiuut €ii- Te]opp«'<;dons les sens<i(ions mémos, il nVii est pas moins ou état do conscience particulier irrxVductiblc cl inexpli-
cable (1). Telle était aussi la doctrine de La Romiguière, qui pour mieux marquer l'unité indissoluble du rapport et de la connaissance dont il est Fobjet donnait à cette connaissance même le nom de sentiment-rapport,
« Tout rapport, a dit un de ses disciples, suppose des Idées ou des faits comparés, et ces idées ou ces faits se conçoivent comme existants ou réels. Mais le rapport ne se conçoit pas comme une réalité. Quand on perçoit l'égalité de deux lignes, aux idées des lignes peuvent répondre deux n>alil»5s : mais Tidée d*égalit<^ n« répond à aucune a^alité qui se distingue des dent ligne», i^ansles idées, les faits, iVfsidentlés fondements ou le» termes du rapport; mais Ir. rapport nts( rien de réel /wr» de ridée que l'csprU obtient à la suite de ia eontpa raison. Quand on dit que deux objets se ressemblent, quelle réalité pourrait correspondre à lidtle de resseni blance? Où serait celle réalité? Elle n'est pas duns un des objets comparés tout seul. Serait-elle d.ins le-s deux objets réunis? Mais les deux objets réunis ue sont pus une troisième réalité dislincti* di* celle des deux objets. Dans la réunion des objet.s^ il n'y a |>as trois choses réelles, dont drux S()i<înl les objets et la tmisiéme la réunion. Quand nous disons quil y a un rapjwrl entre, deux idée», cel.i ne sigiiilie pas que ce rapport existe dans ces id^es» niaisqull se montre U leur suite» comme une idéi? d'une espèce nonvelle (2). »
(11 i^^hne ife to^qvt^ t. 1. pp. 7$ cl 15, Irail. PtiMc.
(àlAbbé Rofvefl, Cwradû pAitùêOfiJûr, t.l, p. OS». — U iiii'wi* kw leur 4jc«t6 : « GtffKiiiUut ui * «imla r((ali««r Ut^ rafiftvrtA, tfl r«u a ilil que kf npporU ctûuuiit iUu9 k^ •>lre« m Uaiii l6» qoalllé» de) iim.