‹ L'idée du phénomène, étude analytique et critique [microform]Chapitre 36 sur 77 · CRITIQUE 1M-: LA DOCTRINE DE L IDENTITE · texte numérisé non relu

CRITIQUE 1M-: LA DOCTRINE DE L IDENTITE

vérité, cost que loisquil y a une parlition, il peut toujours y avoir une mélodie, ])ourvu qu'il y ait un instrunienl, un artiste, un auditeur, etc. Sans ces conditions, la mélodie demeure une face simplement possible et fictive de la partition. Réciproquement, lorsqu'il y a une njélodi<\ W peut toujours y avoir une partition, pourvu qu'il y ail un nuisicien capabl»» de noter l'air et d'en écrire la notation. Faute de (luoi la partition demeure une face possible et fictive de la mélodie. — Mais nVstce pas viaiment abuser dulanjijage figuré que de ne voir là-(bMlans qu'un seul pbénomène à double face? A moins de réduin» de parti pris la question ù une logomachie en vidant de tout sens ])récis le mot phénomène, ou de n'admeltnNi priori qu'un seul phénomène réel, à savoir l'existence continue et indéfinie de la totalité des choses, tout le monde avouera qu'on a biiMi affaire ici à deux phénomènes, corrélatifs sans doute, mais différents et (irslincts.

Trouverons-nous une réponse à ces objections dans la comparaison favorite des partisans de la double face, la comparaison i\\iconcaif* et du convexe?

Un crili(iue anglais, qui loue Bain d'avoir défini l'àmc (H le corps « une seule substance avec deu>L groupes de propriétés, l'un physique, l'autre mental, une unité à double face », lui reproche de n'avoir pas eu constamment cette image devant les yeux et d'avoir dit que le même être est alternativement sujet et objet (1). « Une surface courbe n'est pas d'abord con-

{[) Me\[\ndQr yiaïn, Revue philosophique, p. 421.

vexe et ensuite concave ou vice versa ; elle est toujours l'un et l'autre à la fois ; autrement elle est inconcevable. » — « Un être humain est une seule substance avec deux côtés inséparables, placés pour toujoui's face à face, aussi indissolublement, aussi constamment liés que les deux côtés du verre d'une montre. » Déjà Cabanis et Broussais avaient dit que le moral est {envers du physique. Voyons ce que vaut la comparaison.

Si on veut lui faire signifier que le sujet et l'objet sont inséparables dans l'unité de la conscience, et qu'ainsi l'ensemble des modes par lesquels nous nous représentons notre organisme et le monde extérieur est indissolublement lié à ce que nous nommons plus particulièrement nos états internes, nos sentiments, nos idées, notre vie personnelle, la comparaison s'entend à la rigueur. Encore n'est-il pas très exact d'appeler faces deux parties d'une même réalité, inséparables, il est vrai, mais distinctes et qui ne sont pas nécessairement en proportion l'une de l'autre. En tout cas, il ne s'agit dans cette interprétation que de deux modes homogènes au fond, bien que constamment opposés, l'un et l'autre contenus dans la conscience. L'objet dont on parle ici, ce n'est pas le monde extérieur réel, objectif, avec sa structure et ses mouvements moléculaires ou atomiques ; c'est le monde extérieur apparent, subjectif, constitué dans la conscience par les sensations. Or ce qu'il faudrait prouver, c'est que le inonde extérieur à notre conscience et le contenu de notre conscience sont une seule et

l'unité des phénomènes

CRITIQUE \)i: LA DOCTRINE DE L IDENTITÉ

méiBC réalité sous deux faces, la convexité et la coiica- Yit«'' d'une même courbe.

Admettons qu'en effet la même existence puisse être à la fois sensation et mouvement. En quel sens la comparaison est-elle applicable?

Convexe, concave ; envers, endroit: expressions empruntées à l'ordre de l'étendue et de ses propriétés. Elles désignent des rapports qui tiennent h la nature propre de l'Espace. L'Espace est-il une condition objective de l'existence des atomes et de leurs mouvemenis, ou nVst-il qu'une condition subjective de nos sensations musculaires, tactiles et visuelles? Sans prendre parti dans la question, remarquons seulement que l'Espace est, par essence, une totalité in(li\ise et continue de parlies, qui se supposent toutes les unes les autres, et qu'une telle unité d'ensemble paraît bien difficile àconcevoir en debors d'une sensibilité (au sens kantien du mot) ou d'une conscience. Quoi qu'il en soit, on ne peut détermineractuellementcertaines partiels de l'espace, en

traçant une di'oite, une courbe, une figure quelconque, sans que ces parties déterminées continuent d'être nécessairement inséparables de loules les autres. En un mot, les limites quelconques qu'on imagine dans l'esl)ace laissent subsister les étendues adjacentes, intervalles qu'elles contiennent, milieux où elles sont contenues. Il s'ensuit que dans toute figure on peut distinguer la limite, l'espace intérieur, l'espace extérieur, et néanmoins ces trois cboses inséparables, continues, n\m feront qu'une, la figure elle-même, et, en

vei-tu du rapport qui les lie, on dira que l'espace intérieur est une face thi la limite, et l'espace extérieur une autre face.

De là les conséquences suivantes :

1» Les deux faces dites opposées appartiennent au même ordre, l'ordre de l'Espace, et elles ne peuvent être connues etreprésentéesdansleur relation réciproque

qu'à la condition d'être embrassées en même temps d'un seul regard ou d'une seule pensée.

2^ Elles sont l'une et l'autre relatives à une limite qni les distingue et les sépare et qui n'est cependant ni l'une ni l'autre, étant leui* commune géiiératrice.

;r Elles ne forment un tout réel avec cette limite que si on les considère toutes les trois ensemble comme constituant l'unité d'une figure dans l'espace.

/t*» Enlin leur solidarité semble tenir aux propriétés de l'Espace antérieures à toute limitation, et qui sont la continuité, l'indivision, l'homogénéité essentielles.

Aucune de ces conditions ne s'applique, ce semble, à la sensation et au mouvement.

La sensation et le mouvement n'appartiennent pas au même ordre d'existence. Le mouvement, tel du moins que le définissent ceux qui croient à sa réalité objective, se produit dans l'espace, hors de toute conscience ; c'est l'état d'un ou de plusieurs points qui changent continuellement de situation en sapprochant ou s'éloignant les uns des autres. La sensation ne se produit pas dans l'espace, ou elle se produit dans un espace intérieur à la conscience qui n'est nullement celui où se

l'unité t)Ks phénomènes

produisent, par hypothèse, les mouvements objectifs. Elle est en tout cas un état relativement stable, ayant sa qualité propre, sa quantité intensive: on ne peut la délimiter exactement à des dimensions géométriques ni Fexprimer en lignes, surfaces, volumes, etc., autrement que dune façon indirecte et toute métaphorique.

D'ailleurs, c'est un des caractères de l'Espace, qui tient sans doute à son homogénéité et à son indivision essentielles, de ne point admettre l'existence d'une autre face qui lui serait corrélative sans être contenue en lui et commensurable avec lui. Impossible d'entendre comment l'Espace avec les mouvements qu'il contient pourrait être une face, et les sensations, solitaires ou associées dans la conscience, l'autre face, si les sensations ne sont pas elles-mêmes localement situées et étendues dans l'espace. Mais alors il n'y a plus deux faces, il n'y en a qu'une, la face géométrique et mécanique : l'existence propre et les caractères distinctifs des sensations se trouvent par là même supprimés ; ce qui contredi Texpérience.

Bain a bien vu cette difficulté : « Tout en affirmant l'union de la manière la plus formelle, nous devons cependant la dépouiller de ce qui lui est invinciblement associé, funîté âe îîeu, » mais îl n'a pas vu que l'union, comme il l'entend, exige nécessairement un lieu. C'est ce que son critique lui objecte. « Que peut signifier l'unité de lème et du corps sans l'Espace ? Si ces deux facteurs sont inséparables, si l'on admet que l'un des facteurs réclame de l'espace, l'unité résultant de la

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