‹ L'idée du phénomène, étude analytique et critique [microform]Chapitre 40 sur 77 · I. — Conclusions de la critique de l'idée du phéiiomèue · texte numérisé non relu

I. — Conclusions de la critique de l'idée du phéiiomèue

lo Rejet du non mène ;

20 Le phénomène et l'ôtre sont inséparables.

2o Le phénomène et l'être n'existent que dans la pensée. Nécessité d'une contre-épreuve : la critique de l'idée de substance. II. — Quand l'intelligence commence à réfléchir, elle se trouve en présence non de phénomènes, mais d'objets.

Comment s'est faite cette transformation des phénomènes en substances?

Division des solutions possibles d'après le double point de vue de la valeur et de Torii^Mne de la notion de substance.

lo Idéalisme empirique. Cette notion ne répond à rien au delà des phénomènes, et elle est à posteriori.

2" Idéalisme rationaliste. Elle ne répond à rien au delà des phénomènes, mais elle est à priori.

30 Réalisme rationaliste. Elle est à priori et correspond à une réalité distincte des phénomènes.

4» Réalisme empirique. La substance est une réalité distincte des phénomènes, dont nous avons une connaissance expérimentale.

L — Les conclusions de l'étude du Phénomène.

Nous pouvons maintenant jeter un coup d'œil en arrière et embrasser d'une seule vue les résultats que ranalyse du phénomène nous a successivement découverts.

Tout d'abord, il nous a sans doute paru possible de concevoir une existence entièrement étrangère au phé-

2W LE PASSAGE DU PUÉNOMÈNE A LA SUBSTANCE

nomènc, telle que le Noumène de Kant ou Vlnconnaîssable de Spencer; mais, loin d'ôtre impliquée dans la notion dn phénomène comme sa condition nécessaire, cette conception en est la négation même. Aucune loi, à posteriori ni à priori, ne nous oblige ni ne nous autorise à faire dépendre le phénomène dune telle existence transcendante. Non seulement nous n avons et ne pouvons avoir aucune preuve de sa réalité ; mais la notion que nous nous en faisons est essentiellement indéterminée et négative, et, si nous essayons de la déterminer positivement, nous nous contredisons nécessairement nous-mêmes ; car toutes les déterminations que nous en affirmons sont relatives au phénomène, seul objet de connaissance possible. Il ne faut donc pas concevoir la réalité comme partagée entre les deux pôles opposés du Phénomène et du Noumène : elle est tout entière à l'un des deux pôles : loin que l'autre cache une réalité supérieure, il ne représente à la pensée (pie la négation possible du réel.

Toutefois, si Texistence phénoménale est pour nous Tunique type de la réalité, c'est (i la condition de la bien voir telle qu elle est. Poser chaque phénomène à part de tout autre comme une individualité dislincte et indépendante, c'est en faire une abstraction. Tout phénomène nous est donné en relation avec d'autres phéno. mènes : inséparables les uns des autres, ils constituent tous ensemble une unité complexe et continue, dans laquelle notre pensée seule les distingue. A ce point de vue, le phénomène n'est qu un des deux aspects sous

LES CONCLUSIONS DE l'ÉTUDE DU PHÉNOMÈNE ^io

lesquels nous envisageons toute existence : l'aspect de la différence, de la succession et de la multiplicité; mais, par cela même, il implique l'aspect corrélatif, celui de l'identité, de la permanence et de l'unité. Qu'on donne, si l'on veut, à ce second aspect le nom de l'fttre : il sera vrai de dire alors que le Phénomène ne peut exister sans l'fttre ; mais il ne sera pas moins vrai de dire que l'Être ne peut exister sans le Phénomène. L'Être n'est pas en dehors des phénomènes ; il buir est intérieur et consnbstantiel : il est le Phénomène luimôme dans son unité indivise et continue en même temps qu'indéfiniment différenciée.

C'est qu'à vrai dire ni l'Être ni le Phénomène n'existent en soi : l'un et l'autre n'existent que dans la Pensée ; ce sont les deux aspects sous lesquels la Pensée s'envisage elle-même. Aucun phénomène ne nous est connu que dans la conscience : il n'est pour nous qu'autant qu'il nous apparaît. Nous pouvons sans contredit concevoir d'autres phénomènes que les nôtres propres; mais, si ce sont des phénomènes, ils doivent, comme les nôtres, appartenir à quelque conscience ; ils ne sont en soi qu'autant qu'ils s'apparaissent à eux-mêmes. Pareillement, tout rapport nous est donné dans une opération synthétique de la pensée : il est identique à cette synthèse. Dès lors, si on peut supposer des rapport^ in<Iép«Mii!ants de notn^ pensée, on ne peut, sans rontradiflioii, supposer dw i-apports md<!îpeiidants de toute j^nsée en géiiértil. Que loule conscience s'éteigne, elU» rMhv loutenlièiTsVWanouît, .vinsmOm<»

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laisser après elle Vombrc insaisissable du Possible. Ainsi peuvent se résumer, croyons-nous, les conclusions d'une impartiale analyse du Phénomène. Mais, si ces conclusions sont exactes, il s'ensuit que qui voudra tout expliquer par le phénomène le pourra, ù la condition de restituer, d'une façon ou d^ine autre, dans le phénomène lui-même le rapport nécessaire qu'il soutient avec l'unité de l'Être ou de la Pensée. Ce qui fait la force et la vérité des doctrines substantialistes dans leur lutte contre nn phénoménisme abstrait, c'est qu'elles ont le sentiment profond de Tunité intérieure et orjîanique des choses : mais cette unité, elles la cherchent en dehors des phénomènes, dans une réalité étrangère à la pensée : par lu, elles se condamnent d'avance à ne jamais la trouver. D'autre part, cette sorte d'atomisme phénoméniste qui prétend résoudre toute existence en une poussière de phénomènes sans lien ne s'aperçoit pas que la réalité échappe à ses explications abstraites : pour mieux dire, il est lui-même contraint d'introduire subrepticement et sous d'autres noms dans ses synthèses les éléments et les principes qu'il s'imaginait avoir à jamais détruits par ses analyses.

Toutefois, notre étude du Phénomène et les conclusions qui la résument paraîtront nécessairement incertaines tant qu'elles n'auront pas trouvé en quelque sorte leur complément et leur vérification dans une théorie de la Substance. Il nous faut donc aborder maintenant ce difficile problème, examiner les diverses solutions qu'il a reçues ailleurs, et les confronter tour i\ tour avec celle

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